"Ivres de succès, certains dirigeants se croient tout permis"

Publié le 22/11/2008 à 00:00

"Ivres de succès, certains dirigeants se croient tout permis"

Publié le 22/11/2008 à 00:00

Michel Magnan. Ses recherches montrent que les entreprises qui trafiquent leurs résultats vivent souvent un climat d'euphorie boursière.

Vous vous êtes intéressé aux fraudes et aux malversations survenues dans les entreprises canadiennes entre 1995 et 2005. Qu'est-ce qui vous a le plus surpris au cours de votre recherche ?

Ce qui frappe, c'est que la plupart des entreprises impliquées dans des malversations sont des entreprises qui avaient le vent dans les voiles et qui étaient très bien cotées en Bourse. Une des hypothèses que nous avançons pour expliquer ce phénomène est qu'un climat d'euphorie amène les dirigeants à s'enfler la tête et à se croire invulnérables. Pour conserver une capitalisation boursière gonflée et maintenir des résultats à la hauteur des attentes, ils vont être tentés de trafiquer certains chiffres. Ça commence petit à petit, et ça finit par prendre des proportions considérables.

Quels sont les signes qui nous permettent de détecter si une entreprise fraude ?

Il y a un certain nombre de drapeaux rouges à considérer. Par exemple, dans la plupart des cas, le pdg est aussi l'actionnaire dominant de la société. La structure de l'entreprise est complexe, le modèle de la société difficile à comprendre, et le dirigeant reconnu pour avoir un train de vie somptueux. Il existe aussi des incitatifs sur le plan salarial visant à gonfler les résultats. Pour qu'il y ait fraude, il faut que la possibilité de frauder existe, que la direction ait une motivation suffisante de le faire et que la personnalité du pdg l'entraîne dans cette direction.

À la suite de votre recherche, jugez-vous que les structures en place pour prévenir les malversations sont adéquates ?

Je ne dirais pas nécessairement qu'il en faut de nouvelles, mais il faut s'assurer de l'efficacité des structures actuelles. Les organismes de réglementation devraient par exemple s'intéresser de façon particulière aux entreprises dont la capitalisation boursière est très élevée par rapport à leur chiffre d'affaires. Les membres du conseil d'administration devraient aussi porter plus d'attention à la personnalité du pdg dans l'évaluation de l'entreprise. Il ne suffit pas non plus d'avoir un conseil d'administration en apparence indépendant : il faut vérifier qu'il intervient activement pour prévenir de possibles dérapages.

jean-francois.cloutier@transcontinental.ca

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