Taleo : splendeur et misère d'une start-up de 1,9 milliard de dollars

Publié le 28/04/2012 à 00:00

Taleo : splendeur et misère d'une start-up de 1,9 milliard de dollars

Publié le 28/04/2012 à 00:00

C'est officiel depuis le 11 avril : le fournisseur de solutions de recrutement en ligne Taleo a été acquis par Oracle au prix de 1,9 milliard de dollars. Le cofondateur de Taleo, Martin Ouellet, tire des leçons d'affaires d'une aventure de plus de 15 ans, qui a commencé à Québec.

Lorsque Martin Ouellet a fondé Viasite à Québec en 1996, il ne se doutait pas du destin que l'entreprise allait connaître. Toutefois, il était déterminé à bâtir un produit de qualité et, faute de capital, il a rapidement dû concentrer ses énergies pour chercher du financement : «J'ai consacré sept mois et beaucoup d'effort à obtenir 100 000 $ de la BDC... alors que c'était quelques millions dont j'aurais eu besoin», évoque Martin Ouellet.

Malgré les difficultés qu'il éprouve à trouver du financement, il réussit tant bien que mal à développer un site d'emplois, qui devient le plus consulté du Québec. En 1997, il commence à offrir sa solution aux grandes entreprises, afin qu'elles puissent accepter les candidatures, puis effectuer leur sélection à partir de leur propre site Web.

De l'importance du capital de risque

Sur le plan financier, Viasite demeure en mauvaise posture. Ses revenus s'élèvent à peine à 3 500 $ par mois et sa dette atteint 280 000 $. Martin Ouellet a besoin de financement. Un de ses amis lui fait alors une précieuse suggestion : appeler Louis Têtu, un entrepreneur de la région. «À l'époque, il n'y avait pas d'organisation d'anges structurée et je ne savais même pas ce qu'était un ange», explique-t-il.

Louis Têtu investit avec Martin Ouellet et l'aide à passer à l'étape suivante. Viasite est alors vendue et l'entreprise qui lui succède, Recruitsoft, mise sur des solutions en ligne de recrutement destinées aux grandes entreprises. L'entreprise connaît des années de grande croissance, et ses besoins de financement suivent la même courbe.

Les deux associés de Québec doivent alors se tourner vers des bailleurs de fonds étrangers : «En 1999, on a réussi à aller chercher un financement de deux millions au Québec. En 2000, on avait besoin de 10 millions, puis en 2001, de 20 millions ; on a dû se tourner vers des fonds américains», relate Martin Ouellet.

En tout, Recruitsoft, renommée Taleo en 2004, a reçu pas moins de 54 millions de dollars en capital de risque. À l'approche de son introduction en Bourse, l'entreprise a établi son siège social en banlieue de San Francisco. Martin Ouellet a appuyé la décision, mais il ne cache pas que la pression des investisseurs américains a pesé dans la balance : «Si j'avais eu 54 millions dans mes poches, l'entreprise serait restée à Québec», reconnaît l'entrepreneur, qui indique toutefois que, comme Taleo est officiellement une entreprise américaine depuis en 2004, son rachat par Oracle ne devrait donc pas avoir d'impact sur ses 300 employés de Québec.

Donner au suivant

Aujourd'hui, Martin Ouellet est pdg de Genia, un éditeur de jeux sociaux établi à Québec, qui compte une vingtaine d'employés. Cette fois, il n'a pas eu recours à du capital de risque, mais ne vise pas moins haut qu'avec Taleo : «Mon but, c'est de faire croître l'entreprise à Québec, qu'elle demeure à capital fermé ou qu'elle soit inscrite en Bourse.»

Martin Ouellet estime que les start-ups ont aujourd'hui accès à davantage de capital d'amorçage, mais qu'il manque encore de capital de risque pour les entreprises plus matures au Québec. L'homme d'affaires, qui fait maintenant partie d'Anges Québec, considère par ailleurs que l'écart entre le Québec et les États-Unis diminue peu à peu : «Ça ne fait pas longtemps que les Québécois lancent des entreprises dans la cour des grands, remarque-t-il. Chaque fois que quelqu'un vend avec profits, il finance d'autres entreprises ; c'est un cercle vertueux.»

«Il n'était pas question que je suive Taleo dans la Silicon Valley [en 2004]. J'ai préféré réinvestir pour créer des emplois ici.» - Martin Ouellet, cofondateur de Taleo

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