«Le tiers des étudiants décroche à l'université» - Pierre Fortin, économiste à l'UQAM

Publié le 02/06/2012 à 00:00

«Le tiers des étudiants décroche à l'université» - Pierre Fortin, économiste à l'UQAM

Publié le 02/06/2012 à 00:00

Vous voulez sensibiliser la population et le gouvernement du Québec au décrochage élevé chez les jeunes à l'université. Quelle est l'ampleur de ce phénomène ?

À l'heure actuelle, sur les 45 % des jeunes Québécois qui amorcent un baccalauréat, seulement les deux tiers obtiennent leur diplôme, d'après les données du dernier recensement. Le tiers décroche, comparativement à 20 % en moyenne au Canada ! C'est plus qu'au secondaire, où le taux d'abandon scolaire est de 26 %. Tout le monde dénonce, avec raison, le décrochage épouvantable au secondaire au Québec, mais personne ne parle du taux élevé à l'université... Moi, cela me dérange. Nous ne pouvons pas montrer du doigt les droits de scolarité pour expliquer le fort taux de décrochage au Québec : ceux-ci sont plus élevés dans les autres provinces qu'ici.

Comment expliquer qu'un étudiant sur trois abandonne ses études ?

Je n'ai pas de réponse précise. Il faudrait un forum ou une commission sur la gestion de nos universités pour analyser plus en profondeur ce phénomène. Cela dit, on peut quand même émettre des hypothèses. Par exemple, il est possible que les universités québécoises admettent trop d'étudiants qui n'ont pas les capacités de faire des études universitaires. Elles se financent en fonction du nombre d'élèves qu'elles accueillent. Plus elles ont d'étudiants, plus le ministère de l'Éducation leur envoie de l'argent. Il faudrait peut-être envisager de financer nos universités en fonction du taux de diplomation, pas du nombre de personnes qu'elles font entrer dans le système. Toutefois, financer les universités en fonction du nombre de diplômés pourrait aussi être problématique : elles pourraient se mettre à donner des diplômes à n'importe qui.

Que peuvent faire les universités pour réduire l'abandon scolaire ?

Québec devrait forcer les universités à investir dans l'encadrement et le soutien pédagogique, qui sont déficients. Beaucoup d'établissements se contentent de prendre les subventions du ministère de l'Éducation et d'en allouer une part trop grande à la recherche tout en négligeant l'aide aux étudiants. Cette situation est d'autant plus problématique que les universités québécoises ont la parité salariale avec les universités des autres provinces. Or, le niveau de vie au Québec est 15 % moins élevé que dans le reste du pays. Même les médecins québécois acceptent d'être payés moins cher que leurs collègues des autres provinces ! C'est pourquoi je ne suis pas certain que les universités québécoises manquent tant d'argent que cela par rapport au reste du Canada. Je pense que les étudiants ont absolument raison de remettre en question la gestion des universités québécoises.

CV

Nom : Pierre Fortin

Titre : Professeur d'économie à l'Université du Québec à Montréal

Pierre Fortin a publié une dizaine de livres et environ 200 articles scientifiques au Canada et à l'étranger. Ses recherches portent surtout sur les fluctuations et la croissance économiques, la politique monétaire, les finances publiques, l'économie du travail, la politique sociale et l'économie canadienne.

4,5 %

Taux de chômage des titulaires d'un baccalauréat au Québec, en 2009 (comparativement au taux de chômage moyen de 8,5%)

Sources : ministère de l'Éducation du Québec, Institut de la statistique du Québec

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