Les minières d'ici réduites au statut de colonisées

Publié le 05/10/2013 à 00:00, mis à jour le 03/10/2013 à 11:42

Les minières d'ici réduites au statut de colonisées

Publié le 05/10/2013 à 00:00, mis à jour le 03/10/2013 à 11:42

Le 27 août, Ressources Métanor annonçait un nouveau sommet de production à sa mine d'or du Lac-Bachelor, à l'est de l'Abitibi : en une semaine, on y avait coulé - ou fondu - 1 001 onces d'or. Pour la minière québécoise, c'était un record.

Il faut prendre ce genre de bonnes nouvelles quand elles passent, parce qu'elles sont plutôt rares ces temps-ci pour l'industrie minière de propriété québécoise.

Nous avons pu nous en rendre compte lors de la plus récente tournée organisée par Les Affaires dans le Nord québécois. De grands projets y sont en marche, mais dans la majorité des cas, ils sont le fruit de sociétés étrangères, aux poches profondes. Les minières québécoises, depuis toujours actives sur le terrain, sont en train de se faire évincer, faute de soutien et de moyens.

Prenez le cas de la société Donner Metals. Quelques jours avant notre arrivée à Matagami, à bout de souffle, elle avait dû rendre à la géante suisse Glencore la part de 35 % qu'elle détenait dans la mine de cuivre-zinc Bracemac-McLeod. C'est pourtant elle qui avait découvert le gisement en 2006. Mais pour remplir ses obligations, elle aurait dû injecter en septembre plus de 4 millions de dollars dans la mine. Incapable de répondre à cet appel de fonds, Donner a rendu les clés à son partenaire suisse. Il est devenu extrêmement difficile de trouver du capital pour financer l'activité minière au Québec, surtout quand on est une PME.

Le travail se poursuit à la mine Bracemac-McLeod. Plus de 300 personnes y gagnent leur vie, et plutôt bien. Mais les chèques de paie viennent d'ailleurs.

C'est le paradoxe des nouvelles politiques du gouvernement québécois : à force de vouloir encadrer le développement minier pour en améliorer les retombées sur la collectivité québécoise, on est en train d'éliminer les acteurs locaux, dont les ressources sont forcément plus limitées. D'autant plus que les délais d'approbation s'allongent, ce qui finit par épuiser les fonds de roulement.

Une procédure interminable

Lors de notre tournée, on nous a présenté l'histoire d'une autre société québécoise, Nemaska Lithium, aussi désolante qu'hallucinante.

Le Québec devrait tout faire pour favoriser la mise en valeur de ses ressources en lithium : le minerai est de qualité, et il est tout à fait possible de le transformer ici tout au long d'une filière intégrée. Cela mène, par exemple, à la fabrication de produits à forte valeur ajoutée, comme les batteries pour voitures électriques qui sortent des installations de la société Bathium, à Boucherville.

Dans le cas de Nemaska Lithium, les plans sont fin prêts. On pourrait même commencer à Valleyfield la construction d'une usine qui transformerait en poudre le minerai extrait de sa mine Whabouchi, près de Chibougamau.

Mais voilà : le projet piétine parce qu'on attend toujours l'indispensable certificat d'autorisation du ministère québécois du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs.

En décembre, l'entreprise a déposé au Ministère son étude sur les impacts économiques, sociaux et environnementaux. Comme Ottawa a aussi fait valoir son droit de regard, Nemaska Lithium lui a fait suivre son analyse en avril. En deux mois, le fédéral y donnait suite, et il est possible qu'il tienne des consultations dès novembre. «Entre-temps, après 10 mois d'attente, nous n'avons toujours pas eu le début du commencement du moindre commentaire écrit de Québec», dit le président de la minière, Guy Bourassa. Sans douter de la bonne foi des fonctionnaires, Guy Bourassa trouve la procédure interminable.

«Le Québec a - avait - l'occasion de prendre une place prépondérante dans le marché international du lithium pour concurrencer sérieusement la Chine, dit-il. Au moins quatre projets de qualité pourraient cheminer ici. Mais nous sommes forcés d'attendre.»

Il aura besoin d'au moins 400 M$ pour mener son projet à terme. Allez donc convaincre des financiers de vous appuyer dans ces conditions ! D'autant que les exigences du gouvernement québécois envers l'industrie minière demeurent nébuleuses.

À la limite, les multinationales indiennes, chinoises ou suisses peuvent toujours temporiser en attendant de recevoir les permis nécessaires. Pas les PME québécoises. Chaque fois que l'une d'entre elles tombe au combat, malgré les grands discours patriotiques que tient Québec, nous retombons encore plus profondément dans notre statut de colonisés.

rene.vezina@tc.tc

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