«La croissance économique n'est pas dans l'intérêt des francophones» - Gérard Bélanger, professeur de l'Université Laval

Publié le 10/03/2012 à 00:00

«La croissance économique n'est pas dans l'intérêt des francophones» - Gérard Bélanger, professeur de l'Université Laval

Publié le 10/03/2012 à 00:00

Vous affirmez que la croissance économique du Québec ne profite pas aux francophones. Qu'est-ce qui vous permet de faire une telle affirmation ?

D'abord, les politiques natalistes ne parviennent pas à assurer le renouvellement des générations et à contrer le vieillissement de la population. Le marché de l'emploi est déterminé par la dynamique globale d'une économie. Les pénuries de main-d'oeuvre sont comblées par une hausse du solde migratoire et les surplus de main-d'oeuvre, par une baisse de ce solde. La population de l'Alberta a augmenté davantage que celle des provinces maritimes au cours des dernières années, non pas parce que les Albertains font plus d'enfants, mais parce que la population va où sont les emplois.

Qu'est-ce que cela signifie pour le Québec ?

Les francophones ont toujours été moins enclins à quitter le Québec que les autres groupes linguistiques. Ainsi, de 1971 à 2001, il y a eu un solde migratoire négatif de 387 100 personnes entre le Québec et les autres provinces. Les personnes de langue maternelle française, qui totalisaient 81,4 % de la population en 2001, ne représentaient que 9,7 % des départs nets. Par comparaison, les personnes de langue autre que le français, dont la part dans la population québécoise était de 18,6 % en 2001, totalisaient 90,3 % des départs nets.

Compte tenu de l'enracinement des Québécois, quel est le rapport entre croissance économique et francophones ?

Une économie québécoise moins prospère «chasse» les non-francophones vers les provinces où il y a davantage d'emplois disponibles. Et cela, sans que les revenus réels à long terme des francophones en soient touchés, du fait qu'en vertu du «marché commun canadien», les Québécois ont un revenu moyen comparable à celui de l'Ontario, et ce, même si l'économie est généralement moins dynamique ici. J'arrive donc à deux conclusions : d'abord, que la politique la plus favorable à une hausse de la population au Québec est une politique de croissance économique qui stimule la demande de main-d'oeuvre ; ensuite, oh aberration ! qu'une telle politique ne va pas dans l'intérêt des Québécois qui recherchent un milieu homogène francophone.

CV

Nom : Gérard Bélanger

Âge : 71 ans

Titre : Professeur titulaire au Département d'économique

Organisation : Université Laval

Diplômé de la Princeton University, il est spécialiste de l'économique du secteur public et de l'économie du Québec. Il a publié de nombreux travaux sur des sujets variés : l'économique du secteur de la santé et des transports, le financement municipal, l'économique et la croissance du secteur public, etc. Son dernier livre, L'économie du Québec, mythes et réalités, a reçu le prix commémoratif Doug-Purvis en 2007.

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