"Le ralentissement mondial augmente le risque d'une guerre des devises et commerciale" - Laurent Desbois, président de Fjord Capital Management

Publié le 23/07/2011 à 00:00

"Le ralentissement mondial augmente le risque d'une guerre des devises et commerciale" - Laurent Desbois, président de Fjord Capital Management

Publié le 23/07/2011 à 00:00

Par Dominique Beauchamp

Vous affirmez qu'on sous-estime le risque qu'une guerre des devises, et avec elle une guerre commerciale, n'éclate d'ici deux ou trois ans. Pourquoi ?

À court terme, plusieurs pays émergents doivent remonter leurs taux d'intérêt afin de combattre l'inflation locale et la surchauffe de leur économie, ce qui gonfle la valeur de leur propre monnaie. On assiste donc à un genre de trêve des hostilités. Mais si les économies des pays émergents ralentissent davantage, en même temps que des mesures d'austérité freinent celles de l'Europe et des États-Unis, l'essoufflement mondial pourrait inciter les gouvernements à dévaluer de nouveau leur monnaie afin de stimuler leurs exportations et d'utiliser leur capacité de production excédentaire. Cela provoquerait une bataille de parts de marché, qui pourrait déraper vers une guerre commerciale.

Quelle probabilité accordez-vous au scénario d'une guerre des devises ? Et que surveillez-vous de plus près ?

J'estime à 30 ou 40 % le risque que la croissance économique mondiale tombe de 4,3 % à moins de 2 %, et que celle de la Chine passe d'un rythme de 9 % à moins de 5 % d'ici deux ou trois ans. Dans un tel cas, la probabilité d'une guerre des devises et du commerce serait de plus de 75 %. D'une certaine façon, les prochaines années seront plus turbulentes que lors de l'après-crise de 2008, parce que plusieurs pays développés n'ont plus les moyens fiscaux de soutenir leur économie. Je surveille surtout les pays émergents, car ils contribuent aux deux tiers de la croissance mondiale. La Chine, en particulier, doit jongler avec la nécessité de mater l'inflation sans trop affaiblir son économie. C'est un premier vrai test pour cette nouvelle puissance économique mondiale.

Comment les entrepreneurs et les trésoriers d'entreprise devraient-ils réagir à la possibilité d'une telle guerre ?

Il leur faut avant tout rester vigilants. Ces décideurs ont intérêt à suivre les indicateurs de la croissance mondiale. Il est clair que, dans une guerre des devises provoquée par un ralentissement mondial, le dollar canadien faiblirait. Ce serait un baume pour les exportateurs. Par contre, les importateurs devraient réfléchir à la possibilité de se prémunir contre un recul du huard.

CV

Nom : Laurent Desbois

Âge : 49 ans

Fonction : Président

Entreprise : Fjord Capital Management

Actif dans les marchés financiers depuis plus de 20 ans, M. Desbois a fondé le gestionnaire de devises Fjord Capital en 2004. Il a travaillé à la Caisse de dépôt et placement du Québec jusqu'en 1996 à titre de directeur du service des devises, puis chez Merrill Lynch et Citigroup, à New York et à Londres, jusqu'en 2003. Il est titulaire d'une maîtrise en économie de l'Université de Montréal, d'un baccalauréat en économie de l'Université McGill, et détient la désignation CFA. Il publie aussi un blogue, à l'adresse laurent-desbois.com.

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