L'idéologie n'a pas sa place en diplomatie

Publié le 12/12/2009 à 00:00

L'idéologie n'a pas sa place en diplomatie

Publié le 12/12/2009 à 00:00

Par Jean-Paul Gagné

Les dirigeants choinois n'ont pas aimé que Stephen Harper attende presque quatre ans avant de visiter leur pays. Notre premier ministre était d'ailleurs le seul dirigeant du G8 à ne pas avoir visité l'empire du Milieu.

Interrogé par un journaliste de Hong Kong, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a déclaré que " cette visite aurait dû avoir lieu plus tôt ". Il a aussi parlé d'un " problème de confiance mutuelle " entre les deux pays.

On ne sait pas vraiment si cette rebuffade à l'endroit du premier ministre canadien était planifiée ou si elle est venue naturellement. Mais les propos de M. Jiabao réflètent néanmoins une certaine frustration des dirigeants chinois à l'endroit du leadership canadien.

Le Canada est un pays connu et respecté en Chine, où un médecin canadien, Norman Bethune, est devenu un héros, comme en témoignent les statues érigées en son honneur. Bethune a servi dans l'armée chinoise en 1938 pour y soigner les soldats engagés dans une guerre contre les Japonais. Quand il est mort des suites d'une blessure qu'il s'était infligée en opérant un soldat, Mao Zedong, chef du Parti communiste, a écrit des textes en son honneur. Un autre grand Canadien, Paul Desmarais, a courtisé les dirigeants chinois pendant des décennies. Il a ouvert des portes à plusieurs politiciens et entreprises du Canada. Pierre Trudeau a rétabli les relations commerciales avec la Chine en 1970 et l'a visitée en 1973. Les premiers ministres Brian Mulroney, Jean Chrétien (six fois) et Paul Martin y sont aussi allés.

Stephen Harper a ignoré la Chine et a même refusé l'invitation d'assister à l'ouverture des Jeux olympiques de Beijing en 2008, contrairement aux chefs de gouvernement de nombreux pays, dont George W. Bush. Stephen Harper a préféré faire des accolades au Dalaï Lama et a profité de différentes occasions pour faire la leçon aux dirigeants chinois sur la question du respect des droits de l'homme.

Cette attitude découlerait-elle d'une stratégie pour provoquer les dirigeants chinois et leur faire sentir le mécontentement réel du Canada face au peu d'ouverture de la Chine dans certains dossiers chers au Canada ? Ou était-ce un vieux réflexe idéologique de Stephen Harper à l'endroit des communistes ?

Toujours est-il que M. Harper est revenu de la Chine avec certains trophées, soit la réouverture du marché chinois pour le porc canadien et, surtout, la reconnaissance du Canada comme destination touristique autorisée pour tous les Chinois. Cette reconnaissance permettra à notre industrie du tourisme de solliciter l'importante clientèle chinoise. Il y aurait entre 250 et 300 millions de Chinois dans les classes supérieure et moyenne, comme l'indiquent les 9,23 millions de voitures vendues en Chine au cours des 11 premiers mois de 2009. C'est plus qu'aux États-Unis.

Mais peu importe les raisons qui l'ont amené à bouder la Chine, Stephen Harper se trompe s'il pense que la stratégie commerciale du Canada doit reposer prioritairement sur les échanges avec les États-Unis, notre principal partenaire commercial. Alors que le 20e siècle a été celui des États-Unis, le 21e siècle sera celui de l'Asie, et plus particulièrement de la Chine, dont le produit intérieur brut dépassera celui du Japon en 2010, ce qui en fera la deuxième puissance mondiale.

Or, les exportations du Canada vers la Chine ne représenteront cette année qu'environ 1 % des importations chinoises, alors que les exportations de l'Australie, dont l'économie ressemble à la nôtre, compteront pour 2,6 % des importations chinoises. Tandis que le Canada voit sa part de marché décliner en Chine, celle de l'Australie a doublé en quelques années. Il est urgent de réaligner notre politique commerciale et de miser sur la Chine.

Alors que l'économie mondiale peine a sortir de la récession [le Japon vient de réinjecter 81 milliards de dollars américains (G$ US) pour relancer son économie] et que la crise n'est même pas terminée, l'économie chinoise croîtra cette année de 8 à 9 %. La Chine a des réserves de devises et d'or de plus de 2 000 G$ US et des fonds importants qui peuvent être investis à l'étranger.

L'attitude appropriée pour le Canada à l'endroit de la Chine est celle de l'ouverture. Il est pertinent de rappeler, à l'occasion, l'importance du respect des droits de l'homme, mais le but de la diplomatie canadienne doit être de servir les intérêts économiques et politiques du Canada.

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