Investissement responsable 101

Publié le 05/12/2009 à 00:00

Investissement responsable 101

Publié le 05/12/2009 à 00:00

De plus en plus d'épargnants se reconnaissent dans l'investissement socialement responsable. Car ils veulent que leur argent contribue à façonner le monde. En mieux.

1 L'investissement responsable, c'est quoi ?

" L'investissement socialement responsable (ISR), c'est le fait d'intégrer dans ses choix de placement des critères sociaux, environnementaux et de gouvernance, dit Hélène Gagné, directrice principale, commercialisation, gestion du patrimoine, au Mouvement Desjardins. Il y a donc une double analyse de l'entreprise : financière et non financière. "

Comme les facteurs sociaux, environnementaux, d'éthique et de gouvernance peuvent améliorer la performance financière de l'entreprise, cela veut aussi dire que l'investisseur fait une meilleure évaluation du risque. " On a vu par le passé, des entreprises polluantes se voir forcées de décontaminer un site et des dirigeants d'entreprise véreux ont été jetés en prison, au grand dam des actionnaires ", rappelle Grace Dimio, directrice de l'investissement responsable chez Natcan.

2 Comment les fonds ISR évaluent-ils les entreprises?

Ce qui est parfois compliqué avec l'investissement socialement responsable, c'est que chaque société de fonds fixe ses propres critères. Alors qu'une famille de fonds peut exclure certains secteurs (armement, jeu de hasard, etc.), une autre peut investir essentiellement dans les entreprises qui se démarquent de leurs pairs par leurs pratiques environnementales.

" En fait, l'ISR utilise trois méthodes principales qui peuvent coexister, dit Laurence Loubieres, analyste associée chez Jantzi Sustainanalytics. La première repose sur la nature des activités et consiste à exclure ou à inclure certaines industries. " Ainsi, on peut bannir le tabac ou investir surtout dans les énergies renouvelables. Les investissements sont filtrés de manière à refléter certaines valeurs.

" La deuxième méthode réside dans l'évaluation du comportement social, environnemental et de gouvernance des entreprises au sein de leur secteur d'activité et consiste à choisir les meilleures entreprises selon ces critères ", continue Mme Loubieres. C'est l'approche " meilleur de la classe ", qui a pour objectif d'encourager les entreprises à améliorer leurs pratiques.

La dernière méthode consiste à dialoguer avec les entreprises dans lesquelles les fonds investissent pour les faire changer sur des sujets sensibles. Les gestionnaires peuvent intervenir de diverses façons : droit de vote, discussions avec les dirigeants et propositions d'actionnaires.

Chose certaine, la sélection de sociétés socialement responsables est loin d'être une science exacte. Il est clair qu'une entreprise qui ne fabrique que des armes de guerre ou des mines antipersonnel n'en fait pas partie. Mais la réalité est souvent plus complexe. En effet, que faut-il faire d'une entreprise qui vend une toute petite partie de sa production à une autre qui, à son tour, en utilise une petite partie pour fabriquer des armes, mais qui, pour le reste, répond parfaitement aux critères de ce qu'est une entreprise durable ? Cette question est souvent difficile à trancher...

3 Qu'est-ce qui différencie les fonds durables des fonds éthiques ?

" Les fonds éthiques sont tout simplement les ancêtres des fonds durables, dit Mme Dimio. Des communautés religieuses désireuses d'investir en fonction de leurs valeurs ont lancé ce mouvement. Certaines voulaient se tenir loin des industries des alcools, du tabac et de la pornographie. " D'autres ne voulaient absolument pas tirer profit de la guerre ou de l'esclavage...

L'investissement éthique exclut donc systématiquement certains secteurs d'activité de l'univers du placement. " Une particularité de cette approche est qu'elle met moins l'accent sur le rendement, note Milla Craig, présidente de Millani, une boîte de consultants en investissement durable. Car la préoccupation première de l'investisseur, c'est la vocation de son argent. "

4 Quel a été l'impact de la récession sur ces fonds ?

Plusieurs se sont demandé si la crise n'allait pas faire disparaître l'ISR, du fait de la raréfaction des liquidités sur les marchés. Mais en réalité, elle a eu pour effet de renforcer les questionnements sur les comportements des entreprises et sur la responsabilité des investisseurs.

