«L'investissement responsable, c'est bien plus qu'une affaire d'entreprise verte»

Publié le 16/02/2013 à 00:00, mis à jour le 14/02/2013 à 09:39

«L'investissement responsable, c'est bien plus qu'une affaire d'entreprise verte»

Publié le 16/02/2013 à 00:00, mis à jour le 14/02/2013 à 09:39

L'entrevue

no 143

Rob Lake

DIRECTEUR DE L'INVESTISSEMENT RESPONSABLE CHEZ PRI

Le 19 février se tiendra à Montréal le colloque sur l'investissement responsable. Le Britannique Rob Lake y sera. Il est directeur de l'investissement responsable chez Principles for responsible investment (PRI), un réseau mondial de 1 150 grands investisseurs - dont la Caisse de dépôt et Bâtirente -, créé en 2006 sous l'égide des Nations Unies.

Diane Bérard - Pratiquer l'investissement responsable équivaut-il à n'investir que dans les entreprises vertes qui offrent un gym à leurs employés ?

Rob Lake - Pas du tout. Vous confondez avec l'investissement éthique ou avec une catégorie d'actifs taillée sur mesure pour une catégorie d'investisseurs ayant des besoins précis. L'investissement responsable est lié au développement durable. Il repose sur une philosophie qui rejoint toutes les opérations de la chaîne d'investissement et toutes les catégories d'actifs. Les critères liés au développement durable - environnement, facteurs sociaux et gouvernance - sont pris en considération pour toutes vos décisions d'investissement.

D.B. - Quel est le mythe le plus courant entourant l'investissement responsable ?

R.L. - Qu'il sacrifie le rendement au profit de certaines valeurs. L'investissement responsable, c'est bien plus qu'une affaire d'entreprise verte. Vous limiter aux entreprises vert foncé, c'est courir un risque de sous-performance, car le bassin dans lequel vous puisez se révèle trop restreint.

D.B. - Pourquoi un investisseur se soucierait-il de développement durable alors que tout le système est axé sur le court terme ?

R.L. - Parce que les entreprises qui se soucient de développement durable affichent une meilleure performance que celles qui ne s'en soucient pas. Cela étant dit, vous avez tout à fait raison, les entreprises sacrifient systématiquement leur rentabilité à long terme afin d'atteindre leurs cibles à court terme.

D.B. - Vous dites que l'investissement responsable rapporte à long terme. Rapporte-t-il aussi à court terme ?

R.L. - Il n'y a pas de réponse unique à votre question. Tout dépend du facteur de développement durable que vous examinez. Certains n'ont des conséquences néfastes visibles qu'à long terme. C'est le cas des changements climatiques. Ne pas vous en soucier ne nuira pas à la performance de l'entreprise demain matin. Par contre, faire travailler des enfants - ce qui correspond au facteur social - vous expose à une crise majeure à tout moment.

D.B. - Qui faut-il blâmer pour le courtermisme ?

R.L. - Chacun est prisonnier de la pression des autres acteurs du système. La direction dit devoir satisfaire les investisseurs qui eux se disent scrutés à la loupe par le public et les médias. Ainsi, une caisse de retraite qui affiche un mauvais trimestre sera prise à partie sur la place publique.

D.B. - Le réflexe du court terme peut-il changer ?

R.L. - Ce n'est pas facile. Le réseau Principles for responsible investment (PRI) mise sur la force du nombre et l'information. Nous publions de nombreux rapports présentant des expériences réussies d'investissement responsable. Le réseau compte 1 150 membres, dont 23 % sont des propriétaires d'actifs (caisses de retraite), 78 %, des gestionnaires d'actifs, et le reste, des fournisseurs de services tels les organismes de recherche. Fondé en 2006 sous l'égide des Nations Unies, PRI est un réseau international, ce qui nous permet d'exercer notre influence sur plusieurs régions à la fois.

D.B. - Quel est votre principal ennemi ?

R.L. - La force de l'habitude. Nous devons convaincre les acteurs du secteur de l'investissement que leur démarche peut être menée autrement. Que les décisions d'investissement peuvent reposer sur des critères plus larges. Mais changer les habitudes ne suffit pas, il faut s'attaquer au système lui-même. Prenez la rémunération des dirigeants, nous venons de publier un document énonçant la nécessité d'y lier des critères de développement durable.

D.B. - À quoi s'engagent les investisseurs qui joignent le réseau PRI ?

R.L. - À respecter les six principes de l'investissement responsable. Intégrer les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) lors de la prise de décision qui précède l'investissement. Agir en propriétaire responsable en dialoguant avec l'entreprise afin de surveiller la performance liée au développement durable. Exercer systématiquement son droit de vote pour influencer et améliorer cette performance. Collaborer avec les autres investisseurs pour faire circuler les meilleures pratiques. Promouvoir les principes d'investissement durable dans toute l'industrie. Faire preuve de transparence quant à ses activités.

D.B. - La crise a-t-elle changé quelque chose dans le comportement des investisseurs ?

R.L. - Oui, elle les a éveillés pour ce qui est de leur dépendance face à la stabilité du système financier. Ils ont réalisé à la dure la nécessité de veiller à la gestion de risque des institutions financières. Désormais, le concept d'investissement responsable inclut le système financier.

D.B. - La crise est-elle la faute du système financier ?

R.L. - Non, c'est trop simpliste. Un certain nombre d'acteurs ont fait preuve d'une gestion de risque d'une prodigieuse non-qualité. Toutefois, ce groupe n'inclut pas que les institutions financières, il compte aussi les organismes de réglementation qui n'ont pas vu venir la crise. Tout le système n'est pas dysfonctionnel, mais les parties qui ne fonctionnent pas sont importantes.

D.B. - Des ajustements ont-ils été apportés ?

R.L. - Pas suffisamment. Il faudra compter sur l'activisme des investisseurs. L'activisme positif, car je ne suis pas un fan de toutes les formes d'activisme financier.

D.B. - Vous estimez que la crise fera progresser votre cause. Pourquoi ?

R.L. - Pas la crise, les crises. La crise financière et la crise environnementale conjuguées remettent l'investissement responsable au goût du jour. Dans la tête des investisseurs, c'était une vieille idée, on y accordait moins d'importance. Mais les crises ont mis en évidence la fragilité et l'instabilité du sytème. Du coup, le développement durable devient attirant.

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