Plus de curiosité que d'intérêt pour BRP

Publié le 27/04/2013 à 00:00, mis à jour le 20/05/2013 à 10:59

Plus de curiosité que d'intérêt pour BRP

Publié le 27/04/2013 à 00:00, mis à jour le 20/05/2013 à 10:59

Le retour en Bourse de Bombardier Produits récréatifs pique la curiosité des gestionnaires, mais l'intérêt de participer à l'émission de 250 millions d'actions, qui sera clôturée à la fin de mai, est plutôt tiède*.

«C'est sûr que je vais regarder le prospectus, mais il n'y a pas d'urgence d'investir», dit Marc Lecavalier, gestionnaire du Fonds Altamira Croissance Québec, chez Fiera Capital. Ce gestionnaire de titres québécois est heureux de voir une nouvelle société entrer en Bourse «au moment où les aurifères et d'autres titres s'effondrent».

Pierre Lussier, un autre spécialiste des sociétés québécoises, se penche sur le prospectus fraîchement déposé. «On en est aux balbutiements de notre analyse. Nous avons une grille de 39 critères», dit celui qui est depuis peu vice-président principal de Gestion de placements Eterna.

Philippe Le Blanc, de Cote 100, passera probablement son tour. «D'entrée de jeu, nous ne sommes pas friands des premiers appels publics à l'épargne. De plus, les actionnaires actuels sortent pas mal d'argent de l'entreprise. C'est moche pour les actionnaires qui restent», déplore-t-il. M. Leblanc fait allusion à la distribution de 376 M$ versée aux actionnaires le 13 avril, et à celle de 155 M$ prévue d'ici la clôture de l'appel à l'épargne. L'émission d'actions servira notamment à rembourser en partie ce que BRP a emprunté pour financer ces distributions.

BRP ne versera pas un dividende une fois en Bourse.

L'émission de BRP testera par ailleurs la tolérance des investisseurs pour les actions à droits de vote multiples. Les principaux actionnaires, Bain Capital (50 %), la famille Bombardier-Beaudoin (35 %) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (15 %), conserveront pour le moment leurs actions donnant droit chacune à six votes.

La famille Bombardier-Beaudoin a un droit de premier refus sur les actions de la Caisse si cette dernière les vendait. Le fonds d'investissement Bain est de son côté libre de vendre les siennes.

«À première vue, ça ne m'intéresse pas, dit Alain Chung, gestionnaire chez Claret. La dette est élevée et augmente. La société est déjà au maximum de sa facilité de crédit. La caisse de retraite déficitaire devra être renflouée de nouveau. BRP nous vend des actions à un vote chacune. Bain Capital sera aussi un vendeur d'actions.»

Dollarama et Shoppers étaient elles aussi endettées lorsque Bain Capital les a envoyées en Bourse, mais elles oeuvrent dans des secteurs d'activité beaucoup plus stables que celui de BRP, explique M. Chung.

Moment propice

BRP revient en Bourse à un moment propice : sa grande rivale Polaris a enfilé trois années records, pendant lesquelles son bénéfice et son action ont triplé.

Chez BRP, le redressement commence aussi à porter ses fruits. Ses résultats se sont améliorés au cours des trois dernières années. BRP revient de loin : ses revenus ont chuté de 40 % et son bénéfice d'exploitation, de 56 % entre janvier 2008 et 2010. Résultat : en 2013, ses revenus (2,9 G$), son bénéfice d'exploitation (336 M$) et son bénéfice net (121 M$) sont comparables à ceux de l'exercice 2008.

En fait, ses revenus de 2013 sont de 16 % supérieurs à ce qu'ils étaient il y a 10 ans, lorsque la famille Beaudoin-Bombardier, Bain Capital et la Caisse ont racheté BRP pour un peu plus de 1 G$.

Ce passage à vide se reflète au bilan. Le prospectus indique des capitaux propres modestes de 20,6 M$.

La société est différente de celle que Bombardier a vendue en 2003. Ses ventes sont mieux équilibrées entre les différents types de produits. BRP a doublé à 35 % la part de ses ventes à l'extérieur de l'Amérique du Nord. BRP n'a pas fini sa rationalisation. L'entreprise de Valcourt transfère la production de ses véhicules tout-terrain au Mexique, à partir de la seconde moitié de 2013.

Ce transfert entraînera 500 mises à pied à Valcourt et vise à économiser 25 M$ par an d'ici la fin de 2017.

Pour l'avenir, la société dirigée par José Boisjoli mise sur ses véhicules côte à côte et ses roadsters récréatifs. Elle compte étendre son réseau de concessionnaires dans certaines régions de l'Amérique du Nord où il existe un potentiel de vente plus élevé pour les véhicules tout-terrain, les véhicules côte à côte et les roadsters. BRP entend aussi accroître sa présence au Brésil, en Russie et en Chine.

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