L'opération séduction de Drummondville

Publié le 20/04/2013 à 00:00, mis à jour le 18/04/2013 à 09:54

L'opération séduction de Drummondville

Publié le 20/04/2013 à 00:00, mis à jour le 18/04/2013 à 09:54

Drummondville voulait attirer Costco. Le jeu de séduction a fini par porter ses fruits au bout de deux ans. Comme souhaité, la grande surface est devenue le catalyseur du Centre-D, un mégacentre de 65 millions de dollars qualifié de «plus important développement commercial de l'histoire de la ville».

Les Drummondvillois n'ont plus besoin de rouler pendant une heure pour faire leurs emplettes chez Costco, à Boucherville, Trois-Rivières ou Sherbrooke. Depuis décembre, ils ont leur propre magasin-entrepôt, qui trône en bordure de l'autoroute Jean-Lesage. Le Commissariat au commerce de Drummondville a trimé dur pour convaincre le géant américain de s'établir dans une région de «seulement 155 000 personnes, en étirant», raconte Guy Drouin, directeur général de l'organisation, en précisant que le bassin de population minimum pour l'établissement d'un Costco est plutôt de 250 000.

«Juste avoir le rendez-vous avec le président, Pierre Riel, ça nous a pris six mois ! se rappelle-t-il. On lui a fait valoir que Costco était désiré, que les gens de Saint-Hyacinthe viendraient à Drummondville plutôt que d'aller à Boucherville à cause des problèmes de circulation, et que le magasin serait bien en vue de la route.»

Chez Costco, on préfère dire qu'il n'y a pas de chiffre coulé dans le béton en ce qui concerne le bassin de population requis, et que la décision d'ouvrir «dépend de la complexité du marché, du revenu moyen brut par ménage et du rayon d'attraction», résume le porte-parole, Ron Damiani. Dans le cas de Drummondville, l'existence «d'un gap entre Boucherville et Trois-Rivières, le site fantastique au bord de la 20 et la super relation avec la Ville et avec Sidev [promoteur et propriétaire des terrains depuis 2012]» ont convaincu Costco d'allonger 26 M$ dans un magasin de 147 500 pieds carrés.

Triple objectif

L'objectif du Commissariat au commerce de Drummondville était triple : réduire les fuites commerciales, répondre à la demande des résidents du coin et attirer les consommateurs des villes avoisinantes.

«Il y a deux générateurs majeurs d'achalandage au Québec : Ikea, mais il ne faut pas rêver, et Costco, dit M. Drouin. On savait qu'en allant chercher Costco, on attirerait d'autres enseignes. Nous voulons créer un centre supra régional.»

C'est chose en devenir. Outre Club Piscine, qui a déménagé son magasin au Centre-D, Bain Dépôt et Antonio Moreau (vêtements de travail et de plein air) préparent leur venue sur l'emplacement de 1,8 million de pi2.

Des négociations auraient lieu avec «une enseigne internationale». Il n'a pas été possible d'en apprendre davantage, Sidev n'ayant pas donné suite à notre demande d'entrevue.

La présence de Costco a décidé DeSerres à investir 1,5 M$ dans un magasin de 8 000 pi2 qui ouvrira à l'automne. «On regardait les possibilités depuis deux ou trois ans, raconte le président, Marc DeSerres. Drummondville est trop petite pour un magasin local, mais avec Costco, ça devient un pôle régional.»

Réactions des concurrents

Si cette concurrence supplémentaire réjouit les consommateurs, elle ne fait pas l'unanimité chez les détaillants, concède M. Drouin. Les magasins d'électronique, les épiciers et les grossistes en alimentation sont particulièrement touchés, selon nos sources.

Il n'y a pas eu «de réaction massive négative», jure le directeur général de la Chambre de commerce de Drummondville, Alain Côté. «Dans l'ensemble, tout le monde est content, parce que c'est sûr et certain que Costco attire une clientèle nouvelle, qui vient de plus loin. Les gens de Victoriaville allaient à Trois-Rivières. Dans le stationnement, sur les autos, je vois qu'il y a des gens de Sorel. Pour une région comme la nôtre, Costco est une valeur ajoutée», dit M. Côté.

Martin Ruel, copropriétaire de trois IGA dans la région, ne croit pas que les clients de Costco «font le tour de la ville pour magasiner. C'est certain que tout le monde est touché... Ils font 1 M$ de ventes par semaine. Mais je pense que, dans deux ou trois ans, ça va avoir amélioré le sort de Drummondville.»

Chez Canadian Tire, Alain St-Jean a décidé de rafraîchir son commerce plus vite que prévu, étant donné la venue récente de Costco et de Canac. S'il accueille moins de clients depuis décembre, il ne saurait dire si c'est à cause de Costco ou du réaménagement de son magasin. «Ça m'affecte un peu, mais ce que j'entends, c'est que c'est un désastre dans l'alimentation.»

«Notre Maxi s'en sort pas mal bien et maintient sa performance, car il est bien situé au centre de la ville et rénové. Chez Loblaws, c'est certain que ça a un petit impact, mais rien pour créer des histoires», affirme Hugues Mousseau, porte-parole des deux enseignes.

Claude Bisson, qui exploite le supermarché Metro, dit que les premières semaines ont été difficiles, mais que «c'est déjà en train de se replacer». Il constate l'effet sur son rayon de la boulangerie, les familles appréciant les achats de pain en gros.

BOOM COMMERCIAL

Le Commissariat au commerce travaille aussi avec Westcliff pour développer d'autres terrains près des Promenades Drummondville. Winners, Toys R Us, Brick, Future Shop et Michaels s'y sont établis. «En trois ou quatre ans, près d'un million de pieds carrés d'espace de vente au détail s'est ajouté à Drummondville», précise Guy Drouin (photo), directeur général du Commissariat.

marie-eve.fournier@tc.tc

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