Jean Coutu a l'avantage à court terme sur Shoppers Drug Mart

Publié le 07/04/2012 à 00:00

Jean Coutu a l'avantage à court terme sur Shoppers Drug Mart

Publié le 07/04/2012 à 00:00

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Investir lance un rendez-vous afin de présenter les mérites d'investissement de deux titres d'un même secteur. Le face-à-face vise à établir lequel des deux titres est le plus attrayant, grâce à une analyse des caractéristiques financières les plus pertinentes. Cette semaine, le duel oppose Groupe Jean Coutu et Shoppers Drug Mart, deux titres qui ont récemment atteint des sommets annuels.

CRÉATION DE VALEUR : JEAN COUTU ENCORE EN MODE RATTRAPAGE

Le duel s'annonce chaud, car les deux pharmaciens présentent des paramètres financiers similaires à plusieurs égards, ce qui complique la tâche de départager le potentiel des deux titres, constate Carl Simard, président de Medici.

Bien que l'action de Jean Coutu ait rebondi de 39 % depuis un an, plusieurs financiers donnent l'avantage à la chaîne québécoise (Tor., PJC.A, 14,17 $) à court terme, parce qu'elle redistribue une part croissante de son capital à ses actionnaires, en augmentant son dividende et en rachetant ses actions.

Comme quoi une société peut donner un rendement financier à ses actionnaires en gérant bien son capital, même si elle reste cantonnée au Québec, explique Alain Chung, gestionnaire chez Claret.

Après la désastreuse aventure des pharmacies américaines Eckerd, Jean Coutu a compris qu'il se ferait des amis en redistribuant ses flux de trésorerie excédentaires à ses actionnaires. Jean Coutu leur aura remis presque 190 millions de dollars (M$) au cours de l'exercice 2012 qui a pris fin le 29 février, estime Perry Caicco, analyste chez Marchés mondiaux CIBC.

«Le rendement que Jean Coutu réalise sur son capital en excédant du coût en capital, soit la valeur économique ajoutée, est passé de - 17,5 % en 2008 à 2,7 % en 2011. Ils ont encore du travail à faire pour remonter la pente», dit Stephen Gauthier, chef des investissements chez FIN-XO Valeurs mobilières.

La dévaluation de son placement dans la chaîne américaine Rite-Aid, qui a acheté ses pharmacies Eckerd et Brooks, a fait fondre son avoir des actionnaires de 1,2 milliard de dollars (G$) en 2004 à un plancher de 455 M$, en février 2009. L'affaissement de cet avoir explique d'ailleurs pourquoi Jean Coutu affiche aujourd'hui un rendement de l'avoir des actionnaires (35 %) deux fois plus élevé que celui de sa rivale Shoppers.

Le nouveau comportement de Jean Coutu en fait un titre plus intéressant que celui de Shoppers à court terme pour les investisseurs prêts à miser sur un rattrapage de sa valeur économique ajoutée, précise M. Gauthier.

Jean Coutu a une autre carte potentielle dans son jeu. De nouvelles rumeurs veulent que Rite-Aid, dont Jean Coutu détient encore 233 M$ ou 26 % d'actions, finisse par être vendue. Ce placement n'ayant plus de valeur dans les livres de Jean Coutu, le capital frais (380 M$ au cours actuel de Ride-Aid) que Jean Coutu récolterait à l'issue d'une vente potentielle pourrait servir à un rachat plus important d'actions, explique Marie-Ève Savard, gestionnaire de portefeuille chez Investissements Standard Life.

Cette spéculation est d'ailleurs derrière la hausse de 11 % de l'action de Jean Coutu depuis le début de l'année, par rapport à un gain de 6,3 % pour le titre de Shoppers.

«Le capital croissant que Jean Coutu retourne à ses actionnaires explique l'importante revalorisation du titre de Jean Coutu depuis deux ans. Son cours lui vaut désormais une évaluation supérieure à sa grande rivale Shoppers», dit Derek Dley, de Canaccord Genuity.

Le titre de Jean Coutu n'est pas aussi chèrement évalué qu'il n'y semble à première vue si l'entreprise dirigée par François Jean Coutu continue sur sa lancée, en ce qui a trait aux dividendes et aux rachats d'actions, fait valoir M. Gauthier.

Au cours des trois premiers trimestres de son exercice 2012 (période achevée le 30 novembre 2011), Jean Coutu a racheté 4,5 % de ses actions. Le pharmacien annoncera en mai la taille de son prochain rachat d'actions.

