Plaidoyer pour la survie des petites mines

Publié le 20/04/2013 à 00:00, mis à jour le 18/04/2013 à 09:57

Plaidoyer pour la survie des petites mines

Publié le 20/04/2013 à 00:00, mis à jour le 18/04/2013 à 09:57

À 1 600 $ US l'once en mars, les mines d'or devraient faire de l'argent comme de l'eau, non ? Cela ne semble pas le cas des petites mines aurifères de l'Abitibi. Sur ce territoire arrivé à maturité, les opérateurs de gisements à faibles teneurs disent qu'à cause de leur rentabilité marginale - ou, pire, de l'absence de rentabilité - leurs mines risquent une fermeture prématurée, entraînant des pertes de centaines d'emplois dans cette région dont l'économie est dominée par le secteur minier. Et c'est encore pire depuis que le cours du métal jaune a chuté sous les 1 400 $ US l'once en début de semaine.

Patrick Sévigny et Louis Baribeau n'ont pas voulu compter uniquement sur l'Association minière du Québec (AMQ) pour défendre leur cause auprès du gouvernement Marois dans le dossier des redevances.

Respectivement vice-président, opérations Québec, et relationniste pour la société QMX Gold, propriétaire de la petite mine du Lac Herbin, près de Val-d'Or, les deux hommes se sont dit que le sort particulier des petites mines comme la leur méritait d'être exposé à part, car il différait nettement de celui des multinationales établies au Québec.

En février, à la veille du forum minier, ils ont visité douze mines de la région dans le but de recueillir auprès de chacune d'elles les informations suivantes : nombre d'employés, masse salariale, achats de biens et services, plan de minage et... impact d'un régime de redevances fondé sur la valeur brute du minerai extrait.

Il est ressorti de ce sondage maison qu'au moins cinq des douze mines concernées, dont celle du Lac Herbin, risquaient de connaître une fermeture prématurée. Pourquoi ? Parce que ces mines avaient déjà atteint le seuil de la non-rentabilité, avec l'or à 1 600 $ US l'once.

Présentation PowerPoint en main, MM. Sévigny et Baribeau ont frappé à la porte du député local, le péquiste François Gendron. «Ces mines ne survivront pas à une nouvelle redevance de 5 % basée sur la valeur brute du minerai extrait», ont-ils plaidé auprès de celui qui a déjà été ministre des Mines et qui occupe maintenant le poste de vice-premier ministre du Québec. Selon leurs dires, M. Gendron les a écoutés et a promis de soumettre le document à qui de droit. «Quand on parle de jobs, les politiciens écoutent plus», croit M. Baribeau. Les cinq mines menacées représentent 1 250 emplois, selon leur document.

Trois ans de déficit au Lac Herbin

À la mine filonienne du Lac Herbin, qui compte 142 employés, les activités sont déficitaires depuis trois ans, signale Patrick Sévigny. La mine a démarré sa production commerciale en 2008. La première année, elle a généré 35 000 onces d'or et 5 millions de dollars de flux monétaire net. Mais à partir de 2010, les nouvelles zones explorées étaient moins riches, et la mine n'a livré que 25 600 onces. «À ce moment-là, on se demandait s'il fallait fermer la mine ou la recapitaliser», relate M. Sévigny.

Finalement, les dirigeants ont recapitalisé à hauteur de 17, 5 M$, ce qui a permis d'augmenter les activités de forage et de développement dans le but de découvrir de nouvelles zones plus riches. En raison des dépenses accrues et de la production réduite, le coût comptant a grimpé à 2 200 $ l'once en 2011. Cela a entraîné un important déficit.

En 2012, la mine a terminé son année à un coût comptant de 1 550 $ l'once, encore en déficit. M. Sévigny est convaincu que le retour à la profitabilité est pour 2013, si le cours moyen de l'or se maintient à environ 1 600 $ US l'once. Son scénario préféré : mettre un autre gisement en production et faire fonctionner son usine de traitement à plein régime (elle ne fonctionne qu'à moitié à l'heure actuelle) ce qui réduirait de 10 % son coût à l'once. Il vient d'imposer un régime minceur à ses employés dans le but de réduire les dépenses de 2,5 M$ en 2013. Ce scénario devrait lui permettre de poursuivre les activités de la mine durant 27 mois et de réinvestir dans le prolongement de sa durée de vie.

Sauf que, si les redevances deviennent fondées sur la valeur brute du minerai extrait plutôt que sur le profit et qu'elles s'élèvent à 5 %, Patrick Sévigny optera pour un autre scénario : la fermeture de la mine. «Il restera 18 mois de minage, après quoi les employés seront remerciés.»