" La crise financière, par exemple, nous a fait découvrir que des activités au sein d'entreprises étaient mal supervisées, remarque Grace Dimio. Résultat, les investisseurs sont maintenant plus soucieux de la bonne gouvernance. "

D'autre part, les changements climatiques sont de plus en plus perceptibles. Inquiets, un nombre croissant d'investisseurs veulent agir... C'est pourquoi, loin d'être découragés, 71 % des Québécois se disaient intéressés par le concept de l'investissement socialement responsable à la fin de 2008, selon un sondage SOM réalisé pour le compte du Mouvement Desjardins. Jusqu'à 59 % des répondants songeaient à y investir une partie de leurs épargnes.

À la fin juin 2008, les actifs totaux des fonds d'ISR destinés aux particuliers, incluant les fonds communs, les fonds de capital de risque et les fiducies de revenu, s'élevaient à 22,19 milliards de dollars, ce qui représente une augmentation de 22 % par rapport à 2006, selon l'Association Investissement Responsable. Et de nouveaux produits ont été lancés par Fonds Desjardins, Fonds d'investissement BMO, HSBC, etc.

5 Quels rendements affichent les fonds ISR comparativement aux fonds réguliers ?

Un préjugé tenace veut que les fonds ISR performent moins bien que ceux traditionnels. " En réalité, les fonds durables sont gérés avec le même sérieux que les fonds traditionnels, dit Mme Loubieres. Ils présentent les mêmes critères de risque et de rendement, et ont des rendements comparables. "

En effet, toutes les études tendent à démontrer qu'à terme, l'investisseur n'a pas besoin de sacrifier du rendement pour investir de façon socialement responsable. À preuve, le Jantzi Social Index, un indice canadien conçu selon les critères ISR, affichait en octobre dernier un rendement annuel moyen de 4,99 % depuis sa création - le 1er janvier 2000 -, par rapport à 4,86 % pour l'indice S&P TSX et à 4,87 % pour le S&P TSX 60.

À court terme, cependant, les fonds ISR peuvent afficher des performances différentes de celles des fonds traditionnels. La raison : les entreprises durables sont plus nombreuses dans certains secteurs (financier, biens de consommation) et dans certains pays (Royaume-Uni, France, Pays-Bas). De plus, les investissements se font presque exclusivement dans de grandes entreprises, rarement dans des petites. Tout cela engendre une différence de rendement à court terme, mais elle s'efface à plus long terme.

" Ceci dit, la performance des fonds ISR dépend aussi du talent du gestionnaire de portefeuille, note Mme Craig. Il existe de bons et de moins bons fonds ISR, mais en moyenne, leurs prestations sont satisfaisantes. "

Fonds Desjardins Environnement illustre bien à quoi peut ressembler un bon fonds. Lors des prestigieux Lipper Fund Award 2009 et 2008, ce fonds a obtenu le premier prix dans la catégorie des fonds d'actions canadiennes pour son rendement sur cinq et trois ans, respectivement. Le gestionnaire, qui utilise l'approche " meilleur de la classe ", a réussi cet exploit même si le nucléaire, le tabac et l'armement sont bannis de son portefeuille.

Mais dans cette analyse, il ne faut pas oublier que les fonds ISR produisent en plus une performance non financière, qui se traduit par une amélioration de la qualité de vie. Malheureusement, cette performance est non mesurable. Mais, dans la réalité de tous les jours, on voit les comportements changer.

" Les fonds durables sont des agents de changement sociaux, ils contribuent à l'évolution de la société ", résume Hélène Gagné.

6 Quels fonds ISR ont la cote ?

" Aujourd'hui, les fonds thématiques qui ont la cote sont les fonds environnementaux et les fonds sociaux, mais les premiers sont nettement plus populaires ", dit Olivier Gamache, pdg du Groupe Investissement Responsable.