Jean Coutu devrait retourner 10 % plus de capital à ses actionnaires en 2012-2013 qu'elle ne l'a fait cette année, estime Irene Nattel, de RBC Marchés des Capitaux. L'analyste mise en effet sur un rachat d'actions de 139 M$ et un versement de dividendes de 57 M$. Ensemble, ces mesures de 196 M$ équivalent à 6 % de sa valeur boursière.

RÉFORME DES GÉNÉRIQUES : PRO-DOC FAVORISE JEAN COUTU POUR CONTRER LA RÉFORME

Les financiers estiment aussi que Jean Coutu sera moins touchée que Shoppers par la réforme du prix des médicaments génériques.

Cette dernière exploite les trois quarts de ses pharmacies dans des provinces où la teneur des réformes nuit davantage aux marges, dit Derek Dley, de Canaccord Genuity.

Jean Coutu possède notamment le fabricant de génériques Pro-Doc, qui lui procure 18 % de son bénéfice d'exploitation. La contribution de Pro-Doc aux résultats de Jean Coutu a fait passer sa marge de bénéfices avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA) de 9 à 11 % depuis deux ans, explique Marie-Ève Savard, d'Investissements Standard Life.

«De plus, la réforme québécoise du prix des génériques et les indemnités professionnelles versées aux pharmaciens au Québec sont déjà bien définies et permettent à Jean Coutu de s'y adapter. Shoppers bénéficie de moins de clarté dans les autres provinces», croit Mme Savard. L'Alberta et la Colombie-Britannique veulent imiter la réforme ontarienne et réduire davantage le prix des génériques.

Shoppers compte la moitié de ses pharmacies en Ontario, où le gouvernement l'empêche pour l'instant de vendre ses génériques de marque maison Sanis dans ses propres pharmacies, comme elle le fait dans d'autres provinces. Dans les huit autres provinces, les médicaments Sanis représentent 49 % de ses revenus de médicaments génériques. Shoppers souhaite que Sanis représente 75 % de ses revenus de génériques d'ici la fin de 2013.

Pro-Doc permet à Jean Coutu de profiter de la proportion croissante qu'occupent les génériques dans les ventes. Ces médicaments représentent déjà 57 % des prescriptions du réseau de ses 389 établissements franchisés.

Cette filiale lui permet aussi de récupérer une partie des bénéfices qu'elle perd lorsque les clients choisissent les versions génériques de médicaments d'origine, puisque ce sont ses franchisés qui bénéficient des marges plus élevées qu'offrent les génériques par rapport aux médicaments d'origine.

«Pro-Doc a aussi pu négocier de meilleurs prix sur les molécules des médicaments que lui fournissent les fabricants, ce qui a soutenu ses marges malgré la baisse imposée du prix des génériques», indique Peter Sklar, analyste chez BMO Marchés des capitaux.

Grâce à Pro-Doc notamment, Jean Coutu devrait voir son bénéfice d'exploitation progresser de 7 à 8 % par année, d'ici 2014. À son avis, il s'agit d'un taux de croissance fort respectable pour une entreprise de consommation essentielle, tributaire de décisions gouvernementales.

«Si j'avais à choisir entre les deux titres, je sélectionnerais Jean Coutu parce que l'apport de Pro Doc lui donne une source de croissance, à un moment où les gouvernements utilisent le prix des génériques pour réduire les dépenses du système de la santé», ajoute M. Dley, de Canaccord Genuity.

FUSIONS ET ACQUISITIONS : SHOPPERS, MIEUX PLACÉE À LONG TERME

À moyen et à long terme, Shoppers Drug Mart reprend l'avantage aux yeux des financiers, en raison de la capacité d'acquérir des pharmacies indépendantes que lui procure sa portée nationale et la force de sa marque.

Sur papier, environ 2 300 pharmacies indépendantes au pays sont des cibles potentielles d'acquisition ou d'affiliation, puisque la baisse du prix des médicaments génériques et l'élimination des ristournes des fabricants de médicaments les affaibliront, explique Perry Caicco, de Marchés mondiaux CIBC.

Certains analystes voient Shoppers s'activer dès la deuxième moitié de 2012, maintenant que le nouveau président Domenic Pilla est bien en selle. D'ailleurs, cet ex-président de McKesson Canada, le principal grossiste en médicaments du pays, profitera de l'assemblée annuelle du 10 mai pour dévoiler sa stratégie et ses priorités.

