Deux défis majeurs : la dette et la santé

Publié le 19/12/2009 à 00:00

Deux défis majeurs : la dette et la santé

Publié le 19/12/2009 à 00:00

Par Jean-Paul Gagné

Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, se heurte à des écueils majeurs dans la préparation de son prochain budget.

Le premier est l'explosion de la dette publique. On fait comme si ce défi avait été réglé avec la loi sur le déficit zéro. La population semble penser que l'absence de déficit signifiait que la dette du gouvernement n'augmentait plus. Or, cela est faux, pour deux raisons.

Premièrement, parce que les profits des sociétés d'État, comme Hydro-Québec, sont consolidés dans les recettes du gouvernement; ils dégagent de l'espace qui permet au gouvernement d'emprunter et d'inscrire un déficit zéro dans son budget. Deuxièmement, les milliards qui sont empruntés pour investir dans les infrastructures ne sont pas comptabilisés dans les dépenses. Ils vont du côté de la dette. Et, croyez-le ou non, Québec songe à accroître ses investissements dans les infrastructures. Non, merci. Assez, c'est assez !

La dette brute du gouvernement (la dette du fonds consolidé du revenu + les dettes consolidées des sociétés d'État et des organismes + le passif net des régimes de retraite - l'actif du Fonds des générations) dépassera 160 milliards de dollars (G$) à la fin de mars 2010, soit 9 G$ de plus qu'à la fin de mars 2009 et après des hausses respectives de 3,4 G$ et de 4,6 G$ pour les deux années précédentes. L'an prochain, la dette croîtra de 10 G$. Elle passera ainsi de 143,4 G$ le 1er avril 2007 à 170 G$ au 31 mars 2011, soit une hausse de 18,6 % en quatre ans.

Et comme personne ne sonne l'alarme à l'exception de quelques porte-parole d'organismes d'affaires et de rares observateurs, le gouvernement rencontre peu d'opposition quand il parle de contribuer à la relance de l'économie en augmentant ses dettes.

Et ce n'est pas fini. Le gouvernement est entré dans une période plus difficile; il enregistrera quatre ou cinq ans de déficit sur le plan de ses opérations courantes en raison de la récession. Québec a mis en place un programme d'investissement dans les infrastructures de 37 G$, financé par la dette.

L'aveuglement du gouvernement face à l'explosion de la dette frise l'irresponsabilité, car ses hauts dirigeants savent fort bien qu'on est en train de fabriquer une bombe à retardement. Tôt ou tard, le service de la dette rattrapera l'État québécois. Le moment où le gouvernement ne pourra plus profiter de la baisse des taux d'intérêt pour financer ses immobilisations et renouveler sa dette à un coût plus bas approche. En effet, la remontée éventuelle des taux accroîtra inévitablement le coût du service de la dette, ce qui ajoutera encore au défi de revenir éventuellement au déficit zéro.

Le deuxième grand problème du gouvernement est l'explosion des dépenses de santé, qui augmentent de 6 % par an, alors que la croissance nominale moyenne de l'économie est de 4 %, un rythme qui pourrait même baisser en raison de la diminution de la main-d'oeuvre disponible qui se produira quand les baby-boomers commenceront à prendre leur retraite. Or, les dépenses en santé et en éducation, qui comptent pour 69 % des dépenses de programmes, représentaient une part toujours grandissante du budget. Toutes choses étant égales par ailleurs, cela signifie que bientôt, il ne restera aucune marge de manoeuvre pour les autres missions de l'État, une éventualité qu'il est impossible d'ignorer à moins de se fermer les yeux.

Le financement des dépenses de santé pose un défi colossal, qui doit être résolu sans délai, comme il l'a été en France, en Suède et dans plusieurs autres pays européens. Les solutions sont connues, mais Québec a toujours fait la sourde oreille par manque de courage politique. À trois ans des prochaines élections, le gouvernement Charest dispose de la marge de manoeuvre nécessaire pour le faire, et il doit mettre fin à cette absurdité dès cette année.

Conséquence de la récession, la péréquation rapporte moins que ce qu'on avait espéré à cause de la baisse des revenus fiscaux par habitant dans les provinces qui servent à calculer cette subvention fédérale. Cela arrive au moment où les revenus autonomes de Québec sont en baisse. Plusieurs demandent à Raymond Bachand de sabrer les dépenses des programmes, et au gouvernement de limiter les dépenses de salaires (55 % du budget). Malheureusement, Québec ne retrouvera pas l'équilibre sans de nouvelles sources de revenus. Face aux choix à faire, il devrait privilégier les tarifs et les taxes à la consommation.

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