Le virage vert n'est plus une option, mais une obligation

Publié le 26/09/2009 à 00:00

Le virage vert n'est plus une option, mais une obligation

Publié le 26/09/2009 à 00:00

Où en sommes-nous dans notre marche vers le développement durable ? Quels sont les prochains défis qui attendent les entreprises ? Quelles occasions se dessinent pour le Québec ? Deux témoins privilégiés se prononcent : l'un est issu du milieu des ONG, l'autre du milieu scientifique, mais tous deux connaissent bien le monde des affaires.

Journal Les Affaires - Qu'est-ce qui a changé dans les entreprises ces dernières années, en matière de développement durable ?

Daniel Normandin -Depuis le début des années 2000, on assiste à une prise de conscience exponentielle sur les questions de développement durable. Les motivations sont très diverses. Certains dirigeants, qui ont des enfants, ont eu envie de leur laisser une planète en meilleur état. D'autres ont agi purement par opportunisme. Mais peu importe la motivation, je me dis toujours que l'important c'est qu'il y ait des résultats.

Steven Guilbeault -Après le Sommet de la terre de 1992, les entreprises se sont mises à publier des rapports de développement durable. Ce n'était en fait qu'une compilation des gestes qu'elles posaient déjà. Il n'y avait pas d'objectifs d'amélioration et on ne mesurait pas grand-chose.

Mais je partage l'avis de Daniel : depuis 2000, le changement s'accélère. On s'est dotés d'outils de comparaison des résultats, comme l'analyse du cycle de vie d'un produit ou les normes GRI [Global Reporting Initiative], qui standardisent les rapports sur le développement durable].

On peut maintenant comparer ce qu'on dit et ce qu'on fait. Par ailleurs, je constate que, s'il y a encore du green-washing, il y en a de moins en moins, justement grâce à la standardisation des outils.

D.N. - Internet a aussi beaucoup aidé. Grâce à la rapidité de diffusion des informations, les gens peuvent désormais faire des choix plus sensés, ce qui limite la portée du greenwash. Les entreprises réalisent aussi que nous sommes à la limite de nos ressources, et comme ces dernières sont plus rares, elles sont aussi plus chères. La solution peut effectivement être de débourser plus, mais on peut aussi entrer dans une phase de gestion plus intelligente. L'idée est de concevoir des produits qui puissent, à la fin de leur vie utile, être démantelés pour en faire de nouveaux produits.

JLA - Quels sont les changements intervenus au sein des entreprises ?

D.N. -Jusqu'à présent, le développement durable a surtout été le fait de quelques-unes. Mais les autres n'auront pas le choix d'emboîter le pas, notamment à cause de la réglementation croissante dans ce domaine. Ainsi, l'Europe a adopté il y a deux ans de nouvelles règles d'importation, basées notamment sur l'analyse du cycle de vie. Elle est en train de donner le ton à l'ensemble des pays industrialisés. Cela vient changer la donne.

S.G. - Les défis varient selon la taille des entreprises.

Les PME subissent une pression énorme. Comment peut-on les amener vers le développement durable sans leur imposer une charge supplémentaire ? Je suis président du comité sur le développement durable de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et c'est pour nous un enjeu majeur. L'idée de simplement imposer une réglementation ne me semble pas la solution.

D.N. -Les grands donneurs d'ordres peuvent aussi avoir un rôle à jouer auprès des PME. Il y a deux façons d'agir : ils peuvent dire à leurs fournisseurs Voici mon cahier des charges, débrouillez-vous avec ça !, ou encore, ils essayent de les accompagner. Cela a été la stratégie de Volkswagen il y a quelques années, et cela a fonctionné.

JLA - Parlant du rôle des donneurs d'ordres, n'est-ce pas une approche que vous tentez d'avoir avec l'Espace de concertation en approvisionnement responsable ?

D.N. -En effet. L'Espace a été un souhait de la part des grands acheteurs du Québec pour leur permettre de jouer un rôle plus actif en développement durable. Ils ont décidé, depuis quelques mois, de se doter de cahiers des charges communs, pour des produits comme les ordinateurs, le mobilier, le papier. L'idée est d'éviter que chacun applique des critères environnementaux différents.

JLA - Quels sont les atouts du Québec sur le marché international ?

D.N. - L'hydroélectricité par exemple : c'est une énergie renouvelable, l'une des moins polluantes actuellement disponible. C'est pour cette raison que l'aluminium québécois a meilleure réputation que l'aluminium russe, produit à partir du charbon. Mais le Québec doit se doter d'outils pour promouvoir cet atout à l'international.

S.G. - Le Québec a aussi une bonne expertise dans le domaine des technologies propres. Mais parce qu'il n'y a pas de marché du carbone ici, nous perdons des occasions d'affaires.

JLA - On parle de plus en plus d'analyse du cycle de vie des produits (ACV), mais n'est-ce pas encore difficile d'accès ?

D.N. - On dit souvent que ce sont les grandes entreprises qui peuvent s'offrir une ACV, mais cela tend à se démocratiser. On peut aussi obtenir du financement, au fédéral comme au provincial. Et les coûts sont appelés à diminuer. Grâce à cet outil, les entreprises pourront prendre de meilleures décisions afin de se positionner sur les marchés étrangers, dont l'Europe.

Déjà, des pionniers comme Cascades ont commencé à mettre différents indicateurs environnementaux sur leurs emballages. Ce n'est pas parfait, mais le processus est amorcé.

S.G. - Je suis convaincu que, d'ici quelques années, lorsqu'on achètera quelque chose à l'épicerie, il y aura un indice ACV sur l'emballage.

JLA - Le Québec a fait son entrée dans la Western Climate Initiative. Comment l'arrivée éventuelle du marché du carbone pourrait-elle transformer notre économie ?

S.G. - Au Canada, on a un défi important à relever dans ce domaine, car il faut que le système soit équitable envers l'ensemble des émetteurs de gaz à effet de serre. On ne devrait pas chercher à protéger un secteur en particulier, le pétrole de l'Alberta par exemple. Or, actuellement, selon les règles conçues par Ottawa, l'industrie pétrolière recevrait à peu près 500 millions de dollars par année en crédits - donnés par le gouvernement - et Cascades, qui a déjà dépassé les objectifs de Kyoto, devrait acheter pour 2 à 4 millions de dollars de crédits par an. C'est le monde à l'envers ! Il va falloir que les gouvernements du Québec et de l'Ontario veillent à ce que leurs entreprises manufacturières ne soient pas défavorisées par les règles d'Ottawa, très proche de l'industrie pétrolière.

JLA - Aujourd'hui, tout le monde se réclame du développement durable. Cela ne risque-t-il pas d'entraîner un effet de saturation qui dissuadera les entreprises de se positionner ?

D.N. - Encore une fois, il faut distinguer le greenwashing de la véritable information; les entreprises qui font de véritables efforts seront récompensées. Les données environnementales vont devenir de l'information de base, comme les données nutritionnelles.

S.G. - Malgré la crise, l'environnement est demeuré au coeur des préoccupations des Canadiens. Un sondage Harris/Decima vient de révéler que 67 % de nos concitoyens pensent qu'on ne devrait pas ralentir nos efforts dans ce domaine.

D.N. - Dernièrement, je participais à une rencontre de gens d'affaires, et les dirigeants disaient que même, s'ils étaient dans une situation précaire, ils poursuivaient leurs efforts dans ce sens. Ils ont compris que cela les aidera à reprendre leur envol une fois la reprise installée.

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