Green Mountain Coffee : un désastre en puissance

Publié le 09/10/2010 à 00:00

Green Mountain Coffee : un désastre en puissance

Publié le 09/10/2010 à 00:00

Green Mountain Coffee Roasters, futur acquéreur de Van Houtte, est l'exemple parfait d'une société qui envoie des signaux inquiétants aux investisseurs. Si vous avez des actions, faites attention. Et si vous voulez en acheter, attendez.

Green Mountain Coffee (Nasdaq, GMCR, 29,53 $ US), du Vermont, a annoncé en septembre son intention d'acheter l'entreprise québécoise Van Houtte pour 890 millions de dollars américains (M$ US). En plus d'être un détaillant de café, Green Mountain fabrique et vend des systèmes servant des cafés à la tasse sous la marque Keurig.

L'annonce que la Securities and Exchange Commission (SEC) enquêtait sur certaines pratiques comptables de l'entreprise américaine a piqué ma curiosité.

La SEC enquête sur les pratiques portant sur la reconnaissance des revenus de Green Mountain. On peut lire dans les notes aux états financiers que l'entreprise inscrit ses revenus tantôt lors de la livraison des produits, tantôt lors de leur expédition. Cette pratique me laisse sceptique, car j'aimerais connaître les critères selon lesquels la direction décide d'inscrire un revenu dès l'expédition ou dès la livraison des produits.

De bons résultats

Cela ne serait peut-être pas si grave si c'était le seul point qui clochait. Or, certains éléments du bilan se détériorent malgré de très bons résultats : au troisième trimestre clos le 26 juin, les revenus de Green Mountain ont bondi de 63,5 %, à 311,5 M$ US, et son bénéfice de 31,5 %, à 18,5 M$ US.

Pourtant, les marges bénéficiaires nettes sont passées de 7,4 % au trimestre clos le 27 juin 2009, à un peu moins de 6 % cette année. De plus, à son troisième trimestre, ses stocks ont augmenté de 35,7 % à 186,3 M$ par rapport à son deuxième trimestre, alors que ses revenus ont été légèrement inférieurs. Elle vend donc ses produits moins rapidement qu'elle ne les fabrique, ce qui est mauvais signe.

Toutefois, les comptes recevables ont été stables, à 128 M$ US. Le hic, c'est qu'un seul client représentait la moitié des comptes recevables à la fin de 2009.

L'argent bloqué dans les stocks et les comptes recevables explique pourquoi la société n'a aucun fonds autogénéré libre. Ses flux monétaires ont atteint 85,6 M$ US (bénéfices et amortissements) au cours des trois premiers trimestres. Pendant cette période, Green Mountain a investi 35,3 M$ US dans ses stocks, 18,5 M$ US dans ses comptes recevables et 84,4 M$ US dans des immobilisations, pour un total de 138,2 M$ US. Elle affiche donc un déficit d'exploitation de 52,6 M$ US pendant les neuf premiers mois (138,2 - 85,6). Si on tient compte des autres éléments du fonds de roulement, les fonds autogénérés libres sont négatifs (- 27 M$ US).

Encore une fois, ce n'est pas inquiétant pour une société en croissance. Toutefois, il y a matière à réflexion lorsqu'il s'agit d'une situation récurrente (en 2010, ce sera la troisième année consécutive que Green Mountain affronte pareille difficulté). Cela a pour conséquence que l'entreprise a besoin de capital pour croître. Elle en obtient en émettant des actions. L'année dernière, elle a empoché 369 M$ US en émettant 5,7 millions d'actions. Et comme Green Mountain a pris goût aux acquisitions, ce n'est probablement qu'un début.

Acquisitions en série

L'acquisition de Van Houtte suit celle de Diedrich Coffee pour 265 M$ US et celle de Timothy's Coffees of the World pour 157 M$ US, toutes deux réalisées en novembre 2009. Green Mountain a donc dépensé 1,2 milliard de dollars américains pour des acquisitions au cours des 10 derniers mois ! Intégrer ses entreprises de façon rentable sera un défi colossal.

Si le potentiel de croissance de l'entreprise est élevé, pourquoi un tel élan pour grossir subitement par acquisitions ?

On obtient la réponse en observant l'évolution du titre. Le rendement de Green Mountain depuis trois ans (le titre a décuplé depuis janvier 2007) a attiré les adeptes du " momentum ", c'est-à-dire ceux qui achètent un titre, peu importe son cours, en autant que les résultats de la société dépassent les attentes et que l'action continue de grimper. À son sommet des 52 dernière semaines, l'action s'échangeait à 52 fois le bénéfice prévu pour l'exercice 2010, clos le 30 septembre.

Si Green Mountain veut conserver son statut de vedette boursière, ses dirigeants auront beaucoup de pression pour maintenir le rythme de croissance. Ce qui pourrait expliquer les signes négatifs dans les états financiers, de même que les coûteuses acquisitions.

Même si le titre a déjà perdu 26 % depuis son sommet atteint en septembre, il se négocie encore à 39 fois le bénéfice de 2010 et à près de 24 fois celui prévu en 2011. C'est beaucoup trop cher pour une entreprise qui montre tant de signaux inquiétants.

De mon blogue

www.lesaffaires.com/bernard-mooney

" Vendez vos obligations et achetez des actions "

C'est ce que recommande John Paulson, celui qui a fait une fortune pendant la crise en vendant à découvert des hypothèques de pacotille. Selon lui, il faut s'attendre à une reprise de l'inflation, qui atteindra plus de 10 % d'ici 2012, ce qui tuera le marché obligataire. De plus, il est très optimiste quant aux perspectives du prix de l'or, qui pourrait atteindre, selon lui, 4 000$ US l'once. Parmi ses titres préférés, il mentionne Johnson & Johnson, Coca-Cola et Pfizer, des sociétés qui offrent un rendement de dividende élevé.

Enfin, il a mentionné que c'était le meilleur moment depuis 50 ans pour acheter une maison aux États-Unis.

M. Paulson s'attend à une croissance économique annuelle de 2 % d'ici 2012. C'est ce qui me semble contradictoire. Si la croissance reste anémique, il y a peu de risque que l'inflation explose à plus de 10 %, selon moi.

Vos réactions

" J'ai l'impression qu'il s'adresse, non pas au monde entier (Canadiens inclus), mais exclusivement aux Américains. "

- Gotan

" Je serais curieux de savoir sur quels fondements il se base pour prévoir un taux d'inflation aussi élevé. "

- Getalife

bernard.mooney@transcontinental.ca


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