«On a un problème quand les conseils prennent des décisions sans les expliquer» - Gilles Paquet, du Centre d'études en gouvernance de l'Université d'Ottawa

Publié le 24/11/2012 à 00:00

«On a un problème quand les conseils prennent des décisions sans les expliquer» - Gilles Paquet, du Centre d'études en gouvernance de l'Université d'Ottawa

Publié le 24/11/2012 à 00:00

La démission de Robert Dutton amène à se questionner sur le rôle du conseil d'administration de Rona depuis le début de la crise. Le conseil a rejeté l'offre d'achat déposée par Lowe's avant d'en informer les actionnaires. Que pensez-vous de cette façon de procéder ?

«Je trouve ça inacceptable. Le conseil doit représenter les intérêts de l'entreprise, ce qui inclut les actionnaires mais aussi les employés, les fournisseurs, etc. On a un problème très sérieux de gouvernance quand les conseils, au lieu de se sentir responsables de toutes ces parties prenantes, prétendent que l'entreprise est à eux et qu'ils peuvent prendre des décisions un peu capricieuses sans les expliquer. C'est ce qui est arrivé cette fois-ci. On n'a pas su en quoi l'offre de Lowe's était mauvaise. Il y a eu un courant nationaliste voulant que ce soit mieux que Rona reste ici pour les fournisseurs, mais on n'a pas eu la démonstration qu'il y avait dans cette offre des désavantages majeurs. C'est devenu un débat idéologique.

Que pensez-vous d'un conseil d'administration qui ne parle pas aux médias ?

C'est louche. Parce que les administrateurs sont les représentants de l'avenir de l'entreprise. S'ils ont raison de refuser une offre parce que le prix, disons, n'est pas assez élevé, qu'ils l'expliquent et on va comprendre. Le conseil de Rona ne l'a pas fait. On a vu très souvent, depuis 25 ou 30 ans, des administrateurs qui étaient choisis par une élite et qui ne veillaient pas aux meilleurs intérêts de l'entreprise. Ce n'est pas parce qu'ils ont été élus qu'ils ont, par définition, des lumières pour tout et qu'ils prennent toujours les bonnes décisions. Les raisons du conseil de Rona étaient peut-être bonnes, mais on n'a pas raison de lui donner le bon Dieu sans confession.

Quand on est un actionnaire, comment vérifier que le conseil prend les bonnes décisions ?

La nonchalance des actionnaires est un peu criminelle. Mais tout le monde n'a pas autant de temps et de courage que notre Robin des banques, Yves Michaud. Quand le conseil fait très bien son job, il réussit à réconcilier plusieurs intérêts divergents et à l'expliquer d'une manière acceptable. C'est ça, le test. Quand un conseil refuse de parler, les actionnaires déçus prennent les seuls moyens qu'ils ont : ils vendent ou ils contestent. Il n'est pas normal qu'un conseil ne représente pas les intérêts de toutes les parties intéressées. Quand il y a des signes aussi importants de désaccord que chez Rona actuellement, c'est signe qu'ils ont failli.

CV

Nom : Gilles Paquet

Titre : Professeur émérite à l'École de Gestion Telfer et chercheur supérieur attaché à l'université au Centre d'études en gouvernance de l'Université d'Ottawa

Âge : 76 ans

Pendant 18 ans, il a enseigné la science économique à l'Université Carleton où il a aussi été doyen de la Faculté des études supérieures et de la recherche. Il a ensuite été doyen de la Faculté d'administration à l'Université d'Ottawa. Depuis 1994, il est le rédacteur en chef d'optimumonline.ca, une revue de gestion et de gouvernance, et il alimente le site gouvernance.ca.

11

Nombre de membres du conseil d'administration de Rona.

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