Les maraîchers craignent de payer plus

Publié le 01/05/2010 à 00:00

Les maraîchers craignent de payer plus

Publié le 01/05/2010 à 00:00

Les producteurs maraîchers québécois pourraient être forcés de revoir leur modèle d'entreprise. La raison ? La récente décision de la Commission des relations du travail (CRT) d'accorder le droit de syndicalisation à six travailleurs mexicains place leur employeur, la ferme L'Écuyer & Locas, sur la corde raide. Et elle pourrait faire tache d'huile, craint l'industrie. On saura d'ici la mi-mai si le jugement sera porté en révision judiciaire. Un professeur de l'Université Laval le croit.

C'est une question qui risque d'en intéresser plus d'un compte tenu du nombre élévé d'exploitation agricoles qui emploient des travailleurs temporaires étrangers.

" La décision de la CRT risque d'avoir des répercussions importantes pour nos membres, qui emploient 80 % de la main-d'oeuvre migrante dans le secteur agricole ", confirme André Plante, directeur général de l'Association des jardiniers maraîchers du Québec, qui représente 300 producteurs.

Le nombre des ouvriers agricoles a connu une forte hausse au cours des dernières années : il est passé de 1 611 en 2000, à 6 627 en 2008, selon la Fondation des entreprises en recrutement de main-d'oeuvre agricole étrangère (FERME), un organisme créé à la fin des années 1980 par les producteurs pour gérer l'embauche de ces travailleurs.

La syndicalisation de ces employés ferait grimper le coût de la main-d'oeuvre, surtout en raison de l'obligation de rémunérer les heures supplémentaires, car selon la Loi sur les normes du travail, les employeurs ne sont pas obligés de les payer aux travailleurs agricoles.

Ces éléments nuiraient à la compétitivité des producteurs, explique M. Plante, qui doivent déjà composer avec un dollar fort et la hausse du salaire minimum, à 9,50 $ l'heure.

Pour maintenir leurs prix - et éviter d'écouler leurs surplus à rabais -, les producteurs doivent exporter 50 % de tout ce qui est récolté au Québec, dit-il. " Nos exportations au cours des deux dernières années ont représenté à peine 30 % de nos récoltes, en raison de la force du huard. "

La perte d'une main-d'oeuvre bon marché

Veg Pro International, de Sherrington, en Montérégie, emploie de 400 à 500 travailleurs migrants par an. Ce producteur de salades, d'oignons, de carottes et de céleris craint que le maintien de la décision de la CRT ne réduise le taux de fidélisation élevé (de 90 à 95 %) de ces ouvriers.

" Notre objectif est de gérer au plus bas coût possible, dit Anthony Fantin, vice-président de Veg Pro. Par exemple, si je dois embaucher 30 % plus de travailleurs migrants pour éliminer le recours aux heures supplémentaires, je ne suis pas certain qu'ils reviendront en aussi grand nombre au Québec. Ce travail deviendra moins intéressants financièrement pour eux. "

Nathalie Benoît, copropriétaire de Gazons Rouville, en Montérégie, est du même avis. Cinq de ses 15 employés sont des travailleurs étrangers. " S'ils obtiennent éventuellement une rémunération à temps et demi pour les heures supplémentaires, les employeurs auront tendance à réduire la semaine de travail ", explique-t-elle.

" C'est cela ou des robots s'occuperont de la récolte du gazon. Les Québécois ne veulent pas faire ce travail. Et si nous ne robotisons pas nos activités et qu'on perd cette main-d'oeuvre précieuse, nous risquons fort de fermer boutique ", déplore la femme d'affaires.

" Si les ouvriers mexicains et guatémaltèques ne venaient pas dans nos champs, beaucoup d'entreprises maraîchères n'existeraient plus. En période estivale, ils représentent plus de la moitié de notre personnel ", souligne Anthony Fantin, de Veg Pro International.

Des changements, mais pas immédiatement

Professeur titulaire au Département d'économie et de gestion agroalimentaire de l'Université Laval, Michel Morisset estime que la décision de la CRT est importante, et qu'elle marquera une étape, si elle n'est pas renversée.

" Il est difficile de déterminer si ce jugement changera la donne. D'abord, ce recours pourrait se trouver pendant longtemps devant les tribunaux avant que les parties négocient une première convention collective. Cela dit, à terme, le contenu de ce contrat de travail pourrait être intéressant ", dit-il.

Une éventuelle bonification des conditions de travail des ouvriers migrants pourrait accélérer la mécanisation du domaine agricole, estime l'universitaire.

Conditions rehaussées ou pas, le professeur de l'Université Laval affirme que les entreprises agricoles ne devraient pas avoir de difficulté à embaucher des ouvriers migrants. " Pour eux, venir au Québec en période estivale se compare à nos périples vers la baie James pour travailler sur les grands chantiers pendant les années 1970. "

Le maintien de la décision du CRT pourrait également accélérer la rationalisation du secteur maraîcher au Québec, dit André Plante, de l'Association des maraîchers.

L'UPA, qui a soutenu financièrement la ferme L'Écuyer & Locas dans son recours, a préféré ne pas commenter la décision de la CRT ni ses conséquences.

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