Ottawa doit contrer l'exode des cerveaux

Publié le 09/05/2009 à 00:00

Ottawa doit contrer l'exode des cerveaux

Publié le 09/05/2009 à 00:00

Par Jean-Paul Gagné

Le manque de vision du dernier budget du gouvernement Harper a fait une première victime.

Une équipe d'environ 25 chercheurs dirigés par le professeur Rafick-Pierre Sékaly quittera bientôt le Centre hospitalier de l'Université de Montréal pour s'établir au Vaccine and Gene Therapy Institute (VGTI) de Floride, qui est rattaché à l'Oregon Health & Science University. Le VGTI, qui disposera d'un budget de 100 millions de dollars américains (M$), compte recruter plus 200 chercheurs d'ici 10 ans.

Officiellement, le Dr Sékaly, qui a publié plus de 200 articles scientifiques et est titulaire de 20 brevets, entend consacrer le tiers de son temps à Montréal, où il continuera à diriger une équipe de chercheurs travaillant à des vaccins destinés à prévenir le sida, l'hépatite C et le cancer. Avec d'autres chercheurs, le Dr Sékaly a découvert chez des personnes atteintes du VIH une nouvelle protéine (appelée FOX03a) qui les aurait empêchées de développer le Sida. On croit que cette découverte permettra de mettre au point des traitements pour les victimes du VIH.

L'émigration aux États-Unis du Dr Sékaly et d'une partie de son équipe est une perte importante pour le milieu de la recherche canadien. Plusieurs de ces chercheurs sont jeunes et prometteurs, et leur formation a coûté des millions de dollars aux contribuables.

Cette décision n'est pas étrangère aux coupes de 148 M$ en trois ans du fédéral dans les budgets des organismes qui gèrent les subventions à la recherche universitaire.

Il faut s'attendre à d'autres départs. En février dernier, deux chercheurs américains qui avaient émigré à Toronto à la suite des compressions de l'administration Bush dans le financement de la recherche indiquaient qu'ils songeaient à retourner aux États-Unis en raison du nouvel essor que Barack Obama voulait donner à la recherche médicale.

Or, tandis que le nouveau président des États-Unis veut doubler les crédits pour la recherche, le gouvernement canadien réduit les siens.

Le signal est clair. Le gouvernement Harper affiche maintenant le même mépris que l'administration de George W. Bush affichait à l'égard la recherche. Le gouvernement conservateur s'en défend, ayant ajouté une enveloppe de 750 M$ pour moderniser l'infrastructure de recherche. Mais à quoi bon construire de meilleurs laboratoires s'il n'y a pas de budgets pour payer les chercheurs qui y travaillent ?

Grâce aux sommes déjà engagées dans plusieurs projets, les recherches se poursuivront pendant encore quelques années dans les différents centres et instituts rattachés aux universités canadiennes.

Mais les organismes qui administrent les subventions de recherche en santé humaine et animale, en génomique, en sciences naturelles, en génie et en sciences humaines, ne pourront pas lancer de nouveaux concours pour sélectionner de nouveaux projets de recherche qui succéderaient à ceux en cours. C'est donc un vide dans le continuum de la recherche universitaire que le dernier budget fédéral a créé.

Cette décision pourrait avoir un effet considérable à cause de l'attrait que les États-Unis, sous le leadership du président Obama, exercent sur les chercheurs. Non seulement des chercheurs américains qui sont venus au Canada en raison de l'augmentation du financement de la recherche sous les gouvernements Chrétien et Martin, pourraient retourner aux États-Unis, mais des chercheurs canadiens pourraient y être attirés aussi.

S'ajoute à cet impact, le risque de nuire aux efforts soutenus de plusieurs instituts pour rapatrier au Canada des chercheurs canadiens oeuvrant à l'étranger.

À l'échelle canadienne, le gouvernement ontarien a toutefois annoncé une bonne nouvelle le 4 mai : un investissement de 100 M$ pour soutenir la recherche sur les cellules souches, la génomique et la protéomique. Pour le Québec, cela signifie que la concurrence sera plus forte pour recruter des chercheurs.

Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques, le Canada consacre un peu moins de 2 % de son PIB à la recherche et au développement, alors que les États-Unis veulent faire passer ce ratio de 2,6 à 3 % (tout comme le Québec). Israël vient en tête avec près de 5 %, suivi de la Suède, de la Finlande, du Japon et de la Corée, qui affichent des ratios variant entre 3,2 et 3,7 %.

Le gouvernement Harper doit rétablir les budgets qu'il a réduits dans la recherche. L'avenir même du Canada en dépend.

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jean-paul.gagne@transcontinental.ca

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