Vingt sociétés québécoises à suivre de près en 2009

Publié le 03/01/2009 à 00:00

Vingt sociétés québécoises à suivre de près en 2009

Publié le 03/01/2009 à 00:00

Par Dominique Beauchamp

L'année 2009 sera une période charnière pour plusieurs sociétés québécoises, dont certaines lutteront pour leur survie.

Par contre, la conjoncture difficile offrira aux plus aguerries l'occasion de réaliser des acquisitions à bon prix et de gagner des parts de marché. Au moins 10 entreprises québécoises sont bien placées pour conclure des acquisitions cette année, selon la quinzaine de financiers que nous avons consultés.

D'autres entreprises d'envergure retiendront aussi l'attention en raison de l'importance des défis qu'elles auront à relever au cours des prochains mois.

Les acquéreurs en puissance

Un climat favorable à CGI, Couche-Tard, Saputo, Reitmans et Richelieu

La conjoncture fournit un climat propice à ce que Reitmans, le principal détaillant pour femmes au pays, réalise des acquisitions, dit Martin Ferguson, gestionnaire chez Mawer Investment Management.

Reitmans a dans sa mire trois cibles depuis quelques années, souligne Neil Linsdell, de Partenaires Versant.

Reitmans a en main 222 millions de dollars (M$) de liquidités, et elle a profité dans le passé des déboires de concurrentes pour les acheter, rappelle Alain Chung, gestionnaire chez Claret. En 1995, 1999 et 2002, elle a acquis les chaînes Dalmys, Penningtons, A. Gold & Sons et Modes Shirmax, qui étaient en difficulté.

Pour sa part, le fournisseur de services informatiques Groupe CGI se dit à l'affût d'acquisitions depuis des années et a accès à une marge de crédit de 1,4 milliard de dollars (G$) si une occasion intéressante se présente en Europe ou aux États-Unis.

Rien d'imminent n'est en vue, mais la récession pourrait faire enfin émerger la candidate recherchée au prix souhaité.

Alimentation Couche-Tard mise aussi sur une conjoncture difficile pour convaincre les propriétaires de dépanneurs et de stations-services disposés à lui vendre leur commerce à meilleur prix. Le Texas, où Couche-Tard n'a pas atteint la masse critique, est un marché d'intérêt.

La société lavalloise lorgne également les 2 000 points de vente que la pétrolière intégrée Exxon Mobil aimerait vendre aux États-Unis au cours des prochaines années.

Le producteur de lait et de fromage Groupe Saputo est toujours à la recherche d'entreprises à acquérir, surtout aux États-Unis, où il occupe seulement 10 % du marché.

" La société étudie toujours deux ou trois projets à la fois. Son bilan permet de financer une acquisition de 600 M$. Toutefois, à court terme, Saputo préfère se concentrer sur l'intégration de ses deux dernières acquisitions, Neilson Dairy et Alto Dairy ", écrit Turan Quettawala, de Scotia Capitaux.

Quincaillerie Richelieu, distributeur de produits de quincaillerie pour les armoires de cuisine, est aux aguets pour mettre la main sur des rivales qui pourraient se résigner à vendre en raison de la récession, dit Ralph Lindenblatt, gestionnaire chez Bissett Asset Management.

" Richelieu répète souvent que les gros distributeurs qui l'intéressent demandent des prix trop élevés. La récession leur fournira peut-être l'occasion de frapper un grand coup aux États-Unis ", dit Sébastien van Berkom, président de Van Berkom et associés.

Le distributeur a réalisé 36 acquisitions en 20 ans, précise Leon Aghazarian, de Valeurs mobilières Industrielle-Alliance. En outre, Richelieu dispose de 13,2 M$ de liquidités, a une dette minime de 7,3 M$ et devrait dégager des flux de trésorerie excédentaires de 25 M$ en 2008, précise M. Aghazarian.

En attendant son heure, Richelieu rachète judicieusement 5 % de ses actions à la Bourse, dit M. Lindenblatt.

Canam et Genivar se positionnent pour profiter des chantiers d'infrastructures

Le fabricant de structures d'acier Canam est aussi un acquéreur potentiel, car il a assaini son bilan en prévision de la récession, justement pour sauter sur des occasions, dit Christine Décarie, gestionnaire au Groupe Investors.

