Une bonne part du gâteau échappe aux Québécois

Publié le 30/04/2011 à 00:00

Une bonne part du gâteau échappe aux Québécois

Publié le 30/04/2011 à 00:00

Les investisseurs et épargnants québécois ne profitent pas autant qu'ils le pourraient de l'essor du secteur minier dans la province, en raison de la frilosité du financement québécois dans le domaine.

Pas toujours facile de faire l'argent avec les mines. Il ne s'agit pas ici des redevances versées à l'État mais des bénéfices que les Québécois seraient susceptibles de réaliser en étant actionnaires de minières québécoises en croissance. Ou d'investissements de fonds institutionnels comme la Caisse de dépôt, par exemple, investissements qui demeurent relativement faibles dans le secteur minier.

Dans les deux cas, on est " frileux " au Québec, et la richesse s'en va à Toronto, Calgary et Vancouver, déplorent plusieurs acteurs de l'industrie.

Une enquête conjointe effectuée par les cabinets PricewaterhouseCoopers et Fraser Milner Casgrain illustre le premier problème.

Selon cette enquête, des sociétés minières inscrites à la Bourse de Toronto, à peine 3 % sont québécoises, tandis que 30 % viennent de la Colombie-Britannique.

Quant à la Bourse de croissance, l'écart est pire : 7 % des minières sont québécoises, mais 64 % sont issues de la Colombie-Britannique. Pourtant, les deux provinces ont des patrimoines miniers comparables.

Cette sous-représentation des minières québécoises est " préoccupante pour l'avenir du Québec ", écrivent les auteurs du rapport.

Quelle en est la cause ? Un " environnement financier déficient ", répondent-ils. C'est que les grandes banques actives sur le marché des capitaux ne sont pas présentes dans les financements de sociétés à petites capitalisations (moins de 75 M$). Il y a certes bien des firmes de courtage qui s'occupent de petites capitalisations, mais on les trouve surtout à Toronto, Calgary et Vancouver - très peu à Montréal.

Comme il n'y pas de preneurs fermes à Montréal (c.-à-d. qui participent à des émissions primaires d'actions pour ensuite les revendre sur le marché boursier secondaire, auquel ont accès les épargnants), c'est donc ailleurs que les minières québécoises doivent se rendre pour se financer. Beaucoup n'y vont pas ou, si elles s'y implantent, voient leurs actions vendues à des clients de ces régions. Résultat : les épargnants québécois ne se font pas offrir ces titres et ne les achètent pas. À preuve, le témoignage de Glen Mullan, président des Mines de la Vallée de l'Or : " Je me suis financé à Calgary et j'ai dû leur demander de garder des actions pour le Québec. "

Les auteurs du rapport intitulé " Pour une démocratisation du financement de nos entreprises " disent qu'ils veulent " sonner l'alarme " et redresser la situation.

Après avoir interrogé des dirigeants de minières et de fonds institutionnels dans le cadre de leur étude, ils promettent de futures rencontres dans les prochaines semaines dans le but d'organiser cet automne un forum sur la question. " La balle est lancée, il faut amorcer une réflexion là-dessus ", dit Michel Brunet.

" Il ne faut pas manquer le bateau " ajoute Guy LeBlanc. Car dans le secteur minier, rappellent ces dirigeants, les inscriptions en Bourse sont " une nécessité " pour assurer la croissance des sociétés d'exploration minière.

La Caisse a manqué de vigilance

Selon des entrevues réalisées par Les Affaires auprès de dirigeants de minières et d'associations de l'industrie, l'autre partie du problème est la suivante : la Caisse de dépôt et placement du Québec, qu'on compare souvent au " bas de laine " des Québécois, ne s'est pas vraiment intéressée au secteur minier québécois avant 2010.

" Il est temps que le Québec inc. se réveille ", estime Ghislain Poirier, président de l'Association de l'exploration minière du Québec (AEMQ).

En 2008, le total des investissements au Québec de la Caisse dans le secteur minier s'élevait à 44 millions de dollars (M$), soit 0,13 %, ou un huitième de un pour cent de son portefeuille total. En 2009, il a presque doublé à 83 M$, soit 0,25 % du portefeuille. En 2010, la Caisse a enfin fait grimper ses investissements miniers à 273 M$. Mais comme ce montant ne représente que 0,75 % de son portefeuille d'actifs québécois - évalué à 36,5 milliards de dollars, selon le rapport annuel de la Caisse -, il demeure largement sous-pondéré par rapport au poids des titres miniers de la Bourse de Toronto, qui est de 23 %.

