Entrevue: Marc van der Chijs, capital-risqueur en Chine

Publié le 10/09/2011 à 00:00

Entrevue: Marc van der Chijs, capital-risqueur en Chine

Publié le 10/09/2011 à 00:00

Par Diane Bérard

Marc van der Chijs, capital-risqueur en Chine

Le hollandais Marc van der Chijs exerce un métier rare : il est capital-risqueur en Chine. Arrivé comme contrôleur financier, il devient entrepreneur puis investisseur. Il a participé à la fondation de Tudou.com, une version chinoise de YouTube inscrite à la Bourse Nasdaq depuis le 17 août. Nous discutons avec lui des promesses de la Chine et des défis du secteur Internet chinois.

Diane bérard - À la fin de 2010, les investisseurs américains s'arrachaient les titres de sociétés technos chinoises. Huit mois plus tard, l'entrée de Tudou à la Bourse a reçu un accueil tiède. Que se passe-t-il ?

Marc VAN DER CHIJS - Depuis le milieu de l'année, les investisseurs fuient le risque. Dans ce contexte, les titres chinois sont les premiers à écoper. La Chine est loin, on la connaît encore peu et on la comprend mal.

d.b. - Peut-on en vouloir aux investisseurs lorsqu'on considère la récente fraude de Sino-Forest, cette coentreprise sino-canadienne dont la direction a gonflé la valeur des actifs ainsi que les résultats financiers ?

M.v.d.C. - Nombre d'investisseurs se contentent de vérifications diligentes sommaires. La croissance est si faible partout ailleurs dans le monde qu'on se laisse aveugler par les promesses de la Chine. Ce laxisme est connu et certains gens d'affaires locaux profitent de la situation...

d.b. - Vous vivez en Chine depuis 10 ans et y êtes capital-risqueur depuis cinq ans. Quels principes dictent vos investissements ?

m.v.d.c. - Je fouille d'abord du côté des dirigeants. Qui sont-ils ? Quelle est leur feuille de route ? Qui fréquentent-ils ? Puis, j'étudie le modèle d'affaires. Si la direction ne peut me l'expliquer simplement, je n'investis pas.

d.b. - Les PME chinoises en démarrage ont- elles facilement accès au financement ?

M.v.d.C. - C'est beaucoup plus difficile qu'au Canada ou aux États-Unis. Le secteur bancaire chinois tolère peu le risque, les banquiers réclament une quantité incroyable d'actifs en garantie. Et je ne vois aucun signe d'ouverture. Du côté du capital-risque, il y a bien quelques anges financiers étrangers, comme moi. Mais, ils n'ont aucun intérêt pour les projets de moins de deux millions de dollars. L'entrepreneur sera écouté à partir de trois ou quatre millions de dollars.

d.b. - Vos investissements se concentrent dans le secteur Internet. Ce secteur diffère-t-il de son équivalent en Amérique du Nord ?

m.v.d.c. - En apparence, les deux comportent beaucoup de similitudes. La Chine compte son Google (Baidu), son Twitter (Sina WeiBo), son Facebook (Renren), son Amazon (Dangdang). Et c'est justement le problème : le secteur Internet chinois ressemble trop à celui des États-Unis. On trouve très peu d'entreprises vraiment innovatrices. La plupart copient les recettes venues d'ailleurs. Et puis, la concurrence y est bien plus féroce. En Amérique du Nord, si vous avez une bonne idée, deux ou trois concurrents surgiront un an plus tard. En Chine, vous en affronterez au moins 60 ! Prenez le cas de Youku, une version de YouTube ; trois mois après son lancement en 2006, il avait plus de 200 concurrents...

d.b. - Outre la concurrence supérieure, qu'est-ce qui caractérise le secteur Internet chinois ?

m.v.d.c. - Les géants ne rachètent pas les petites sociétés prometteuses. En Amérique du Nord, celui qui investit dans une PME techno sait que, si celle-ci décolle, elle attirera l'intérêt d'une grande entreprise. L'éventualité de cette transaction rend l'investissement attirant. En Chine, les grandes sociétés misent sur leur R-D interne pour innover. Ce qui prive l'investisseur techno d'une avenue de valorisation. Il faut donc se montrer très sélectif, car de nombreuses PME meurent, faute d'être rachetées par de plus grandes.

d.b. - Quel est, selon vous, le secteur Internet chinois le plus prometteur ?

M.v.d.c. - Le commerce électronique. Les Chinois commandent tout sur Internet, même des voitures ! Et puis, bon nombre de citoyens vivent éloignés des grands centres. Ils n'ont donc pas accès facilement à des commerces.

d.b. - Vous investissez dans des entreprises chinoises qui vendent à l'international. Qu'est-ce qui vous déplaît dans le marché chinois ?

M.v.d.c. - Croyez-moi, le reste de la planète est un bien meilleur marché que la Chine ! Ici il y a beaucoup trop de concurrence. Et celle-ci ne repose que sur le prix : pas moyen d'élaborer une stratégie autour de la qualité. Et puis, si les entreprises dans lesquelles j'investis brassent des affaires à l'international, elles pourront se faire remarquer et devenir la cible d'acquisitions.

d.b. - On parle tout de même d'un pays de 1,3 milliard d'habitants avec une classe moyenne en croissance. Certains Chinois doivent bien vouloir acheter des produits étrangers, non ?

m.v.d.c. - Bien sûr, mais le défi consiste à déterminer quels habitants et quels produits. Cela exige une grande connaissance du marché. Les seules entreprises occidentales qui réussissent en Chine sont établies ici depuis longtemps. Elles ont décodé les goûts des consommateurs. Et puis, il faut composer avec la montée des marques locales conçues pour eux. C'est le cas de la griffe de vêtements de sport Li Ning.

d.b. - Quel est votre conseil aux entreprises québécoises qui aspirent à vendre en Chine ?

M.V.D.C. - N'attendez pas que le gouvernement chinois entre en contact avec vous, faites les premiers pas. Présentez-vous et faites-vous des alliés.

d.b. - Vu d'ici, l'économie chinoise semble avoir échappé à la crise, comme si la Chine était protégée. Est-ce exact ?

m.v.d.c. - C'est probablement vrai. La Chine est gérée comme une multinationale. Le gouvernement établit des plans stratégiques à long terme et il les exécute jusqu'au bout. Puisqu'il n'existe qu'un seul parti, le gouvernement n'a pas à modifier ses politiques pour se faire réélire. C'est bien différent des États-Unis, où deux partis s'entredéchirent. Quant à l'Union européenne, elle compte un tas de pays avec des intérêts politiques différents. Cela dit, tout n'est pas parfait ici.

diane.berard@transcontinental.ca

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