Gestionnaires en quête de sens

Publié le 20/12/2008 à 00:00

Gestionnaires en quête de sens

Publié le 20/12/2008 à 00:00

Par Suzanne Dansereau

Tous les matins, Charles-Mathieu Brunelle se lève à 5 heures et fait 30 minutes de méditation bouddhiste avant de se rendre au travail.

"Cela me prépare pour le reste de la journée, explique le directeur des Muséums nature Montréal [qui regroupent le Jardin botanique, l'Insectarium, le Biodôme et le Planétarium de Montréal]. Je prends le contrôle de mes pensées, j'y vois plus clair, je suis moins réactif et plus disponible aux autres. Cela m'aide à trouver des solutions."

M. Brunelle fait partie d'un nombre croissant de gestionnaires qui ont recours à des pratiques spirituelles comme la méditation, la prière et le silence pour mieux composer avec la complexité du monde dans lequel ils évoluent.

Ces gestionnaires, on les trouve partout : dans les secteurs public et parapublic, les institutions financières, les télécommunications, le commerce de détail, la construction, le marketing... Le journal Les Affaires en a interviewé une demi-douzaine qui se disent transformés par leur pratique.

Leur spiritualité n'est pas liée à la religion, même si certains, comme Robert Dutton, grand patron de Rona, s'inspirent d'une démarche ouvertement chrétienne. Il s'agit plutôt d'une "quête de sens", une recherche de cohérence, de paix et d'équilibre dans un monde où gérer est plus exigeant que jamais.

Ce mouvement occidental, issu de pratiques très répandues en Asie, pousse des gestionnaires à gravir le Kilimandjaro ou à se retirer dans un ashram au Colorado, ou encore, à l'Ermitage Saint-Antoine du Lac-Bouchette.

Validation scientifique

"La méditation sort du placard", lance Eugénie Francoeur, qui l'enseigne depuis plusieurs années dans des centres spécialisés et qui l'offre maintenant comme programme de bien-être en entreprise. "Avant, c'était nouvel-âgeux, mais maintenant que les bienfaits de la méditation sont validés scientifiquement, les adeptes ont moins de réticences à en parler", ajoute-t-elle.

De fait, les études se multiplient quant au rôle de la méditation sur la réduction du stress et la création d'émotions positives. Matthieu Ricard, un ancien biochimiste français devenu moine bouddhiste et auteur de livres à succès, se prête lui-même à des recherches sur le sujet aux universités de Californie à Berkeley et du Wisconsin-Madison. D'autres travaux examinent l'effet de la méditation sur le système immunitaire et l'absentéisme.

À l'Université Laval, Mario Cayer, professeur de gestion, a créé un atelier intitulé "Complexité, conscience et gestion", à l'intention des dirigeants d'entreprise, axé sur la "présence attentive" (mindfulness), un concept de méditation étudié à l'Université du Massachusetts.

Mais c'est avant tout pour lutter contre la "détresse des leaders" que Rémi Tremblay a mis en place, il y a quatre ans, un groupe de discussion pour dirigeants d'entreprise en quête de paix intérieure. Par des conférences et des réflexions sur la spiritualité, la science, la philosophie et les arts, les membres de ce groupe apprennent "à devenir de meilleures personnes, donc de meilleurs leaders", explique M. Tremblay, ancien président d'Adecco Canada. Sa nouvelle entreprise, établie à Québec, s'appelle Esse Leadership - le leadership de l'être. "Le groupe poursuit trois voies, indique-t-il : le courage, l'humilité et la générosité." L'an dernier, Esse Leadership a organisé un voyage au Népal, au monastère que codirige Matthieu Ricard.

Les membres de ce réseau ont aussi une démarche personnelle. Directrice générale du Centre de santé et services sociaux de Québec-Nord, Lucie Lacroix pratique le silence. Tous les ans, elle fait une retraite spirituelle chrétienne d'une semaine à Miguasha, en Gaspésie. "L'agitation intérieure disparaît en trois jours, affirme-t-elle. On revient à l'essentiel et les pensées sont claires."

Pierre-Marc Tremblay, président des chaînes de restaurants Pacini et Commensal, donne quant à lui des conférences privées pour parler de sa démarche de silence et d'écoute. "C'est dans les moments de silence que se manifeste l'intelligence humaine", dit-il.

La marche méditative est une autre voie spirituelle. C'est celle qu'a empruntée Henri-Paul Rousseau, ancien président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui vient de faire le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Il fait partie d'un nombre croissant de Québécois qui effectuent ce parcours méditatif à travers le Nord-Ouest de l'Espagne. Lorsqu'elle a été fondée en 2001, l'Association québécoise des pèlerins et amis du Chemin de Saint-Jacques comptait 40 membres. Ils sont maintenant plus de 6 000, indique Michel Poirier, responsable de l'association en Montérégie.

Un nouveau style de leadership

La marche méditative, le yoga et la méditation ont comblé un besoin personnel chez Patrick Beauduin, vice-président et chef de la création convergente de l'agence de communication Cossette, à Montréal. Mais ces pratiques l'ont aussi mené vers un nouveau style de leadership, dit-il, libéré des "mécanismes de l'égo" et plus ouvert aux autres, ces derniers étant traités non pas selon leur fonction dans l'entreprise, mais de façon holistique.

"Je travaille avec des créatifs, des gens sensibles et éveillés qui refusent les rapports d'autorité, explique-t-il. Mon rôle comme leader est de trouver et de communiquer du sens. Selon moi, la société est de plus en plus en quête de sens."

Le fait qu'un nombre croissant de travailleurs appartiennent à ce que l'auteur Richard Florida appelle la classe créative - des gens pour qui l'argent n'est pas nécessairement la valeur primordiale - contribue à l'émergence de cette quête de sens, ajoute-t-il.

Cela change-t-il la culture de l'entreprise, ses objectifs, sa mission ? "Ça change tout !" répond M. Beauduin. Puis il nuance : "On ne verse pas dans le prosélytisme. Mais il n'en reste pas moins qu'il n'y a plus de rapport de confrontation avec les clients, les fournisseurs, les employés, etc."

Le publicitaire dit qu'il a abordé avec le moine Matthieu Ricard cette question de la cohérence entre ses valeurs personnelles et celles de la société de consommation qu'encourage la publicité. "Il m'a répondu qu'il ne fallait pas essayer de changer la planète au complet, juste le petit bout sur lequel on a le pouvoir d'agir."

suzanne.dansereau@transcontinental.ca

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