" Une participation accrue de la Caisse serait une bonne façon d'apporter de la richesse aux Québécois et de les faire participer à l'essor du secteur minier ", plaide Brian Coates, président de la Corporation Minière Osisko.

L'automne dernier, le président Michael Sabia a implicitement reconnu le problème, lors d'une entrevue à l'agence de presse financière Bloomberg. Il a affirmé que la Caisse serait dorénavant plus active dans le secteur des ressources naturelles. Ce qu'elle a fait en prenant une participation de 146,4 M$ (en titres) des mines de fer Consolidated Thompson (la Caisse n'a pas voulu accorder d'entrevue pour ce reportage).

La faiblesse relative des investissements miniers de la Caisse et son retard à s'intéresser au secteur " touchent une corde sensible chez les dirigeants de compagnies minières ", relate Glen Mullan.

Le fait que la Caisse ne soit pas intervenue pour bloquer la prise de contrôle hostile de Canadian Royalties, l'une des rares mines du Québec à être exploitée par une entreprise ayant son siège social dans la province, en l'occurrence à Val-d'Or, a été " une grande déception pour nous ", raconte celui qui en était le président. " C'était très difficile à comprendre. Et quelle ironie d'apprendre, 12 mois plus tard de la bouche de M. Sabia, que la Caisse allait désormais miser davantage sur les mines. "

La mine de nickel de Canadian Royalties est maintenant détenue par une coentreprise de Vancouver ayant des intérêts chinois.

Des fonds qui profitent

Les différents fonds miniers mis sur pied par la Caisse de dépôt et placement, la Société générale de financement (SGF) et le Fonds de solidarité de la FTQ, ainsi que la Société de développement de la Baie-James (SDBJ), ont fait un bon travail et profité du boom minier.

L'an dernier, la SDBJ a réalisé un rendement de 59 %, relate son président Pierre Bertrand, dont le portefeuille vient d'être augmenté de 6 à 7 M$. Le rapport de PWC/FMC juge leur action " essentielle ".

Inexistants dans d'autres provinces canadiennes, ces fonds sont d'excellents teneurs de marché, dit le rapport, mais ils " ne sont pas suffisants pour compenser " le manque de financement des minières québécoises sur le marché des capitaux.

Ces fonds, dont les investissements varient entre 1, 5 et 10 M$ par année, ont été bien utiles aux sociétés québécoises d'exploration minière lors de la crise financière. C'est le Fonds de solidarité FTQ, par exemple, qui a aidé Osisko à traverser le bas du cycle avec un financement de 100 000 $, rappelle son président Dany Pelletier. Et de fait, les investissements du Fonds dans le secteur minier sont passés de 102 M$ en 2002 à 194 M$ en 2010.

Quant à la SGF (maintenant fusionnée avec Investissement Québec) et à sa filiale SOQUEM, elles ont fait de bons coups en investissant dans Osisko et Stornoway, notamment. Mais SOQUEM " n'est plus ce qu'elle était dans les années 1970 ", observent plusieurs. La Sodemex, elle, a été " mise sur la voie de service " en 2008, relate son président Denis Landry. Cependant, son actionnaire, la Caisse de dépôt, y a injecté 10 M$ en 2010. Sodemex s'est remise récemment à faire des investissements en équité.

Les choses commencent à changer. Lors du dernier budget provincial, Investissement Québec s'est vu octroyer 500 M$ du gouvernement pour prendre des participations dans des projets miniers. Une initiative fortement applaudie par les dirigeants de fonds miniers.

" Montréal est hors circuit en ce qui concerne le financement minier. Au Canada, c'est à Toronto, Vancouver et Calgary que ça se passe. "

" Pour une démocratisation du financement de nos entreprises ", PWC et FMC, 2011.

QUÉBEC

3 %

Part des minières québécoises à la Bourse de Toronto (TSX).

CANADA

30 %

Part des minières de la Colombie-Britannique à la Bourse de Toronto (TSX).

QUÉBEC

7 %

Part des minières québécoises à la Bourse de croissance (TMX).

CANADA

64 %

Part des minières de la Colombie-Britannique à la Bourse de croissance (TMX).

QUÉBEC

0,75 %

Part des titres miniers dans le portefeuille de la Caisse de dépôt.

CANADA

23 %

Poids occupé par les titres miniers dans l'indice TSX de Toronto.

suzanne.dansereau@transcontinental.ca

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