Quand la passion du hockey crée des occasions d'affaires

Publié le 27/03/2010 à 00:00

Quand la passion du hockey crée des occasions d'affaires

Publié le 27/03/2010 à 00:00

Par André Dubuc

Fous de hockey, les petits Québécois rêvent de jouer dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Une fois adultes, ils sont prêts à dépenser sans compter pour que leur enfant termine au premier rang des compteurs de l'équipe Timbits de l'aréna du quartier.

L'engouement pour notre sport national crée une demande que les associations de hockey mineur ne parviennent pas à combler, faute d'heures de glace disponibles.

" Cela fait 35 ans qu'il ne s'est pas construit d'arénas municipaux dans la région de Richelieu ", déplore Jacques Fafard, président de Hockey Richelieu, qui regroupe près de 14 000 joueurs de hockey en Montérégie.

Des entrepreneurs saisissent l'occasion, comblent cette demande inassouvie et s'accaparent le budget " hockey " des familles.

Les écoles estivales de hockey et les ligues printanières, qui existent depuis longtemps, ne sont plus seules à se disputer les dollars hockey. Des centres d'entraînement de haut niveau, équipés de tapis roulants pour les patineurs et des patinoires synthétiques, se sont ajoutés à l'offre récemment.

Nous assistons donc à l'explosion d'une industrie du hockey extrême où le patineur, quel que soit son âge ou son niveau, a accès à un entraînement digne des professionnels, du moment que ses parents allongent les dollars.

" Un joueur bantam B [14 ans] s'est entraîné chez nous cet hiver. Au début, il lançait la rondelle à 60 kilomètres à l'heure [km/h]. Aujourd'hui, son lancer atteint 125 km/h ", explique Yves Lavoie, le propriétaire du Complexe Lavoie du hockey, de Salaberry-de-Valleyfield. Les meilleurs joueurs de la Ligue nationale de hockey lancent à une vitesse de 160 km/h. " Ce jeune jouera dans le BB, une ligue élite, la saison prochaine ", ajoute-t-il.

Cet ancien gardien de but de l'organisation du Canadien fait partie de la douzaine d'entrepreneurs qui ont ouvert un centre d'entraînement hors glace au Québec au cours des deux dernières années.

Ces centres ont pignon sur rue à Montréal, à Sherbrooke et à Rimouski. Il y a trois ans, on n'en trouvait aucun au Québec. Ce n'est qu'un début, vous le verrez, avec les cas que nous vous présentons.

Centre PHP, ou le Nautilus du patinage

Vite sur ses patins, Sylvain Robillard veut ouvrir 18 centres de Patinage Haute Performance au Québec au cours des cinq prochaines années, sorte de Nautilus s'adressant aux jeunes hockeyeurs.

Il a inauguré son premier établissement dans un centre commercial du boulevard Seigneurie, à Blainville, en août 2009. Cinq mois après, Terrebonne a suivi. Le troisième centre accueillera ses premiers hockeyeurs en juin, à Boisbriand, dans le complexe sportif qui appartient à l'analyste du Réseau des sports, Joël Bouchard.

La plupart des centres d'entraînement hors glace sont la propriété d'ex-hockeyeurs professionnels ou d'entraîneurs de hockey. Chez PHP, c'est autre chose.

" Je suis un entrepreneur et un homme passionné. Je sais compter. J'ai une vision. J'ai établi un plan qui fonctionne. Mes centres font de l'argent dès la première année ", soutient l'homme de 42 ans qui possède aussi Club floral, un grossiste en fleurs coupées de Laval comptant 25 employés.

De ces 18 centres PHP, il veut garder la propriété des cinq qui seront situés à Laval et sur la couronne nord. Les autres seront vendus en vertu d'une licence. " J'ai 24 propositions sur mon bureau ", dit-il.

Chaque centre nécessite un investissement d'environ 300 000 $, dont la moitié ira à l'achat du tapis roulant pour patineurs, de la société américaine Woodway, dont il détient l'exclusivité pour le Québec. Ce tapis est fait de bandes de polymère. Les instructeurs sont formés à l'interne par M. Robillard.

Au local de 1 800 pieds carrés de Blainville, situé entre un Dollarama et un Tim Hortons, les jeunes qui s'entraînent attirent le regard des passants à travers la façade vitrée de 80 pieds. Vedette des lieux, le tapis roulant est mis en évidence.

Les séances durent 90 minutes et coûtent un maximum de 40 $. En une semaine, 150 jeunes peuvent défiler au centre. Les réservations se font à distance sur le site Web, qui a coûté 30 000 $. Les deux centres PHP comptent 1 800 membres.

La plus vaste patinoire intérieure synthétique du Québec est à Valleyfield

Propriétaire d'une boutique d'articles de sports, Yves Lavoie a diversifié ses activités et investi 1,2 million de dollars dans la construction du Complexe Lavoie du hockey, à Salaberry-de-Valleyfield. L'établissement a ouvert ses portes en juin dernier et abrite la plus grande patinoire intérieure de glace synthétique du Québec.

La surface de jeu, constituée de panneaux de polymères de trois quarts de pouce d'épaisseur, mesure 48 par 74 pieds, environ le cinquième de la patinoire du Centre Bell. C'est assez grand pour que des enfants disputent une partie à trois contre trois. Pour les adultes, on parle de jeu à deux contre deux.

" Je voulais une surface qui permette de donner des leçons de patinage sans être à l'étroit ", dit Yves Lavoie, un ancien gardien de l'organisation du Canadien de Montréal.

Bien entretenue, la surface crée une résistance de 12 % supérieure à celle d'une surface glacée, soutient l'ancien pro. À l'essai, les principaux mouvements de patinage se pratiquent : départ, virage brusque, freinage, pivot et patinage arrière. Quand la glace est bien " huilée ", on peut même se laisser glisser sur une distance de 10 à 15 pieds.

