" Québec n'écoute pas les transformateurs alimentaires "

Publié le 03/04/2010 à 00:00

" Québec n'écoute pas les transformateurs alimentaires "

Publié le 03/04/2010 à 00:00

Par André Dubuc

Comment se portent les transformateurs agroalimentaires québécois, et quels défis doivent-ils relever ?


Le secteur ne se porte pas mal. Il connaît une croissance constante de 3 à 4 % par an. Mais les pressions économiques pour accéder aux marchés sont de plus en plus fortes. Le Canada compte la plus grande concentration de distributeurs au monde. Ils contrôlent les conditions d'accès au marché. Si je veux commercialiser un produit, une saveur, un format, cela coûtera 500 000 $ sans garantie de réaliser des ventes. Le grand défi, c'est d'être concurrentiel : innover et avoir accès au marché.


Les transformateurs sont-ils bien outillés pour y parvenir ?


Il n'y a pas de volonté politique de positionner le Québec comme un leader mondial dans l'agroalimentaire. Notre secteur ne bénéficie pas de l'écoute du gouvernement. Notre industrie est la plus importante au Québec, elle compte 435 000 emplois et génère un chiffre d'affaires de 78 milliards de dollars. Elle relève du ministère de l'Agriculture et non du ministère du Développement économique. C'est ennuyeux, parce que les industriels n'ont pas les mêmes besoins que les producteurs agricoles.


À quoi ressemblera le secteur dans 10 ans ?


Au Québec, on compte 15 à 20 entreprises qui réalisent un chiffre d'affaires de plus de 300 millions de dollars et qui ont le potentiel de devenir des acteurs importants sur la scène internationale. Ce sont les Saputo, Agropur, Olymel, Industries Lassonde et Leclerc, entre autres. Cependant, on ne leur offre pas l'aide adéquate pour qu'elles le deviennent. D'ici 10 ans, les 30 multinationales de la distribution et de la fabrication agroalimentaires [qui ont formé le Consumer Goods Forum en juin] exigeront des normes et des volumes pour maintenir des marques de commerce. Je ne crois pas que les manufacturiers québécois, qui ont un chiffre d'affaires de 50 à 200 millions de dollars, auront les reins assez solides pour s'adapter. S'il ne se passe rien, il y a fort à parier que nos transformateurs alimentaires passeront sous contrôle étranger d'ici 10 ans. Si nous voulons assurer la pérennité de nos entreprises, il faut les aider à se développer pour qu'elles soient capables de vendre partout au Canada, à tout le moins, aux États-Unis par la suite, puis ailleurs dans le monde.

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