" Au rythme où vont les choses, Canam aura entièrement remboursé sa dette d'ici la fin de 2009. Elle sera alors fin prête pour réaliser d'autres acquisitions aux États-Unis qui lui permettront de décrocher des contrats d'infrastructures attendus des gouvernements ", dit Irwin Michael, gestionnaire des Fonds ABC.

Canam a déjà commencé sa chasse. En juillet 2007, elle a acquis Eastern Bridge, du New Hampshire, un fabricant de structures d'acier pour les ponts routiers et ferroviaires doté d'une usine de 180 000 pieds carrés. Le président, Marc Dutil, a récemment indiqué que Canam pourrait conclure une ou deux transactions importantes d'ici trois ans.

De son côté, la firme de génie-conseil montréalaise Fonds de revenu Genivar multiplie les acquisitions afin de devenir un chef de file de son industrie. Benoît Caron, de la Financière Banque Nationale, s'attend à ce qu'elle greffe d'autres achats au réseau des 14 bureaux de EXH Engineering, en Alberta.

" Le pessimisme provoqué par le plongeon du pétrole pourrait offrir à Genivar l'occasion d'acheter d'autres firmes d'ingénierie à bon prix pour être présente lorsque les pétrolières relanceront leurs projets ", prévoit M. Caron.

Logibec et Stella-Jones en expansion aux États-Unis

Logibec Groupe Informatique réalise déjà 55 % de son chiffre d'affaires aux États-Unis, où ses filiales fournissent des logiciels de gestion aux résidences pour personnes âgées.

" La nature récurrente de ses revenus et les fonds autogénérés qu'ils dégagent lui donnent les moyens de poursuivre ses achats ciblés ", dit Marc L'Écuyer, président de Gestion de patrimoine Cote 100.

Le fabricant de poteaux de bois et de traverses de chemin de fer Stella-Jones est bien placé pour conclure d'autres achats aux États-Unis. Il occupe 60 % de ce marché au Canada et aimerait bien devenir le leader nord-américain de ce créneau, dit M. L'Écuyer.

Stella-Jones bénéficie du soutien financier de deux importants actionnaires, la coentreprise italo-britannique Stella-Jones International et le Fonds de solidarité FTQ.

Les entreprises à surveiller

Transat s'en va-t-en guerre

Transat A.T. mérite d'être sur l'écran radar des épargnants, car elle mène une chaude lutte à ses rivales afin de consolider sa position de leader au sortir de la récession. Si elle gagne son pari, son action pourrait rebondir après avoir perdu 75 % de sa valeur en 2008.

Transat A.T. est prête à sacrifier une partie de ses marges au Canada cet hiver afin de défendre sa première place dans les vols nolisés au pays, dit Nick Morton, de RBC. Ses liquidités de 146 M$ la placent en bonne position pour y parvenir, dit Claude Proulx, de BMO Marchés des capitaux.

Le voyagiste n'envisage pas d'acquisition à court terme, mais se dit prêt à saisir toute occasion qui se présenterait.

Bombardier surprendra-t-elle ?

L'avenir de Bombardier divise les analystes.

Pierre Bernard, gestionnaire chez IA Clarington, avance que la résistance à la récession de la division aéronautique de Bombardier en surprendra plusieurs.

Les investisseurs lui accordent actuellement une valeur dérisoire en Bourse. D'ailleurs, cette division vise maintenant une marge bénéficiaire de 12 % d'ici 2013, après avoir atteint son objectif de 8 % en 2008, mentionne Richard Stoneman, de Valeurs mobilières Dundee.

M. Proulx craint toutefois une augmentation des reports et des annulations de commandes d'avions.

Le sort de la CSeries sera aussi un enjeu clé l'an prochain. Marc L'Écuyer, de Cote 100, rappelle que Bombardier n'a toujours pas reçu de commandes de lancement. " Ce sera une année décisive pour la CSeries ", soutient-il.

D'autres financiers font peu de cas du fait que la CSeries connaisse des retards en raison de l'effet paralysant de la crise. " Une année de retard ne met pas nécessairement la CSeries en péril ", dit Luc Grenier, de IA Clarington.

