Tous les talents d'Arthur Porter au service du superhôpital anglophone

Publié le 29/11/2008 à 00:00

Tous les talents d'Arthur Porter au service du superhôpital anglophone

Publié le 29/11/2008 à 00:00

Par Suzanne Dansereau

[Photo : Gilles Delisle]

Recherché : leader pragmatique, dont la feuille de route montre qu'il sait faire avancer ses dossiers. Fortes habiletés politiques requises, ainsi qu'une capacité d'atteindre ses objectifs dans un climat de confrontation.

Cette offre d'emploi pourrait bien servir à recruter le directeur général du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), dont le poste est vacant depuis le départ forcé du Dr Denis Roy.

Mais il correspond plutôt à la description que fait le sénateur David Angus, président du conseil d'administration du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), de son directeur général, Arthur Porter.

Le mois dernier, le Dr Porter a eu son moment de gloire lorsque le gouvernement Charest a finalement donné le feu vert à l'appel de propositions pour la construction du nouveau CUSM. Sans attendre que le CHUM soit prêt à en faire autant.

Il s'agit d'une victoire pour la communauté desservie par le CUSM : le dossier du mégahôpital de l'Université McGill a maintes fois été suspendu parce qu'il aurait été politiquement impensable de le laisser progresser sans que son pendant francophone ne soit parvenu à la même étape.

Cette fois, "le cabinet s'est dit : ces gars-là sont prêts, laissons-les aller", relate Arthur Porter dans une entrevue accordée au journal Les Affaires.

Le moral requinqué

Quand Arthur Porter a accepté le poste de directeur général en 2004 - pour le dixième du salaire qu'il gagnait au Detroit Medical Center - le moral des troupes du CUSM était bas, se rappelle David Angus : "La fusion [des cinq hôpitaux créant le CUSM] avait été difficile, bien que volontaire. Il n'y avait pas de leadership, personne ne savait où on s'en allait. Bien des médecins étaient partis, à la suite de fortes compressions budgétaires. Le personnel travaillait dans des espaces restreints en se demandant si le projet se concrétiserait. Arthur Porter est arrivé ici inspiré et plein d'énergie."

Le nouveau dirigeant imprime rapidement sa marque : il déménage les fonctions administratives à l'extérieur des hôpitaux pour faire plus de place au personnel soignant. Il renforce les communications internes. "Je veux que mes employés sachent ce qui se passe avant de le lire dans le journal", dira-t-il. Des courriels sont donc envoyés régulièrement au personnel pour l'informer de la progression du projet. Un concours d'innovation est mis en place, incitant les employés à proposer en ligne des solutions concrètes aux problèmes qu'ils rencontrent.

M. Porter préside aussi à la création de programmes de reconnaissance des employés. Aux différents gestionnaires, il demande de consulter leur équipe et de proposer un plan pour la première phase de redéploiement des services de l'hôpital.

"C'est un leader qui donne du pouvoir aux gens, qui les incite à prendre le changement en main, à agir de façon entrepreneuriale" relate Ann Lynch, directrice de la gestion clinique, pour qui le renforcement des communications internes a vraiment aidé cette organisation dispersée dans plusieurs établissements.

Sens politique

À l'externe, M. Porter multiplie les contacts et se familiarise vite avec le Who's Who québécois. Il devient un ami du ministre Philippe Couillard et courtise son sous-ministre. "Il a un sens politique très fin, affirme David Angus. Il reconnaît le pouvoir et sait comment s'en rapprocher. Il agit tout en douceur, sans confrontation."

L'été dernier, les deux hommes ont été reçus par le premier ministre Jean Charest. "La rencontre ne devait durer que deux heures, poursuit David Angus. Elle en a duré six. Jean Charest nous a dit : Vous [au CUSM] ne nous avez pas embarrassés, vous ne nous avez pas demandé plus d'argent et nous vous en sommes reconnaissants. Et il nous a demandé notre avis sur ce qui ne fonctionnait pas dans le système de santé."

Savoir s'entourer

L'hôpital doit être construit en partenariat public-privé ? Pas de problème pour Arthur Porter : il met tout en oeuvre afin d'avoir le dessus dans un tel contexte. Pour combler le manque d'expérience du CUSM, il recrute St. Clair Armitage, un expert britannique qui l'aidera à établir l'appel de propositions et le guidera dans toutes les étapes jusqu'à la signature du contrat. Pendant ce temps, le CHUM se demande encore où il s'installera.

Il recrute également un autre "pro", le Dr Vassily Papadopoulos, de l'Université de Georgetown, de Washington D.C., pour diriger l'actuel Institut de recherche du CUSM. Sa première mission - accomplie - consiste à obtenir une subvention de 100 millions de dollars (M$) de la Fondation canadienne de l'innovation pour financer de nouveaux laboratoires. Le CHUM fait la même demande, mais ne l'obtient pas, à cause de sa gestion défaillante.

Le gouvernement québécois fournit la même somme, et la fondation privée du CUSM apporte 50 M$ supplémentaires. Car alors que la fondation du CHUM n'a presque rien dans ses caisses et se cherche un président depuis trois ans, celle du CUSM dispose aujourd'hui de 184 M$. "Lorsque vous avez de l'argent du privé, vous êtes en affaires plutôt qu'en politique", commente Arthur Porter en entrevue.

Avec une partie de cet argent, il met la main sur un bâtiment d'Air Canada adjacent au futur hôpital, où le CUSM pourra éventuellement s'étendre. Mentionnons qu'il est par ailleurs membre du conseil d'administration d'Air Canada. Rien ne l'arrête : pour renforcer ses chances de garder à Montréal l'Hôpital des Shriners, il devient lui-même... Shriner (un privilège accessible seulement aux francs- maçons; or, Arthur Porter l'est).

Une vision du futur

Depuis son entrée en poste, Arthur Porter a multiplié les occasions de communiquer sa vision du CUSM. Pas un endroit pour "traiter les malades, mais un village où l'on fait la promotion de la santé". Il en parle avec un enthousiasme débordant, décrivant comment les patients externes pourront aller faire des courses ou prendre un café munis d'un appareil portatif qui les préviendra lorsque leur médecin sera prêt à les recevoir. "Cet appareil existe dans des restaurants en Floride", s'exclame-t-il, étonné qu'on ne l'ait pas encore utilisé ici.

Il explique encore comment les patients auront accès à des salles d'exercice modernes et à des conseils de diététistes. "J'aime sortir des sentiers battus, dit-il. Ce qui compte, c'est de prendre une décision. Et s'il s'avère qu'elle est mauvaise, eh bien, on la changera ! Deux choses peuvent torpiller un projet : le temps et les palabres. "

M. Porter a aussi fait ses preuves auprès du gouvernement Charest en intégrant avec succès l'hôpital francophone de Lachine.

Bien s'entourer, inspirer par une vision claire, communiquer et prendre les choses en main : telles sont les stratégies que le Dr Porter, qui enseigne par ailleurs l'administration dans les programmes de MBA des universités McGill et du Tennessee, utilise pour arriver à ses fins.

suzanne.dansereau@transcontinental.ca

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