«Son équipe d'acquisitions est déjà sur le terrain dans plusieurs provinces. Ce type de négociations prend du temps, mais on pourrait voir des transactions, dès le deuxième semestre de 2012. Son bilan, son infrastructure, son pouvoir d'achat et sa notoriété lui donnent des moyens inégalés de mener la consolidation de son industrie», note Patricia Baker, analyste chez Banque Scotia.

Les pharmacies actuelles de Shoppers peuvent facilement ajouter 30 % à leur volume d'ordonnances sans investir davantage dans leurs coûts fixes. «Cela fait en sorte que l'achat de dossiers d'ordonnance serait très rentable pour nous», a déclaré Domenic Pilla, le président du propriétaire de l'enseigne Pharmaprix, lors d'une conférence organisée par CIBC.

Keith Howlett, analyste de Valeurs mobilières Desjardins, croit au contraire que la consolidation prévue des pharmaciens sera lente, car les indépendants tiennent justement à leur statut et sont réticents à se joindre à un grand groupe.

M. Caicco estime même que Shoppers devrait envisager de créer un réseau parallèle de pharmacies «affiliées», doté de moins de contraintes, pour convaincre les pharmaciens indépendants d'arborer sa marque.

En attendant, Shoppers redistribuera elle aussi son capital excédentaire à ses actionnaires sous forme de dividendes croissants et de rachats d'actions, car elle dépense peu dans l'ouverture de succursales.

En 2012, Shoppers devrait distribuer 500 M$ à ses actionnaires, soit 6 % de sa valeur boursière, estime Irene Nattel, de RBC Marchés des Capitaux. L'an dernier, Shoppers a retourné 427 M$ à ses actionnaires, y compris un dividende de 215 M$ et des rachats d'actions de 275 M$.

De plus, la croissance des bénéfices du pharmacien devrait prendre de l'élan à partir de 2014, une fois que la majeure partie de l'impact de la baisse du prix des médicaments génériques sur ses marges se sera estompé au cours des six prochains trimestres, prévoit M. Caicco, de Marchés mondiaux CIBC.

Pour sa part, Brendan Snow, gestionnaire du fonds Catégorie de société d'actions canadiennes Cambridge, pense que Shoppers pourrait réserver des surprises, tellement les attentes envers la société sont modestes.

«La croissance annuelle des bénéfices de Shoppers a probablement atteint un plancher au deuxième trimestre de 2011 et devrait regagner 10 % d'ici la fin de 2013. Si c'est le cas, le multiple d'évaluation de Shoppers passera de 13 à 15 fois les bénéfices», fait valoir Mme Nattel, de RBC.

À moyen et à long terme, Stephen Gauthier préfère aussi les rendements plus réguliers et la valeur économique ajoutée plus constante de Shoppers. Pour les cinq ans terminés en 2011, le rendement que Shoppers réalise en excès de son coût en capital a évolué de 4,3 % à 5,5 %, précise-t-il.

À long terme, Shoppers et Jean Coutu sont des cibles potentielles pour des acquéreurs qui voudraient s'installer au Canada, tels que Walgreens ou CVS. Toutefois, aucun analyste n'ose s'avancer sur cette possibilité.

«Récemment, Jean Coutu a surtout profité de la spéculation autour de la vente de Rite-Aid, qui lui donnerait du capital frais à redistribuer à ses actionnaires.» - Alain Chung, gestionnaire chez Claret

11 %

La contribution de Pro-Doc aux résultats de Jean Coutu a fait passer sa marge de bénéfices avant intérêts, impôts et amortissement de 9 à 11 % depuis deux ans, explique Marie-Ève Savard, portefeuilliste chez Investissements Standard Life.

DES OPPOSANTS AUX CARACTÉRISTIQUES SIMILAIRES...

Ratio cours/bénéfice 2012

13,9 x Jean Coutu

14,7 x Shoppers

Rendement du dividende

1,7 % Jean Coutu

2,4 % Shoppers

Croissance du dividende depuis 5 ans

14,8 % Jean Coutu

15,8 % Shoppers

Croissance prévue des bénéfices à long terme

+ 6 % Jean Coutu

+ 5 % Shoppers

Valeur boursière que les deux entreprises devraient retourner sous forme de dividendes et rachats

6 % Jean Coutu

6 % Shoppers

1 000 dollars investi il y a deux ans vaut

1 494 $ Jean Coutu

1 065 $ Shoppers

1 273 $ TSX consomm. de base

Sources : Bloomberg, LesAffaires.com et rapports d'analystes

dominique.beauchamp@tc.tc

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