"Je ne comprends pas l'opposition de Montréal à la cuisine de rue" - Gérard Beaudet, professeur titulaire à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal

Publié le 03/09/2011 à 00:00

"Je ne comprends pas l'opposition de Montréal à la cuisine de rue" - Gérard Beaudet, professeur titulaire à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal

Publié le 03/09/2011 à 00:00

Partout en Amérique du Nord, les comptoirs et les kiosques ambulants foisonnent. Il y a plus de 5 000 casse-croûte itinérants à New York seulement. Boston et Vancouver viennent de s'y mettre et encouragent les initiatives locales. Au Québec, ce concept a été interdit à la fin des années 1940 pour des raisons d'insalubrité. Est-ce encore tenable en 2011 ?

Non, car la question de l'insalubrité n'est plus à l'ordre du jour, en ce sens que les nouveaux kiosques que l'on voit émerger en Amérique de Nord sont réglementés et offrent de la nourriture de qualité. C'est réellement un plus pour une ville et je ne comprends pas comment Montréal, qui se targue d'être une ville de design et de gastronomie, peut continuer de s'y opposer.

Les restaurateurs aussi s'opposent farouchement à la cuisine de rue. Ils affirment qu'elle constitue une concurrence déloyale. Ont-ils raison ?

Oui et non. J'ai de grandes réserves sur l'attitude de gens qui disent oui à une économie de marché, mais qui s'opposent à de nouvelles formes de concurrence. Il y a pourtant des choses qui sont bien plus dommageables aux restaurateurs ; je pense aux services à l'auto, par exemple. D'autant plus qu'il y a façon de développer l'offre de manière structurée pour ne pas leur nuire. Je sais que les élus montréalais, et probablement ceux d'autres villes du Québec, ont de tout temps été très sensibles aux pressions des petits commerçants. Mais cette opposition tient difficilement la route, compte tenu des avantages collectifs que l'on peut tirer de la cuisine de rue.

Quels sont ces avantages ?

La cuisine de rue participe à l'animation d'une ville, à la convivialité, à la fréquentation de ses quartiers. En augmentant l'achalandage des lieux, c'est profitable pour tous. Ça apporte un dynamisme économique et ça fait partie intégrante de la culture urbaine. La cuisine de rue répond à un besoin de manger sur le pouce, tant des travailleurs que des touristes. Un touriste va prendre un lunch rapide tout en sachant qu'il a réservé une bonne table pour le repas du soir. C'est une pratique très répandue. Et s'alimenter est aussi devenue une expérience en soi, au même titre qu'une visite culturelle ou une activité de loisir. Les nouveaux kiosques ambulants sont très design et leur cuisine est innovante et authentique. On l'autorise seulement dans le cadre des festivals. Pourquoi pas toute l'année ?

CV

NOM : Gérard Beaudet

ÂGE : 57 ans

FONCTION : Professeur titulaire à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal. Cet urbaniste, directeur de l'Observatoire de la mobilité durable, participe, à titre de conférencier ou de panéliste, à de nombreux débats sur la vie urbaine, dont celui de l'alimentation de rue.

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