Une vie à rêver d'entreprendre

Publié le 06/07/2013 à 00:00, mis à jour le 04/07/2013 à 09:59

Une vie à rêver d'entreprendre

Publié le 06/07/2013 à 00:00, mis à jour le 04/07/2013 à 09:59

Quand Lilianne Savard dit avoir toujours su qu'elle serait entrepreneure, la détermination dans son regard bleu ne laisse aucune place au doute. Pendant des années, son plaisir a été d'en rêver, de tout apprendre et de tout essayer pour y arriver.

Après avoir analysé quatre autres possibilités au fil des ans, en 2011, à 47 ans, juste avant Noël, elle s'est offert en cadeau une entreprise spécialisée en maintenance industrielle et en construction, le Groupe POG, de Saguenay, où elle travaille et habite depuis plusieurs années.

«C'était écrit dans le ciel et j'ai tout fait dans ma carrière pour arriver là, ça ne m'est pas arrivé sur un plateau d'argent», souligne la dynamique entrepreneure, qui consacre de 60 à 70 heures par semaine à ses affaires.

«Je m'amuse, je ne travaille pas ! C'est probablement pour ça que je fais autant d'heures et que je ne le ressens pas. Je sais que je suis à ma place.»

Lilianne Savard a commencé sa carrière dans le secteur bancaire, et quand les guichets automatiques se sont mis à remplacer les humains, elle s'est inscrite à un DEC en bureautique, alors que ses deux enfants étaient encore petits. Plus tard, elle s'est inscrite en administration à l'université. En parallèle, elle a commencé à travailler comme adjointe administrative chez un entrepreneur, où on lui a offert ensuite un poste de représentante dans le secteur industriel, jusque-là occupé par un ingénieur. Doutant de ses capacités, elle a accepté un essai de trois mois.

«Je n'ai pas aimé ça, j'ai adoré ça ! se souvient-elle. Le client, je l'écoutais et je cernais son besoin. J'ai suivi des cours de dessin, de plans, un peu de tout pour pallier mes manques. Il n'y a que la soudure que je n'ai pas faite !»

D'une entreprise à l'autre, Lilianne Savard a grimpé les échelons. À la fin, elle n'en portait pas le titre, mais elle exerçait les fonctions de directrice générale.

«Je travaillais pour le vice-président de l'entreprise et je me suis aperçue qu'en mon absence, il ne prenait pas de décisions, il attendait de me consulter. Moi qui voulais savoir si j'étais capable d'être entrepreneure, je me suis dit que je l'avais prouvé.»

Doubler la performance en un an et demi

Il restait à obtenir une licence d'entrepreneure générale. Suivre des cours, trois soirs par semaine et tous les samedis, pendant deux ans, en plus du boulot. Et quand le Groupe POG l'a approchée pour lui vendre l'entreprise, il a fallu s'initier au financement. «Faire le montage financier et les projections pour les trois prochaines années pour une entreprise dans laquelle tu n'as jamais mis les pieds, sauf le jour où tu l'as visitée pour l'acheter, ce n'était pas évident !»

N'empêche, celle qui a acheté une entreprise au chiffre d'affaires de 5 M $ est parvenue à doubler la performance à peine un an et demi plus tard ! «Développer des affaires, rencontrer les donneurs d'ordres, c'est mon créneau», dit fièrement Lilianne Savard, qui a étendu les activités de l'entreprise vers le nord du Québec. Elle a aussi recruté un associé l'an dernier, Marco Pelletier, pour marquer plus de points dans le secteur de la construction, qu'elle connaissait plus ou moins bien. Et elle s'est inscrite à l'École d'entrepreneurship de Beauce, dans la troisième cohorte. Elle n'avait pas les 55 000 $ requis, tout son argent finançait l'entreprise, mais une entente particulière l'a aidée à entrer.

