Le plaisir de bâtir

Publié le 06/04/2013 à 00:00, mis à jour le 04/04/2013 à 09:20

Le plaisir de bâtir

Publié le 06/04/2013 à 00:00, mis à jour le 04/04/2013 à 09:20

«À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.» Pour le pdg de Zoom Media, presque tout le plaisir d'entreprendre se trouve dans cette citation de Corneille. Car être entrepreneur, pour François de Gaspé Beaubien, c'est prendre des risques et, avec les risques, vient l'adversité.

«Le plaisir vient à vaincre en équipe, à réussir, à bâtir, à créer quelque chose qui n'existait pas avant», raconte l'entrepreneur de 49 ans.

Zoom Media, qu'il a achetée quand elle était encore toute petite en 2003, avait inventé la pub dans les toilettes publiques. Sous sa gouverne, l'entreprise, dont le chiffre d'affaires atteint maintenant 50 millions de dollars, est devenue le chef de file de l'affichage intérieur. Elle a de plus fait entrer la pub dans les centres de conditionnement physique, jusqu'à devenir le plus grand média du monde dans les gyms. Les 400 employés de Zoom Media s'occupent des bandes-sons et des bandes images pour communiquer avec les clients et créer une ambiance, parsemée de publicités bien ciblées.

«On a créé quelque chose pour suivre le consommateur et répondre aux besoins. Partir de la base zéro, il n'y a rien de plus difficile. Mais on gagne, c'est validé par le marché. Ça ne s'achète pas, ça. On peut juste le gagner, le mériter. C'est comme des élections... d'affaires !»

François de Gaspé Beaubien a gagné un pari très risqué pris en 2008 pendant la récession. Pendant que tout le monde ralentissait les investissements, lui et son conseil d'administration ont décidé de hausser les leurs. Zoom Media a fait deux acquisitions cette année-là (ClubCom et Smart One), en plus de préparer le terrain pour acquérir In Site, ce qui a permis à Zoom Media d'acquérir le statut de chef de file dans son créneau.

«On a été chanceux, l'économie a repris. Mais on a pris un très grand risque, et si ça avait mal tourné en 2009 et 2010, Zoom ne serait plus là aujourd'hui. C'est ça, entreprendre, c'est miser sur le risque. C'est un peu de flair, mais aussi de la chance. Et il faut se l'avouer. Thomas Edison disait que le génie est fait de 99 % de transpiration et de 1 % d'inspiration. Dans l'entreprise, je dirais que c'est 90 % d'effort, 5 % de stratégie et 5 % de chance.»

L'exemple idéal

Dans les moments éprouvants en 2008, François de Gaspé Beaubien a eu peur de ne pas pouvoir payer ses employés à la fin de la semaine. Mais devant les embûches, il s'est rappelé le modèle paternel.

«J'ai vu mon père passer au travers. J'ai vu des temps où les meubles à la maison, c'étaient des boîtiers de lait. C'était quand mon père [Philippe] a quitté l'entreprise familiale et qu'il est reparti à zéro pour bâtir Télémédia (radios et magazines) à partir de rien. Je l'ai vu garder le cap et rester positif. Ça inculque l'exemple idéal», dit celui qui fait partie de la 14e génération d'entrepreneurs d'une famille arrivée en Nouvelle-France au 17e siècle. Tout a commencé avec Charles Aubert de La Chesnaye, marchand et propriétaire de navires, qui fut le principal homme d'affaires de son époque en sol québécois.

Dans les moments difficiles, garder le plaisir est une obligation, croit François de Gaspé Beaubien.

«Tout le monde a ses hauts et ses bas, mais j'ai toujours trouvé que le leader dans l'entreprise, c'est le coach, et le coach doit motiver son équipe. Il ne peut jamais arriver découragé devant son équipe. Il n'a pas le droit. C'est pourquoi la position de leader est très difficile», souligne-t-il.

Il faut, dans ces moments, montrer sa confiance en sa vision et en son équipe. Et souligner tous les bons coups, si petits soient-ils.

«Quand on est dans une situation très difficile, le plaisir se place en arrière-plan. Et alors, il faut choisir ses petits plaisirs. Qu'est-ce qu'on a appris ? Ou bien : on vient de gagner quelque chose, donc on est capables ! C'est comme avec une équipe de hockey : si on est en train de perdre le match, le capitaine demande qu'on joue plus fort dans les coins, qu'on se reprenne en main. L'équipe se rassemble et on passe au travers, et ça, c'est un énorme plaisir.»

Travailler en équipe est un bonheur pour le pdg de Zoom Media. S'il aime l'étape de conceptualisation des objectifs de l'entreprise, il aime encore mieux exécuter sa vision. Se demander, avec ses collègues, comment parvenir à concrétiser le rêve et mettre en place les stratégies.

Se réinventer

«Il y a aussi l'apprentissage qui me donne du plaisir. J'en mange ! Tout est en constant changement, et ceux qui s'accrochent à l'ancien modèle des médias vont perdre. Ce plaisir de se réinventer, j'adore !»

Les nombreux voyages, de trois à quatre déplacements en avion par semaine, sont devenus un irritant - «se faire dire par les hôtesses de l'air que je voyage plus qu'elles est un peu décourageant !» -, mais François de Gaspé Beaubien a deux trucs pour augmenter son plaisir au quotidien : l'humour et le sport.

«Rire détend la situation, et j'aime avoir du plaisir en groupe. Par ailleurs, quand je ne m'entraîne pas, j'ai moins de plaisir. Je ne parle pas juste des endorphines sécrétées avec l'effort. Je me lève à 5 h 30, je m'entraîne, et ça me donne une attitude pour la journée. Je me sens dynamisé et bien dans ma peau.»

Ce qui éveille le plaisir de François de Gaspé Beaubien, quand il considère l'avenir de Zoom Media, c'est la révolution des médias et du marketing.

«Dans ce monde en révolution, Zoom est très bien positionnée, parce qu'on occupe une niche bien ciblée et parce qu'on suit le consommateur. Tous les règlements sont en train d'être réécrits par les consommateurs. Avant, dans les magazines, j'étais une des personnes qui déterminait ce que le consommateur allait lire. Maintenant, c'est le consommateur qui décide, et nous devons le suivre. Je vis un moment rare dans l'histoire des médias. Il faut saisir les occasions, et j'adore ça.»

Le changement vient nécessairement avec une grande dose de stress, mais c'est surtout un apport positif pour le pdg de Zoom Media, car le stress est le contraire de l'ennui.

«Ma définition de l'entrepreneur : c'est quelqu'un qui vit bien le stress. En anglais, on dit embrace it. On le prend, on le serre fort et on lui dit qu'il fait partie de notre motivation.»

François De Gaspé Beaubien

Président du conseil et chef de la direction de Zoom Media depuis 2003

MBA à Harvard

A été copropriétaire et co-chef de la direction de l'entreprise familiale, la société Télémédia (radio et édition), vendue en 2002.

50 M$

Le chiffre d'affaires de Zoom Media est de 50 millions de dollars.

3

L'entreprise est active dans trois marchés : au Canada, aux États-Unis et en Angleterre.

Le plaisir d'entreprendre

Série 2 de 10

Avec cette série de 10 entrevues que nous publierons jusqu'en décembre, nous souhaitons inspirer des vocations. Comment naît le plaisir de prendre des risques ? Où le trouve-t-on dans le quotidien de l'entreprise ? Comment le garder vivant malgré les embûches ? Comment arrive-t-on à le transmettre ? Est-il obligatoire pour connaître le succès ?

valerie.lesage@tc.tc

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