Les entreprises tardent à prendre le relais

Publié le 26/10/2013 à 00:00

Les entreprises tardent à prendre le relais

Publié le 26/10/2013 à 00:00

Un secteur public qui modère ses ardeurs après avoir investi dans les infrastructures pour soutenir l'économie. Des consommateurs endettés qui réduisent eux aussi leurs dépenses, après avoir subi des hausses d'impôt et de taxes. Le secteur privé prendra-t-il le relais tant attendu pour stimuler l'économie ? Rien n'est moins sûr.

Le fabricant de pneus Bridgestone annonçait la semaine dernière des investissements de près de 40 millions de dollars afin d'accroître la productivité des installations de son usine de Joliette. Voilà une bonne nouvelle pour l'économie régionale et québécoise. Elle réjouira aussi la Banque du Canada, qui exhorte les entreprises à prendre le relais pour stimuler une croissance économique qui reste fragile.

À son arrivée en poste en juin, le nouveau gouverneur Stephen Poloz soulignait ainsi qu'il «faut maintenant que les exportations prennent de la vigueur et que les entreprises se remettent à investir». Ses propos faisaient écho à ceux de son prédécesseur, Mark Carney, qui a terminé son mandat en faisant valoir que «le défi pour le Canada consiste à déplacer les sources de la croissance vers les exportations nettes et les investissements des entreprises».

Or, malgré les intentions de Bridgestone et les centaines d'autres millions de dollars quand même investis aux quatre coins du Québec, ce «déplacement tant attendu vers les exportations et les investissements des entreprises devra attendre», affirme Sébastien Lavoie, économiste en chef adjoint chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

Cinq ans après le déclenchement de la crise financière et économique qui a secoué la planète, un vent de morosité souffle toujours sur le moral des dirigeants d'entreprises québécoises. L'indice de confiance PME Fonds de solidarité FTQ - Les Affaires, mesuré en septembre dernier, révélait d'ailleurs que les intentions d'investissement des entreprises étaient à un creux historique. L'enquête automnale de la Banque du Canada confirme que les entreprises n'ont pas le coeur à dépenser : si 34 % d'entre elles prévoient augmenter leurs investissements en matériel et équipement au cours des 12 prochains mois, 27 % envisagent plutôt de les réduire. Le solde net de 7 % est le plus faible enregistré depuis 2009 !

Bon an mal an, en Beauce, les investissements des entreprises se maintiennent, note pour sa part Bastien Lapierre, commissaire industriel au Conseil économique de Beauce. C'est le tissu industriel qui change. «Avant, 30 % des emplois manufacturiers étaient liés au secteur du vêtement, alors que ce pourcentage est maintenant de 5 %», dit-il. Les investissements, précise-t-il, se sont déplacés entre autres dans les industries des produits métalliques, des composites et de la deuxième transformation du bois.

L'incertitude persiste

«Les entreprises contribuent à la croissance, mais elles ne passeront pas en cinquième vitesse du jour au lendemain», explique Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins. Pourtant, dans l'ensemble, les entreprises québécoises ont les moyens d'investir, puisqu'elles disposent de liquidités importantes et que leur situation financière est favorable.

Mais le climat économique, lui, n'est pas favorable, fait valoir Simon Prévost, président de l'organisation Manufacturiers et exportateurs du Québec. «Il y a encore trop d'incertitude. Contrairement aux consommateurs, les dirigeants d'entreprise ne dépensent pas dès qu'ils ont de l'argent dans leurs poches. Ils sont plus rationnels. L'investissement est toujours mesuré en fonction de sa rentabilité», souligne M. Prévost. Sébastien Lavoie abonde dans son sens. «Les entreprises sont sur le qui-vive et mettent leurs projets d'investissement sur la glace», dit-il.

Le vieillissement des dirigeants de PME explique aussi la situation, note Normand Chouinard, chef des investissements du Fonds de solidarité FTQ. «L'âge des dirigeants, qui ont fondé leur entreprise et approchent de la retraite, pèse dans la balance. Ils sont plus prudents et veulent protéger leurs avoirs», dit M. Chouinard.

Et les exportations ?

L'économie québécoise est donc freinée par un ralentissement des dépenses des consommateurs et des gouvernements. «Les consommateurs ont grandement contribué ces dernières années, mais ils sont essoufflés», dit Mario Lefebvre, directeur du Centre des études municipales du Conference Board du Canada. Une étude du Conseil québécois du commerce de détail, dévoilée au début du mois, indique en effet que les deux tiers des Québécois (66 %) s'attendent à ce que les revenus de leur ménage augmentent moins rapidement que les prix en général. Par conséquent, 48 % pensent que le moment est mal choisi pour des achats importants, comme une maison ou une voiture.

Si la demande intérieure faiblit, et que les entreprises ont des perspectives d'investissement modestes, les espoirs reposent donc sur les exportations. Là encore, il faut retenir son souffle. La relance de l'économie américaine qui se profilait à l'horizon en début d'année n'a pas encore donné les fruits escomptés. «L'économie américaine se replace, mais il y a encore trop de soubresauts», souligne Hélène Bégin, en faisant référence entre autres au récent épisode de l'impasse concernant l'adoption du budget américain et du relèvement du plafond de la dette. Car, on le sait, l'économie canadienne est à la remorque de la locomotive américaine en cette période où près de 75 % des exportations de marchandises du pays sont destinées aux États-Unis. «Le train américain est parti de la gare, mais il ne roule pas encore à grande vitesse», fait aussi remarquer Simon Prévost.

De bonnes nouvelles

Il y a néanmoins des signes encourageants. L'économie québécoise devrait finir par profiter de la reprise du marché immobilier au sud de la frontière et de l'amélioration plus générale de l'économie américaine, note l'ensemble des économistes.

L'entente de libre-échange conclue entre le Canada et l'Union européenne (UE) devrait aussi apporter de l'eau au moulin... à plus long terme. Cet accord de principe, qui doit être approuvé par les 10 provinces canadiennes et les 28 pays de l'UE, a en effet été salué par le milieu des affaires. Mais si la libéralisation des marchés offre de nouvelles perspectives, ça ne fait pas augmenter les ventes automatiquement, prévient Simon Prévost. «Il ne suffit pas d'ouvrir le robinet pour que ça coule à flot», dit-il, en rappelant que malgré l'Accord de libre-échange nord-américain, le Québec est devenu un importateur net ces dernières années, dans la foulée de la hausse du dollar et de la crise.

Car la compétitivité des entreprises québécoises demeure un enjeu important. «L'ouverture des marchés, c'est bien, mais encore faut-il offrir des produits de qualité et à des prix concurrentiels», dit Mario Lefebvre, du Conference Board.

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