Un lien de confiance brisé

Publié le 24/04/2010 à 00:00

Un lien de confiance brisé

Publié le 24/04/2010 à 00:00

Le sous-sol du Québec regorge de richesses et le potentiel d'exploration est immense. Pourtant, des nuages pointent à l'horizon. Les réglementations de plus en plus contraignantes risquent de miner la compétitivité de l'industrie minière. Celle-ci doit aussi changer son image négative pour mieux se faire accepter par les collectivités locales. Les difficultés de recrutement l'obligent à faire preuve d'imagination, en s'ouvrant davantage aux femmes et aux autochtones. Portrait d'une industrie qui traverse de nombreux défis, dont le moindre n'est pas le financement.

Ne demandez pas à un cadre de l'industrie minière ce qu'il pense d'Avatar, le film qui a recueilli les plus importantes recettes de l'histoire, avec plus de 2,5 milliard de dollars. Cela pourrait le mettre de mauvaise humeur. La cause ? Le scénario du film oscarisé (de méchants industriels veulent exploiter le sous-sol d'une magnifique forêt appartenant à de gentils autochtones qui réussissent à les en chasser), fait mal paraître son industrie. " Ma fille de 14 ans, qui a vu le film, m'a prévenu que ce n'était pas bon pour nous... ", raconte Jean-Pierre Thomassin, directeur de l'Association pour l'exploration minière.

Au Québec, il n'y a pas que l'effet Avatar qui nuise à l'industrie minière. Le secteur souffre d'une mauvaise presse. Cela a commencé avec la publication, au printemps 2009, d'un rapport du vérificateur général, rapportant qu'entre 2002 et 2008, deux tiers des mines du Québec n'avaient pas payé un seul dollar de redevances. Puis, les médias ont révélé le fait que la minière Century Mining n'avait pas payé pour la décontamination de sa mine d'or à l'entrée de Val-d'Or, et qu'elle devait de l'argent à ses employés - en plus d'avoir reçu 20 chefs d'accusation en matière d'environnement. Ensuite, le dossier sur l'exploration d'uranium à Sept-Îles, où le maire, la chambre de commerce et la corporation de développement économique locales se sont ralliés à l'opinion publique et aux médecins contre le projet. Et finalement, la Ville de Rouyn-Noranda s'est opposée à l'octroi d'un titre minier sur son territoire... Du jamais vu, car elle est construite sur une mine qui fournit du travail à près de 20 % de habitants...

Dans ce contexte, l'industrie estime qu'elle était une cible facile et que le gouvernement Charest n'a pas hésité à hausser les redevances minières de 240 millions de dollars pour les cinq prochaines années. Cette décision a surpris tout le monde, et même les groupes environnementaux, car le dossier devait être abordé dans le cadre d'un projet de loi sur les droits miniers, prévu à la suite des audiences publiques sur la modernisation de la Loi sur les mines (projet de loi 79), qui doivent se tenir à la mi-mai.

C'est pourquoi, malgré le cycle haussier que connaît l'industrie (voir le texte en page A6) une certaine inquiétude règne. Le contexte politique défavorable complique le développement d'une industrie qui a fera face à d'importants enjeux au cours des prochaines années : la compétitivité du Québec face à d'autres pays, l'accès au territoire, les ressources humaines et l'acceptation sociale des projets miniers.

" On dirait que les planètes sont alignées contre nous " constate Dominique Dionne, vice-présidente, affaires publiques, chez X-Strata Nickel. Les écologistes ont clairement gagné la bataille de l'opinion publique, ajoute-t-elle.

Compétitivité menacée

Le nouvel environnement qui se met en place nuira-t-il à la compétitivité du Québec ? Personne ne veut se prononcer là-dessus. Cela dit, le sondage annuel sur les sociétés minières 2009-2010 réalisé à l'automne 2009 par l'Institut Fraser (et publié après le budget) place le Québec au premier rang des endroits où investir en exploration et en développement miniers pour la troisième année consécutive. Mais si les coûts de production augmentent à la suite de changements fiscaux et légaux, " les gisements à exploiter au Québec pourraient être moins attrayants aux yeux des investisseurs ", fait valoir Jean-Pierre Thomassin.

Chez ArcelorMittal Mines Canada, le directeur des communications Martin Simard indique que la hausse des redevances annoncée le 25 mars l'empêchera peut-être de créer 1 000 emplois à sa mine de fer. " M. Mittal [le propriétaire de la mine] est venu nous voir au début de l'année et il voulait que nous doublions notre production, relate-t-il. Mais c'était avant le budget... Maintenant, la donne a changé. "

" Pour l'instant, nous traversons un cycle haussier, mais quand le creux viendra, le budget pourrait avoir un impact plus important ", lance Martin Rivard, président de Mines Richmont.

Lourdeur administrative

Selon Fred McMahon, coordonnateur du sondage de l'Institut Fraser, ce qui inquiète le plus les minières, ce n'est pas tant les règles du jeu que les changements imprévus. " Le problème avec le budget, c'est que l'industrie ne s'y attendait pas, dit-il. On se dit que si le gouvernement agit comme cela, on ne peut pas lui faire confiance. "

Chose certaine, l'environnement politique du Canada est moins favorable aux intérêts miniers qu'auparavant. La réglementation, la lourdeur bureaucratique, l'efficacité des groupes environnementaux et les batailles territoriales ont déjà fait chuter l'Ontario et la Colombie-Britannique dans le classement de l'Institut.

Récemment, un reportage du National Post rapportait qu'en Colombie-Britannique, la réalisation de l'étude d'impact environnemental pour le projet de Taseko Mines, près de William Lake, a duré 14 ans et a coûté 100 millions de dollars. La province a pris neuf mois pour étudier le rapport avant de donner son aval. Sauf qu'il faut maintenant attendre la réponse du fédéral. " Il faut que nos gouvernements soient mieux harmonisés et que le processus soit plus efficace ", plaide Martin Rivard.

Certaines minières s'inquiètent de l'ajout de la consultation communautaire obligatoire à l'étape de la pré- exploration dans le projet de loi 79. " Non seulement il n'y a pas grand-chose à dire avant l'exploration, mais en plus, nous risquons d'être pris en otage ", craint André Lavoie, porte-parole de l'Association minière du Québec. Cela dit, l'industrie accepte les nouvelles dispositions qui obligent les minières à fournir des garanties financières couvrant tous les coûts de restauration des sites miniers et de le faire plus rapidement après la mise en production de la mine.

" Nous réparons les dommages faits dans le passé et c'est une bonne chose ", indique Dominique Dionne.

DES RETOMBÉES

2 milliards de dollars, dont 66 % sont locales, soit 307 millions en transport, 68 millions en qualité de l'environnement, 836 millions en salaires, près de 500 millions en taxes et en impôt.

DES INVESTISSEMENTS

En 2010, les prévisions sont de

2,2 milliards de dollars

Des droits miniers

1,1 milliard de dollar sera versé au Trésor québécois au cours des cinq prochaines années, soit 570 millions en droits miniers et 515 millions en impôt sur les profits.

Sources : Association de l'exploration minière du Québec, gouvernement du Québec (2008)

suzanne.dansereau@transcontinental.ca

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