La course aux incitatifs s'intensifie

Publié le 16/11/2013 à 00:00, mis à jour le 14/11/2013 à 15:31

La course aux incitatifs s'intensifie

Publié le 16/11/2013 à 00:00, mis à jour le 14/11/2013 à 15:31

Dans quelques mois, Aerolia ouvrira à Mirabel sa première usine en Amérique du Nord, un projet qui totalisera des investissements de 82 millions de dollars. La filiale canadienne de cette société française y fabriquera le fuselage central des nouveaux avions d'affaires Global 7000 et 8000 de Bombardier.

Or, cette usine a bien failli s'implanter à Toronto, là où Bombardier fera l'assemblage final de ces nouveaux biréacteurs d'affaires. Les différentes mesures incitatives financières consenties à l'entreprise française auront grandement contribué à l'attirer en sol québécois.

«On a réussi à les convaincre de s'installer dans la région de Montréal», souligne Élie Farah, vice-président, investissement Grand Montréal de l'organisme Montréal International, en précisant que l'aide gouvernementale a joué un rôle important, tout comme la présence d'une grappe de l'aérospatiale (main-d'oeuvre et centres de recherche spécialisés).

Pour ce projet, le gouvernement du Québec a accordé un prêt sans intérêt de 10 M$ en plus d'une contribution financière non remboursable de 5 M$. Mais le Québec n'arrive pas toujours à rivaliser avec d'autres gouvernements qui cherchent à attirer ou à retenir des entreprises.

La fermeture d'Electrolux à L'Assomption en témoigne. Le gouvernement du Tennessee et la Ville de Memphis lui ont offert un pont d'or. Kruger a aussi choisi Memphis, au détriment du Québec, pour accroître sa production de papier hygiénique. L'exemption de taxes de 45 M$ pendant 15 ans a facilité la décision.

«La concurrence est vive, et certains États américains, qui ne jouaient pas le jeu des incitatifs, sont aujourd'hui beaucoup plus actifs», constate Christian Bernard, directeur des études économiques à Montréal International.

Deux fois plus de dollars distribués aux États-Unis

Les mesures incitatives financières et fiscales sont devenues incontournables, en particulier en Amérique du Nord. «Les régions qui en offrent peu, ou pas, sont en retard dans la course au développement économique», dit M. Bernard.

Historiquement, les incitatifs les plus généreux étaient offerts par les États les moins fortunés du Sud, comme le Tennessee, l'Alabama, la Louisiane ou le Kentucky. Aujourd'hui, les États du New Jersey, de New York et de la Pennsylvanie, entre autres, ont emboîté le pas aux États plus interventionnistes du Sud.

Résultat : aux États-Unis, les différents paliers de gouvernements ont offert environ 80 milliards de dollars américains de mesures incitatives en 2012, ce qui représente plus de 80 % des mesures incitatives mondiales, selon Montréal International. Le volume de mesures incitatives aurait doublé aux États-Unis au cours de la dernière décennie, indique une étude du Council for Community and Economic Research. La volonté du gouvernement américain de créer plus d'emplois, pour contrer la crise qui sévit depuis 2008, en ciblant particulièrement le rapatriement d'entreprises manufacturières, contribue à cette escalade.

Des villes limitées quant à leur intervention

Au Québec, les diverses aides gouvernementales aux entreprises totalisent près de 3 G$, comparativement à 2,1 G$ il y a près de 10 ans. Contrairement aux États-Unis, où les municipalités fournissent plus de 50 % des incitatifs offerts, les villes québécoises sont limitées quant à leur intervention, alors que la très grande majorité des aides proviennent du gouvernement du Québec.

«La grande région de Montréal peut miser sur d'autres facteurs, comme la main-d'oeuvre qualifiée, la présence d'universités et de centres de recherche, ou l'effet de levier des grappes», dit M. Farah.

Et le Québec ne doit pas se livrer à une surenchère, soulignent les experts.

«Il ne faut pas essayer de maintenir des emplois à tout prix. Ça fait mal quand des entreprises à faible valeur ajoutée partent, mais il faut plutôt essayer de requalifier les travailleurs qui perdent leur emploi», affirme Louis Duhamel, associé chez Deloitte et analyste du secteur manufacturier.

Simon Prévost, président de Manufacturiers et exportateurs du Québec, estime qu'il faut offrir des conditions d'affaires attrayantes à l'ensemble des entreprises, et non seulement à celles qui menacent de partir. «Il faut donner plus de latitude aux entreprises en leur offrant un contexte fiscal plus avantageux, en réduisant les taxes sur les masses salariales», précise-t-il.

M. Prévost rappelle qu'il ne faut pas miser uniquement sur les secteurs des grappes industrielles pour assurer le développement du Québec. «Il y aussi des entreprises qui oeuvrent dans certains secteurs, comme les portes et fenêtres, qui offrent des produits de niche et innovants.»

«Il n'y a pas de mauvais ou de bons secteurs, il faut penser en fonction d'entreprises fortes», ajoute M. Duhamel.

Par ailleurs, les deux observateurs notent que la récente politique industrielle est un pas dans la bonne direction pour soutenir le secteur manufacturier, en déclin.

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