Universités et entreprises, deux solitudes à rapprocher

Publié le 16/10/2010 à 00:00

Universités et entreprises, deux solitudes à rapprocher

Publié le 16/10/2010 à 00:00

Le Québec doit accroître sa productivité ; l'amélioration de la productivité repose en bonne partie sur l'innovation ; l'innovation découle souvent de recherches universitaires ; le Québec dispose d'un solide réseau d'universités.

En nous fiant à ces prémisses, nous devrions conclure que nous sommes en bonne position, non ? Ça dépend. Encore faut-il que la jonction s'établisse entre ceux qui agissent - les entrepreneurs - et ceux qui savent - les chercheurs.

Bonne nouvelle : un sondage Léger Marketing vient de montrer qu'une majorité d'entreprises québécoises (53 %) ont collaboré avec une institution universitaire au cours des trois dernières années. Le sondage a été réalisé sur le Web auprès de 204 dirigeants de PME. L'échantillon est relativement restreint, mais l'enquête permet quand même de reconnaître une volonté certaine de collaboration.

Moins bonne nouvelle : dans la plupart des cas, par " échanges ", on entend l'embauche de stagiaires, lorsqu'il ne s'agit pas d'une participation à des campagnes de financement. En matière de relations, c'est le minimum. Les collaborations plus stratégiques, qui portent sur des ententes de licence, des recherches contractuelles ou d'autres échanges scientifiques, demeurent l'exception.

Pourtant, c'est le chemin obligé vers la prospérité, a souligné un expert américain, Richard Bendis, lors d'une conférence qui a eu lieu à Québec à la mi-septembre. M. Bendis préside Innovation America, une société qui fait la promotion de l'entrepreneuriat et de l'innovation. À ses yeux, la présence d'établissements de recherche et d'enseignement supérieur est un atout essentiel... pour autant qu'on sache bien s'en servir.

À cet égard, nous sommes encore des apprentis. Malgré de beaux succès, chercheurs et entrepreneurs travaillent en vase clos. Les premiers devront apprendre à descendre de leur tour d'ivoire, et les seconds, apprendre à monter des marches pour les rejoindre.

Cela est plus facile à dire qu'à faire. Imaginez que vous êtes un entrepreneur qui a une idée brillante ou se heurte à un problème épineux, et que vous voulez consulter un professeur de l'École Polytechnique, par exemple. À quelle porte allez-vous frapper ? Dans ce cas-ci, il faudrait passer par le Bureau de la recherche et Centre de développement technologique de l'École Polytechnique, le BRCDT. C'est le bon guichet. Tous les établissements universitaires en comptent un de ce genre, mais il faut le trouver...

La taille de l'entreprise entre également en jeu. " La collaboration avec des institutions universitaires est plus fréquente dans les entreprises qui disposent de ressources financières importantes et qui comptent un plus grand nombre d'employés ", note le rapport du sondage. Normal : il y a plus de chances qu'au sein d'une grande entreprise, il y ait une personne pour qui le milieu universitaire est familier. Heureusement, la nouvelle génération d'entrepreneurs, plus scolarisée, sera probablement plus proactive.

Idéalement, il serait temps de passer à la vitesse supérieure. Mais rien n'est simple au Québec... Il suffit d'évoquer l'importance de ces rapprochements pour qu'on vous soupçonne de vouloir altérer la mission universitaire, de tenter de l'assujettir aux impératifs du marché, de chercher à former des étudiants sur commande, voués à servir les intérêts à court terme du secteur privé, alouette !

Il est vrai que le milieu universitaire doit conserver son indépendance. On lui demande d'innover, pas de ramper. Mais les universités doivent aussi comprendre que leurs ressources sont précieuses et qu'elles doivent monter au front. La bataille planétaire de la connaissance est engagée. Et nous n'améliorerons pas notre sort collectif en faisant du sur-place.

Au moins, le sondage indique qu'après avoir collaboré avec le milieu universitaire, les entrepreneurs y prennent goût. À l'inverse, la majorité des entreprises qui n'ont jamais tissé de lien avec des universités n'ont aucune intention de le faire à court terme.

Il faut donc briser les solitudes et favoriser les rapprochements. C'est dans cet esprit qu'aura lieu les 20 et 21 octobre, à Montréal, le premier Rendez-vous du savoir, qui entend reconnaître et promouvoir le rôle central des universités dans le développement du Québec. On va sans doute y soulever la question du sous-financement chronique des institutions, mais il faudrait surtout parvenir à construire les ponts indispensables entre les deux communautés, d'affaires et universitaires. Notre prospérité en dépend.

De mon blogue

www.lesaffaires.com/rene-vezina

Bravo, Monsieur Landry !

Selon l'ancien premier ministre, compter sur des réserves de gaz naturel est un atout pour le Québec, pour autant : 1) qu'on puisse l'exploiter intelligemment ; 2) qu'on soit en mesure d'en retirer des redevances convenables ; 3) que cela réduise notre dépendance aux fournisseurs étrangers.

Vos réactions

" M. Landry a parfaitement raison : le Québec n'a tout simplement pas les moyens de se passer de cette richesse, à condition que ce soit fait dans le respect de l'environnement et des citoyens, et comprenne le versement de redevances équitables pour les Québécois. "

- R. Bleau

" Je ne pense pas que nos gouvernements puissent gérer ce dossier convenablement sans transformer de simples citoyens en parias. "

- Beeman

" Depuis le temps qu'on sait qu'il y a du gaz de shiste à exploiter, personne n'a eu la brillante idée d'en définir le cadre légal avant de voir arriver les cow-boys. "

- roush00

rene.vezina@transcontinental.ca

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