Austérité pour BCE

Après l'échec de sa prise de contrôle par le groupe dirigé par Teachers', BCE mise sur la prudence, dit Domenic Monteferrante, vice-président de Gestion d'actifs CIBC.

La possibilité d'un dividende supplémentaire ou d'un rachat important d'actions, pour consoler les actionnaires, est disparue, car l'entreprise a besoin de toute sa flexibilité financière pour moderniser son réseau et renflouer de 300 M$ sa caisse de retraite, note Jonathan Allen, de RBC Marchés des Capitaux. " BCE redevient une simple entreprise en redressement et un titre qui verse un dividende intéressant ", écrit-il.

Pour faire patienter ses actionnaires échaudés, BCE a rétabli son dividende et instauré un rachat de 5 % de ses actions.

Le milieu financier attend impatiemment le 11 février, date à laquelle BCE précisera aux analystes sa stratégie et ses orientations financières. BCE devrait annoncer de nouvelles mises à pied et le remboursement de 1,5 G$ de dettes, dues en 2009, prévoit Greg MacDonald, de la Financière Banque Nationale.

Quebecor fera des vagues

Avec la perspective d'un conflit de travail au Journal de Montréal, de nouvelles compressions de 10 % de l'effectif chez l'éditeur de journaux Sun Media et l'implantation par Vidéotron de son propre réseau sans fil, Quebecor ne peut que faire des vagues en 2009.

La rationalisation des journaux s'explique bien par le déclin du lectorat et de la publicité dans les médias imprimés. Pour les investisseurs, c'est une bonne nouvelle, car les coupes visent à préserver la rentabilité de Sun Media.

Pierre Bernard prévoit que le lancement du nouveau service sans fil de Vidéotron redonnera de la vigueur au titre de Quebecor vers la fin de 2009. " Tout est en place pour qu'à Noël prochain, Vidéotron nous épate avec ses forfaits incluant ses cellulaires de troisième génération ", dit-il.

Transcontinental se refinancera en 2009

L'imprimeur et éditeur (notamment du journal Les Affaires) Transcontinental renouvellera un emprunt de 150 M$ en juin et un autre de 300 M$ en août, note Paul Steep, analyste chez Scotia Capitaux.

Même si l'entreprise respecte sans problème les clauses de ses ententes de financement, ses frais d'intérêts augmenteront sensiblement puisque la crise rend les banques plus exigeantes, explique-t-il.

Jean Coutu : un divorce de Rite-Aid ?

Groupe Jean Coutu se dit encouragé par les progrès de ses pharmacies américaines Rite-Aid, mais plusieurs croient que ce n'est qu'une question de temps avant que les deux entreprises ne divorcent.

" Ce sera une année décisive. Les investisseurs ont déjà décidé pour eux. La valeur de Rite-Aid est nulle ", dit M. Bernard.

Non seulement Rite-Aide est déficitaire, mais elle est aussi très endettée, au moment où les ventes de tous les pharmaciens américains reculent.

" Jean Coutu pourrait distribuer sa participation de 30 % dans Rite-Aid à ses propres actionnaires. Cela engendrerait des pertes fiscales pour les investisseurs et éliminerait enfin sa quote-part des pertes de Rite-Aid ", explique Alain Chung, de Claret.

Lendemains de bulle pour SNC-Lavalin

L'ingénieur-conseil SNC-Lavalin vogue sur la vague des dépenses en infrastructures promises par divers gouvernements pour stimuler leur économie.

Or, dans l'immédiat, la crise du crédit et la chute des prix des denrées pourraient obliger des producteurs miniers et pétroliers à annuler ou reporter des projets qui garnissent le carnet de SNC-Lavalin, craint Benoît Caron.

42 %

Baisse moyenne des 65 titres québécois du Top 100 Les Affaires en 2008 (au 23 décembre).

Le meilleur et le pire titres québécois en 2008

Metro (MRU.A) + 35,8 %

AbitibiBowater (ABH) -96,8 %

Source : Bloomberg, au 23 -12-2008

dominique.beauchamp@transcontinental.ca

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