Apple, Nike et la Chine, prise 2

Publié le 27/01/2012 à 15:24

Apple, Nike et la Chine, prise 2

Publié le 27/01/2012 à 15:24

BLOGUE. Je sens que le dossier de l'utilisation massive par Apple de fournisseurs étrangers pour la fabrication de ses appareils, et des conditions de travail douteuses chez certains d'entre eux, n'a pas fini de faire jaser.

Il faut d'abord souligner à nouveau le travail du New York Times, à l'origine du débat actuel. Le quotidien a publié mercredi une longue enquête sur les conditions de travail dans les usines qui fabriquent les iPad et les iPhone, en particulier celles de Foxconn, un très important fournisseur. J'en parlais hier.

Il semble que le New York Times, dans une manoeuvre visant à obtenir davantage d'information et de réactions de gens présents sur le terrain en Chine, a fait publier son article dans un magazine d'affaires chinois, en chinois. On a ensuite publié aux États-Unis, traduits en anglais, certains commentaires de lecteurs sur le site chinois. L'idée, soit dit en passant, est géniale.

Les réactions vont dans les deux sens. Plusieurs déplorent les conditions de travail, bien sûr, mais d'autres sont plus réalistes. « Si les gens voyaient les conditions dans lesquelles vivaient ces travailleurs avant d'avoir un emploi chez Foxconn, ils renverseraient leur opinion et croiraient plutôt qu'Apple est philanthrope », écrit l'un d'eux.

Le problème de la classe moyenne

Ce qui m'avait échappé, c'est un autre article du New York Times publié deux jours plus tôt, qui effleurait la question des conditions de travail, mais se concentrait surtout à expliquer pourquoi les iPhone (et leurs rivaux) ne seront probablement plus jamais produits aux États-Unis, et tout les ennuis que ça signifie pour la classe moyenne américaine. Steve Jobs, apparemment, en était le premier convaincu, même devant le président des États-Unis.

Mais alors que Steve Jobs parlait, le président Obama l'a interrompu avec une question: que faudrait-il pour fabriquer des iPhone aux États-Unis?

Il n'y a pas si longtemps, Apple se vantait que ses produits étaient fabriqués aux États-Unis. Aujourd'hui, peu le sont. Presque tous les 70 millions d'iPhone, 30 millions d'iPad et 59 millions d'autres produits vendus par Apple l'an dernier ont été fabriqués à l'étranger. 

Pourquoi ce travail ne pourrait-il pas revenir à la maison?, demandait Obama.

La réponse de M. Jobs était sans ambiguïté. « Ces emplois ne reviendront pas », a-t-il dit, selon un autre invité.

À lire l'article, la question des salaires dérisoires des employés asiatiques est secondaire, ce qui est probablement plus déprimant que rassurant pour les Américains.

D'autres facteurs ont pris le dessus, à commencer par le fait que « c'est là que ça se passe », comme le veut l'expression. Extrait de l'article:

« Toute la chaîne d'approvisionnement est en Chine maintenant », selon un autre ancien cadre de haut niveau d'Apple. « Il vous faut un millier de joints de caoutchouc? C'est l'usine d'à côté. Il vous faut un million de vis? C'est dans l'usine à un coin de rue. Vous avez besoin que cette vis soit faite un peu différemment? Ce sera prêt dans trois heures. »

La question de la flexibilité est aussi très importante. La main-d'oeuvre pleut en Chine, ce qui n'est pas le cas aux États-Unis, malgré le taux de chômage élevé. Apple estimait, raconte-t-on, avoir besoin de 8700 ingénieurs pour superviser le travail des 200 000 employés affectés à la production des iPhone. Selon ses calculs, il lui aurait fallu neuf mois pour les recruter aux États-Unis. Il a fallu 15 jours en Chine.

Et il y a évidemment la question des conditions de travail, salaire exclu. Le New York Times relate une anecdote, niée par Foxconn. Steve Jobs aurait décidé au dernier instant qu'il fallait absolument que l'iPhone ait un écran de verre, plutôt que de plastique. Le temps commençait à presser. Ces grands panneaux de verre sont arrivés à l'usine de Foxconn au milieu de la nuit. Je traduis la suite:

Un contremaître a immédiatement réveillé 8000 travailleurs dans les dortoirs de l'entreprise, selon un dirigeant. Chaque employé s'est vu fournir un biscuit et une tasse de thé, puis il a été guidé vers une station de travail. En une demi-heure, il avait amorcé un quart de travail de 12 heures pour assembler des écrans de verre sur les appareils. En 96 heures, l'usine produisait 10 000 iPhone par jour.

Cela semble impensable ici. En Chine, ça ne fait certainement pas l'affaire de tout le monde, mais ça semble à tout le moins plus tolérable, même si on entend régulièrement parler de soulèvements dans les usines de Foxconn.

Finalement, il y a la question des compétences. Il semble que les travailleurs du niveau de compétence souhaité, quelque part entre l'école secondaire et l'université, soient difficiles à trouver aux États-Unis, mais nombreux en Asie. C'est là certainement un problème auquel le gouvernement américain et les institutions d'enseignement voudront s'attaquer.

Bref, le dossier n'a pas fini de faire jaser. Il semble même que le PDG d'Apple, Tim Cook, ait senti le besoin d'intervenir en envoyant un courriel à tous ses employés après l'article sur les conditions de travail. Ce message, que vous pouvez lire intégralement ici, nie sans surprise les allégations et met l'emphase sur les valeurs d'Apple.

« Comme vous le savez mieux que tous, de telles accusations sont contraires à nos valeurs, écrit Cook. Ce n'est pas qui nous sommes.  

J'ai l'impression que ce n'est pas le dernier message de Cook sur le sujet.

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