L'environnement est en effet un thème porteur en ce moment. À preuve, 92 % des Québécois se disent inquiets de la qualité de l'air, alors que 90 % se soucient de la préservation de la nature et des forêts, révèle le sondage SOM. L'eau, les émissions de GES, les déchets toxiques et le réchauffement de la planète sont aussi au coeur des préoccupations des Québécois.

Par ailleurs, une deuxième tendance nouvelle est apparue ces dernières années : les solutions clés en mains - fonds équilibrés, portefeuille modèle, fonds cycle de vie. Quelques sociétés de fonds proposent maintenant ce genre de produits.

7 Quels sont les acteurs importants ?

On peut diviser les acteurs ISR en trois catégories : les entreprises nichées, les banques et les sociétés de gestion.

Fonds Éthiques, Inhance Funds et Fonds Meritas sont des exemples d'entreprises nichées, qui se spécialisent dans les placements socialement responsables.

Quant aux banques, elles sont presque toutes présentes dans ce marché. Les coopératives de crédit font néanmoins figure de pionnières, l'investissement socialement responsable étant très proche de leurs valeurs. L'arrivée des banques dans ce créneau est plus récente. C'est la demande des clients qui les a poussées sur cette voie. En effet, 64 % des Québécois pensent que les institutions financières ont le devoir d'offrir des fonds ISR, selon le sondage SOM.

Du côté des sociétés de gestion traditionnelles, le mouvement est loin d'être généralisé. Groupe Investors, Mackenzie et Criterion sont quelques-unes des rares sociétés entrées dans l'arène. On y trouve aussi certains distributeurs de fonds indiciels négociés en Bourse.

8 Comment investir dans les fonds durables ?

Le problème principal des fonds durables, c'est que pour y investir, il faut surmonter une série d'embûches.

D'abord, comme chaque société de fonds a ses propres critères d'investissement, il est très difficile de comparer les fonds. " Il faut s'éduquer pour comprendre ce qui les différencie, dit Grace Dimio. Pour cela, il faut prendre le temps de lire les prospectus. Il faut déterminer quels sont les fonds dont les critères correspondent à nos valeurs et les comparer les uns aux autres. "

Ensuite, il faut se comporter comme un investisseur, c'est-à-dire qu'il faut établir son profil, sélectionner les meilleurs produits et bien diversifier son portefeuille.

Enfin, rares sont les conseillers financiers qui connaissent bien ces fonds. " Par conséquent, les conseillers ne proposent guère ces produits, dit Milla Craig. L'investisseur doit souvent en faire la demande et insister. "

L'Association Investissement Responsable cherche toutefois à aplanir ces difficultés, qui découragent les investisseurs. Son site web (www.socialinvestment.ca) propose des outils qui facilitent la sélection des fonds.

9 Quel avenir pour ces fonds ?

" Je crois que nous observerons une progression, dit Mme Craig. Les gens sont de plus en plus sensibles à ces questions et intéressés par ces outils de placement. "

On voit en effet les comportements changer. Par exemple, de nombreux investisseurs institutionnels ont adopté ces principes. De plus, le CFA Institute conseille maintenant à ses membres, des analystes financiers, de tenir compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans leurs choix d'investissement. Ces signes sont très encourageants.

" Avec le temps, ces produits seront mieux intégrés aux autres produits de placement, prédit Mme Dimio. Les fonds durables et les fonds traditionnels seront sur un pied d'égalité. Le durcissement des exigences de la réglementation semble vraiment aller dans ce sens. "

10 Y a-t-il un profil-type ?

L'investisseur intéressé à l'ISR est dans la plupart des cas, de sexe féminin, scolarisé, très intéressé par ce sujet et son âge moyen est de 42 ans. Il est à l'aise (actif de 90 708 $ et revenu de 46 997 $) et détient déjà des fonds communs de placement.

Il s'intéresse de près à l'impact social et environnemental des placements, à la transparence des gestes posés par le fonds et à la contribution à l'évolution des pratiques de l'entreprise.

dossiers@transcontinental.ca

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