Pourquoi une patinoire synthétique plutôt qu'une surface glacée ? C'est une question de sous : elle coûte moins cher à l'achat et en frais d'exploitation. Pas besoin de système de réfrigération, de resurfaceuse, ni de conducteur. Une fois par jour, il faut tout de même ramasser les résidus de plastique et appliquer un lubrifiant à base de silicone. Yves Lavoie loue sa patinoire 100 $ de l'heure aux équipes. Pour les leçons en petit groupe, il demande 25 $ pour une heure de patinoire et une heure et demie de gymnase. Depuis son ouverture, le centre affiche un taux d'occupation de 60 %. L'entrepreneur estime le seuil de rentabilité du Complexe Lavoie du hockey à 120 patineurs par semaine.

" Investir 1,2 million de dollars, cela fait beaucoup d'argent. Mais depuis Noël, le centre est rentable ", dit le Campivalencien de 45 ans, dont le magasin Lavoie La Source du Sport est le principal gagne-pain.

"Tanné " de se lever à 5h, Éric Guimond a construt un aréna à Laval

Issu d'une famille d'entrepreneurs en construction de Laval, Éric Guimond a le sens des affaires.

Forcé de se lever à 5 h les week-ends pour reconduire son fils Samuel au hockey, il a vite été confronté au problème de pénurie d'heures de glace à Laval, où il ne s'était pas construit de nouvel aréna depuis 20 ans.

L'idée de construire une patinoire pour que son jeune puisse s'entraîner à des heures décentes l'a frappé comme une mise en échec de Milan Lucic, des Bruins de Boston, au beau milieu d'une fête d'équipe le 2 janvier 2009.

Neuf mois après sa conception et 5 millions de dollars plus tard, son projet, le Complexe sportif Guimond, a vu le jour le 21 septembre dernier.

" Nous voulons devenir la référence des centres de développement pour jeunes joueurs de hockey. C'est pour cette raison que nous avons aménagé des locaux pour l'entraînement hors glace ", explique celui qui agit à titre de vice-président de l'entreprise familiale J.G. Guimond.

Situé le long de l'autoroute 440, tout juste à l'est de l'autoroute 13, cet aréna entièrement privé propose deux patinoires de dimensions réduites, huit vestiaires pouvant accommoder une équipe de 17 enfants, deux salles pour les arbitres, une salle de cinéma maison, un centre d'entraînement hors glace et un restaurant santé avec accès Internet Wi-Fi. Le complexe a été construit avec un souci d'économies : les bureaux sont chauffés et climatisés grâce à la géothermie et l'énergie dégagée par le compresseur est récupérée pour préchauffer l'eau des douches.

" J'espère atteindre le seuil de rentabilité cette année, dit M. Guimond, 40 ans. Un projet comme celui-ci peut être rentable, mais cela exige de la passion et beaucoup de temps ", dit-il à ceux qui voudraient l'imiter.

Même s'il consacre plus d'heures qu'il aurait cru initialement à son deuxième job, lève-tôt, soyez avisés, vous ne verrez pas Éric Guimond les week-ends. Son fils Samuel ne s'entraîne plus à ces heures-là.

Georges Laraque veut mettre la concurrence k.-o. avec Super-Glide

L'ancien homme fort du Canadien de Montréal et des Oilers d'Edmonton a acheté les droits de la glace synthétique Super-Glide pour l'ensemble du territoire canadien.

" Je cherchais quelque chose à faire en dehors du hockey professionnel, explique-t-il. Je savais que les patinoires synthétiques étaient de plus en plus populaires. J'ai fait venir les panneaux des sept fabricants qui existent dans le monde. J'ai choisi de m'associer avec le produit le plus semblable à de la vraie glace ", dit M. Laraque, au téléphone.

L'adepte du végétalisme et membre du Parti vert du Canada aime l'aspect écologique de son produit. " Beaucoup d'entreprises utilisent des produits chimiques ou de l'huile pour reproduire l'effet de glisse. Ce n'est pas bon pour les enfants qui les respirent. Avec ma patinoire, soutient le président de Super-Glide Canada, tu n'es pas obligé d'utiliser ces produits. Elle est sans entretien. "

La qualité de l'entretien fait la différence

Selon Stéphane Gougeon, qui veut ouvrir le centre d'entraînement Ultime Circuit, à Gatineau, les surfaces synthétiques se valent pour la plupart malgré ce que peuvent en dire les représentants.

" C'est la qualité de l'entretien qui fait la différence ", précise-t-il.

Georges Laraque a lancé son entreprise l'an dernier. Pour marquer le coup, il avait fait installer une patinoire en face du Centre Bell lors du repêchage amateur.

Un an plus tard, il dit en vendre beaucoup à des particuliers qui sont prêts à payer de 3 000 à 6 000 $ pour faire installer une surface dans leur jardin ou dans leur sous-sol.

Les hockeyeurs professionnels Jarome Iginla et Alex Tanguay s'en sont procuré une. Le centre commercial Quartier Dix30, de Brossard, également. On pouvait y patiner pendant le magasinage de Noël.

À la une

L'ACÉUM est un moindre mal, dans les circonstances

14/12/2019 | François Normand

ANALYSE - Canadiens et Mexicains ont intérêt à mettre derrière eux la réingénierie du libre-échange en Amérique du Nord.

Trois placements à contre-courant pour 2020

BLOGUE. Voici trois secteurs abordables susceptibles de battre le marché en 2020 pour l'investisseur anti-conformiste.

À surveiller: les titres qui ont retenu votre attention

14/12/2019 | lesaffaires.com

(Re)voici quelques recommandations qui pourraient influencer les cours prochainement.