Pourquoi ? M. Sévigny s'attend à 4 M$ de flux de trésorerie en 2013 sur des dépenses totales de 34 M$. Avec le régime actuel fondé sur les profits, il paierait en 2013 moins de 500 000 $ en redevances. Mais un régime calculé sur 5 % sur la valeur brute lui en prendrait 2 millions, soit la moitié de son flux monétaire. «Avec une si petite marge de profit, cela devient trop risqué d'opérer», explique-t-il.

Autrement dit, Québec a le choix entre deux solutions : soutirer un million et demi de plus au Lac Herbin et provoquer la perte d'au moins 140 emplois - sans parler des contrats de biens et de services -, ou être moins gourmand et prolonger la durée de vie de la mine d'au moins 9 mois, plaide M. Sévigny.

Au tour de Beaufor ?

Chez Mines Richmont, le pdg Paul Carmel ne cache pas sa mauvaise humeur. La société détient trois mines au Québec. Or, Francoeur a été fermée à l'été 2012, et on a suspendu les travaux d'exploration avancée au projet Wasamac. Reste Beaufor. Mais au dernier trimestre de 2012, son coût comptant à l'once s'est élevé à 1 800 $. M. Carmel refuse de commenter la rumeur voulant que le développement soit arrêté à Beaufor. Mais il explique : «les mines filoniennes, ça monte et ça baisse. Ce sont des mines peu mécanisées, des "mines à bras" comme on dit, difficiles à miner. C'est seulement grâce à nos travailleurs expérimentés qu'on est capable d'aller chercher de la valeur, poursuit-il. On ne peut pas imposer une redevance sur la valeur brute dans ces mines-là, cela va les fermer. On a beau être attachés au Québec et vouloir rester ici, on doit prendre une décision rationnelle.» Et miser sur l'Ontario, ajoute-t-il, où les teneurs sont plus hautes et les impôts, plus bas. Et où Richmont a un potentiel de mines de 10 ans, dit-il.

«Ici [au Québec], on s'arrache le coeur à essayer de gagner de l'argent et à la réinvestir dans l'exploration pour tenter de prolonger la durée de vie des mines», ajoute M. Carmel.

Il reste un an et demi de réserves d'or à Beaufor. Si le gouvernement Marois impose des redevances sur la valeur brute, on arrête tout, menace-t-il. Peut-être même bien avant un an et demi, ajoute-t-il. «C'est triste de voir ça.» Dans une analyse récente, la firme de recherche Dundee calculait qu'avec une redevance de 5 % et une rente sur le surprofit, Beaufor ne deviendrait profitable qu'en 2014 et seulement si le prix de l'or reste au-dessus de 1 650 US $.

Fermeture de la mine Kiena

En février, au moment de l'enquête maison de QMX, la mine Kiena était encore ouverte. Mais le 7 mars, son propriétaire ontarien Wesdome Gold a annoncé la suspension des activités d'ici le 30 juin 2013. Après avoir frappé des teneurs de 5 grammes d'or par tonne de minerai dans ses meilleures années, Kiena a livré une teneur de 2,2 grammes en 2012. La baisse des teneurs récupérées, la persistance des pressions sur les coûts au sein de l'industrie et l'incertitude qui plane sur le prix de l'or en dollars canadiens rendent l'activité minière non viable à ce moment-ci, explique André Roy, vice-président, opérations de Wesdome. Mais «la hausse des redevances de 12 % à 16 % adoptée par le gouvernement Charest n'a pas aidé», ajoute-t-il.

André Roy croit que «la majorité» des 170 employés remerciés devraient se replacer. Goldcorp, LaRonde, Westwood, Osisko sont en mode embauche, dit-il. Toutefois, la pénurie de main-d'oeuvre commence à se résorber. «L'avantage de la mine Kiena était que ses employés pouvaient rentrer à la maison après le travail, parce que la mine est près de leur domicile.»

Wesdome n'écarte pas la possibilité de rouvrir la mine à une date ultérieure, mais pour l'instant, elle concentre ses efforts sur deux projets miniers en Ontario, près de Wawa. C'est là qu'iront quelques pièces d'équipement.

LES 12 MINES D'OR AU QUÉBEC

X = Les mines menacées

X 1 Mines Richmont Beaufor

X 2 QMX Lac Herbin

X 3 Wesdome Kiena

4 Osisko Canadian Malartic

5 Lapa

6 Agnico-Eagle LaRonde

7 Mouska

8 Goldex

9 Aurizon Casa Berardi

10 Iamgold Westwood

X 11 NAP Vezza

X 12 Métanor Bachelor

La fermeture prématurée des cinq mines représenterait :

1 250 emplois perdus

73 M$ en masse salariale

161 M$ en biens et services

20 M$ en impôts

Source : Sondage maison QMX Gold, impact des redevances, février 2013

suzanne.dansereau@tc.tc

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