«Je ne l'ai pas regretté. Je n'aurais jamais pu rencontrer tous ces gens de haut calibre à Saguenay. Et quand tu t'enfermes cinq, six jours toutes les six semaines avec 25 entrepreneurs de ta cohorte, tu te crées un réseau solides. En affaires, c'est ça, ta force. Cela a favorisé la croissance, ça m'a donné beaucoup de bagage.»

L'entrepreneure dit prendre autant de plaisir à poursuivre ses objectifs qu'à réaliser un bon coup en affaires. Mais comme chaque bon coup doit être suivi d'un autre, elle passe plus de temps à courir qu'à célébrer. Et aucun emploi ne lui a offert autant de possibilités de voir grand.

Un escalier infini

«Moi, il faut toujours que je sorte de ma zone de confort. Je dois le faire tout le temps, car ce n'est jamais assez. On a une croissance extraordinaire et c'est moi qui vais décider quand j'arrête. Ce qui m'arrêtait, avant d'être entrepreneure, c'était toujours les autres. Là, il n'y aura pas de pied sur le frein. Si on doit ralentir parce qu'on manque de fonds ou d'effectif, ça me fera un problème à régler et je me concentrerai là-dessus, mais j'aurai toujours une marche à monter. L'escalier, il peut être à l'infini.»

À peu près personne dans l'entourage de Lilianne Savard ne comprend son ambition ni ses horaires ultra-chargés. Mais cela n'ébranle nullement la femme d'affaires. Un de ses fils travaille maintenant avec elle, dans cette seconde famille qu'est devenue l'entreprise, passée de 48 à 96 employés au cours des 18 premiers mois. Son plaisir, c'est à eux qu'elle le communique. «C'est important que l'équipe sache que tu es heureux et que tu as des ambitions. Les employés ne demandent rien de mieux qu'un patron qui a des idées et qui voit toujours plus grand qu'eux. Ils sont là pour t'appuyer. La valeur de l'entreprise, c'est l'équipe», dit celle qui, chaque matin avant sept heures, fait le tour de son monde pour les saluer et s'informer de leur quotidien.

«C'est une bonne habitude et ça te demande quoi de faire ça ? Cinq, dix minutes.»

La manière Savard donne des résultats : dans une région touchée par des pénuries de main-d'oeuvre, particulièrement en soudure, les candidats frappent à la porte pour être embauchés.

«Tous les clients que j'ai eus depuis 20 ans m'ont suivie partout où je suis allée», dit celle qui apprécie travailler dans un milieu d'hommes, là où il faut «entendre à rire et avoir de la répartie».

Au cours de ses deux premières années d'entrepreneuriat, Lilianne Savard a remporté plusieurs prix, notamment celui d'Entreprise de l'année 2011 de la Chambre de commerce de Saguenay. Gagner de la reconnaissance est un de ses plaisirs.

«Je veux être capable de laisser quelque chose, c'est important pour moi. Et mon but, un jour, c'est d'aller former des plus jeunes. Je ne l'ai pas eu facile au début, mes parents n'avaient pas d'argent. Je veux juste prouver aux gens que lorsqu'on a un but, qu'on le poursuit et qu'on y rêve, on est capable de le réaliser.»

GROUPE POG

Activité : Maintenance industrielle et construction, tuyauterie industrielle

Siège social : Saguenay

Effectif : Plus de 100

Clients : Gaz Métro, Alouette, Alcan, Bowater

12 M$

Le chiffre d'affaires de Groupe POG a été de 12 millions de dollars en 2012.

70% du chiffre d'affaires de Groupe POG provient du secteur de la construction dans l'industrie lourde du nord du Québec.

L'entreprise de Saguenay emploie 102 personnes.

Série 5 de 10

Le plaisir d'entreprendre

Avec cette série de 10 entrevues que nous publierons jusqu'en décembre, nous souhaitons inspirer des vocations. Comment naît le plaisir de prendre des risques ? Où le trouve-t-on dans le quotidien de l'entreprise ? Comment le garder vivant malgré les embûches ?

valerie.lesage@tc.tc

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