Le Japon tenté par le protectionnisme

Publié le 12/09/2009 à 00:00

Le Japon tenté par le protectionnisme

Publié le 12/09/2009 à 00:00

Un tsunami politique vient de frapper le Japon : après un demi-siècle du monopole de la droite, un gouvernement de centre gauche dirigera les destinées de la deuxième économie mondiale. Beaucoup de choses pourraient changer, y compris la récente ouverture du pays à la concurrence étrangère.

Pendant la campagne électorale, le Parti démocrate du Japon s'est engagé à soutenir davantage le secteur agricole et celui des pêches.

Quelle forme prendra cette aide ? Des tarifs douaniers, des barrières non tarifaires, des subventions ? Ce n'est pas clair pour l'instant. Actuellement, l'industrie agroalimentaire nippone bénéficie déjà d'une protection tarifaire face à la concurrence.

Menace pour les producteurs de porcs

Il va sans dire que l'industrie porcine canadienne suit de près toute montée du protectionnisme qui pourrait toucher ses exportations au pays du Soleil levant.

" Oui, il peut y avoir un risque que le gouvernement favorise les producteurs de porcs japonais ", indique Martin Lavoie, directeur exécutif adjoint de Canada Porc International, l'agence de promotion des exportations de l'industrie porcine.

Mais selon lui, il n'y a pas en ce moment de signes que le nouveau gouvernement s'apprête à limiter l'entrée du porc canadien - surtout produit au Québec.

L'enjeu est de taille pour les producteurs d'ici. En 2008, le Japon est devenu le premier marché d'exportation du porc canadien - pour une valeur totalisant 857 millions de dollars -, suivi par les États-Unis et la Russie.

L'industrie aérospatiale à risque ?

Dans un contexte de crise économique, Tokyo pourrait aussi être tenté de protéger d'autres secteurs de l'économie japonaise, soulignent les experts.

John Kurien, professeur d'économie à l'Université McGill, estime que le gouvernement nippon protégera vraisemblablement les secteurs qui constituent des forces du pays.

Mais à ses yeux, les entreprises canadiennes seront peu touchées. " Le Canada exporte au Japon peu de produits qui sont aussi fabriqués localement par des entreprises japonaises ", dit-il.

Outre le porc, le Québec compte un autre secteur qui pourrait entrer en concurrence avec des entreprises japonaises : l'industrie aérospatiale, vitale pour l'économie montréalaise, est en plein essor au Japon.

Parmi les 10 principaux produits du Québec expédiés dans ce pays en 2008, on comptait des simulateurs de vol (4e rang), les turbopropulseurs (8e rang) ainsi que les pièces pour avions et hélicoptères (9e rang).

Chez Bell Helicopter, qui exporte et réalise des contrats de maintenance au Japon, on garde la tête froide. Ainsi, le fabricants d'hélicoptères de Mirabel ne s'attend pas à être touché par une éventuelle montée du protectionnisme. " Nous croyons que nous continuerons de recevoir des commandes de pièces et que nos contrats de soutien technique pour les appareils seront maintenus ", dit la porte-parole Natalie Morrissette.

Mouvement d'ouverture

Pour sa part, Éric Boulanger, professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), estime que le changement de garde à Tokyo ne bouleversera pas la politique commerciale du pays. " Le Japon ne renoncera pas au libre-échange. "

Pendant des décennies, l'économie japonaise a été fermée aux entreprises étrangères. " Mais en 1998, le gouvernement a amorcé un virage pour libéraliser son économie ", dit M. Boulanger. Il ajoute que cette ouverture va au-delà des orientations des partis.

En 2000, les investissements étrangers directs dans le pays représentaient 1,1 % du PIB. Or, en 2007, ils comptaient pour 3 %. Cette ouverture est minime, comparée à celle du Canada, où les investissements étrangers comptent pour 37 % du PIB.

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Valeur, en milliards de dollars, des exportations du Canada au Japon en 2008 (2,3 % des exportations totales). Les exportations québécoises ont atteint 866 millions de dollars (1,2 % des exportations totales).

Source : Statistique Canada

francois.normand@transcontinental.ca

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