Mégatransaction : un acheteur au passé trouble

Publié le 27/08/2011 à 00:00

Mégatransaction : un acheteur au passé trouble

Publié le 27/08/2011 à 00:00

Un homme d'affaires au passé trouble vient de conclure la plus grosse transaction de l'histoire de Montréal sur un simple terrain à développer dans le centre-ville. Pour 28 millions de dollars, Kheng Ly a mis la main sur un lot de 140 000 pieds carrés, à deux pas du Centre Bell, boulevard René-Lévesque Ouest.

Le nouveau propriétaire a été arrêté et accusé de blanchiment d'argent pour le compte d'un réseau de trafic de marijuana et d'ecstasy établi dans la capitale fédérale en 2004. Le juge a condamné son partenaire d'affaires allégué, Kien Huy Phung, à 16 mois de prison.

Les accusations contre Kheng Ly, elles, ont été abandonnées "à la demande de la Couronne", mentionnent les documents judiciaires consultés par Les Affaires.

"Il est trop tôt pour parler de nos projets pour le terrain", dit Kheng Ly, un membre influent de la communauté d'affaires asiatique. Il précise que plusieurs partenaires potentiels sont intéressés par son projet, dont des sociétés chinoises.

Les lots - l'équivalent de deux terrains de soccer - occupent le quadrilatère formé par le boulevard René-Lévesque Ouest, l'avenue Overdale, les rues Lucien-L'Allier et Mackay. En plus d'un stationnement, d'un fast-food et d'une station-service, un immeuble historique occupe le terrain. La maison de Louis-Hippolyte La Fontaine, premier Canadien à devenir premier ministre du Canada en 1842, a en effet échappé à la démolition, avenue Overdale.

Le jugement de 2005 contre Kien Huy Phung indique que la police a saisi l'équivalent d'environ 280 000 $ en monnaies canadienne, américaine et européenne dans un centre d'encaissement de chèques des Services financiers Everest, qu'il dirigeait officiellement à l'époque. Huit mois avant le début de l'enquête sur le réseau de blanchiment d'argent, Kheng Ly était cependant l'unique actionnaire et dirigeant de cette firme, révèlent les archives du Registre des entreprises.

Selon une source ayant travaillé sur le dossier, la police croyait qu'il était toujours le patron d'Everest.

Joint au téléphone, Kien Huy Phung refuse de répondre à toute question sur cet épisode. "Je ne veux plus en parler, dit-il. J'ai payé le prix. J'ai quitté l'entreprise et je ne veux plus rien savoir des centres d'encaissement." Même silence chez Kheng Ly. "J'essaie d'oublier ce cauchemar", dit-il.

Des amis intimes

Après la peine de prison de Kien Huy Phung, Everest a fait faillite. Ses équipements ont été rachetés par Services financiers KL, qui a emménagé dans les mêmes bureaux, rue Jarry Est.

Trois ans après le procès Phung, les centres d'encaissement de Services financiers KL ont servi à liquider 686 050 $ US en chèques des victimes d'une fraude de télémarketing, selon des documents policiers déposés en cour en 2009.

Cette entreprise est dirigée par The Hong Huynh et Kong Tech Lim, proches de Kheng Ly. Avec sa femme, ils ont même cosigné ensemble deux hypothèques sur leurs deux résidences respectives dans l'arrondissement de Saint-Laurent, à deux coins de rues l'une de l'autre. Valeur totale des garanties accordées conjointement : trois millions de dollars, selon les registres immobiliers.

"Nous trouvons parfois du financement ensemble, confirme Kheng Ly. Nous nous connaissons ; les Chinois s'entraident parfois de cette manière." Il assure cependant que ses liens avec le couple s'arrêtent là.

Services financiers KL s'adonne aussi aux prêts lucratifs. L'entreprise en a consenti un de 250 000 $ à Andrea Cortellazzi, selon un contrat déposé en cour. Ce financier fait actuellement l'objet d'une enquête de l'Autorité des marchés financiers pour manipulation boursière. Taux d'intérêt : 50 % par an.

Comme la plupart des autres entreprises de Kheng Ly, celle qui a acquis le terrain du boulevard René-Lévesque Ouest, le Groupe d'investissements immobiliers KL, publie la même adresse de correspondance que les Services financiers KL. Il s'agit du cabinet d'avocats Elfassy, Rose et associés, dans le Vieux-Montréal.

Kheng Ly assure cependant qu'il n'a rien à voir avec Services financiers KL. "Vous savez, en ville, plusieurs entreprises peuvent avoir le même nom et le même bureau d'avocats !"

Les Affaires n'a pas pu joindre le couple Huynh-Lim.

"JE SUIS ARRIVÉ AU BON MOMENT"

Kheng Ly a mis la main sur une aubaine au centre-ville de Montréal, selon des courtiers consultés par Les Affaires. "Je suis étonné du prix payé par l'acheteur, dit Brett Miller, vice-président principal chez CB Richard Ellis. À mon avis, les vendeurs n'ont pas maximisé la valeur du terrain." Ricardo Moretti, de City Space, est du même avis.

À 197 $ le pied carré (pi2), les nouveaux lots de Kheng Ly contrastent avec les dernières grandes transactions. Ces derniers mois, le Fonds de solidarité FTQ a mis la main sur deux terrains du centre-ville pour 378 et 274 $ le pi2. Évaluateur chez Altus, Pierre Laliberté note toutefois que le terrain de Kheng Ly est plutôt loin du coeur du centre-ville et qu'il a longtemps été laissé à l'abandon.

À deux pas des lots de Kheng Ly, le terrain du 1800, boulevard René-Lévesque Ouest est à vendre pour 243 $ le pi2.

"Le prix n'est pas très élevé, mais 140 000 pi2, c'est beaucoup d'espace, dit Pierre Laliberté. Ça ne se développe pas si vite." L'ampleur de la tâche explique elle aussi en partie le bas prix déboursé par Kheng Ly, dit-il.

Les vendeurs en guerre judiciaire

Un conflit entre les anciens copropriétaires a pu précipiter la vente du terrain. Il était détenu par Les Vergers Lafontaine, une société en commandite que dirigeait et contrôlait le marchand d'art Robert Landau. Ses partenaires, les Cohen de Westmount, tentaient depuis des années de le forcer à vendre le lot et lui reprochaient de ne pas les tenir au courant des offres d'achat qu'il recevait, selon des documents judiciaires.

Joints au téléphone, ni Robert Landau ni Douglas Cohen n'ont voulu fournir de détail sur la transaction. "Nous avons décidé de vendre parce que nous ne voyions pas comment nous pouvions travailler avec la Ville de Montréal", dit M. Landau.

Les anciens partenaires ont réglé le conflit à l'amiable avant de conclure la vente du lot. "Je suis arrivé au bon moment", dit Kheng Ly. Il ajoute que le bas prix est aussi attribuable à l'importante décontamination qu'un éventuel constructeur devra faire sur le terrain avant de bâtir quoi que ce soit.

Les vendeurs ont accordé une balance de paiement à Kheng Ly. Selon l'acte de vente, l'homme d'affaires a déjà versé 11 millions sur 28 aux anciens propriétaires. La somme provient en grande partie de ses partenaires, dit-il.

Kheng Ly est cependant l'unique actionnaire et administrateur de la société à numéro qui a réalisé l'acquisition. "Nos avocats sont très occupés, explique-t-il. Ils n'ont pas fini de structurer l'entreprise."

Pierre Laliberté croit qu'étant donné la grande dimension du terrain, il se prête bien à un développement mixte, y compris du commerce de détail et du bureau, mais surtout des copropriétés.

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