«Il faut revoir la facturation des services en pharmacie» - Normand Cadieux, vice-président exécutif et directeur général de l'AQPP

Publié le 21/04/2012 à 00:00

«Il faut revoir la facturation des services en pharmacie» - Normand Cadieux, vice-président exécutif et directeur général de l'AQPP

Publié le 21/04/2012 à 00:00

Pourquoi sentez-vous le besoin d'organiser un premier colloque sur l'économie de la pharmacie, qui cible les assureurs et les employeurs ?

Il y a un manque de compréhension de ce qu'est la pharmacie. Les gens ont l'impression qu'ils y achètent un produit, alors que c'est beaucoup plus que ça. Les pharmaciens sont de plus en plus sollicités pour donner des services et des conseils à cause des problèmes d'accessibilité dans le réseau de la santé, et la loi 41 prévoit l'expansion de leur rôle. Nos membres vont devoir commencer à facturer ces services séparément, même si ça les rend mal à l'aise. Les Québécois sont habitués à avoir un accès gratuit au système de santé, sauf que les pharmacies sont des entreprises privées. Elles n'appartiennent pas à l'État et doivent dégager des marges bénéficiaires, selon le modèle du commerce de détail.

Ce sont les patients qui paieront au final, non ?

C'est clair, mais il n'y a pas de solution de rechange. Jusqu'à maintenant, les pharmaciens incluaient la valeur des services dans le prix des médicaments. C'est ce qui explique les écarts de prix entre le régime privé et le régime public, puisque la RAMQ paie plusieurs services séparément. On ne peut pas faire ça indéfiniment. À un moment donné, l'écart deviendra trop grand. Les gens vont protester, surtout que les assureurs plafonnent de plus en plus les remboursements. À mesure que le nombre de services rendus par le pharmacien augmentera, il faudra facturer séparément. On ne peut pas payer un pharmacien 60 $ ou 65 $ de l'heure afin qu'il voie quatre patients par heure pour des renouvellements d'ordonnance ou des suivis d'hypertension ou de diabète et ne pas facturer ça. En plus, le salaire des pharmaciens employés a grimpé de 25 % depuis cinq ans et celui des pharmaciens «dépanneurs», qui comblent des besoins temporaires, de 38 %.

Comment, justement, peut-on régler cette pénurie de main-d'oeuvre ? Devrait-on ouvrir une nouvelle faculté de pharmacie ?

Ça aiderait, parce que 400 finissants par année, c'est insuffisant pour répondre à l'augmentation de la demande. Un élément non négligeable, en revanche, c'est la formation de techniciens. Il n'y a pas de formation au cégep, et le dossier progresse à une lenteur désolante. Des techniciens bien formés pourraient libérer le pharmacien de certaines tâches, en particulier sur le plan opérationnel. Mais nous n'avons pas au Québec de tels techniciens. Il y a des assistants techniques, mais ils n'ont qu'une formation de niveau secondaire. Quant à l'accueil de pharmaciens étrangers, ça a réglé le problème dans le reste du Canada, mais le résultat est plus limité ici en raison de la barrière linguistique.

CV

Nom : Normand Cadieux

Titre : Vice-président exécutif et directeur général de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires

Fondée en 1970, l'AQPP représente les 1 863 pharmaciens propriétaires des 1 760 pharmacies du Québec. La loi ne permet pas qu'un professionnel autre qu'un pharmacien détienne une pharmacie au Québec. Dans d'autres provinces, dont l'Ontario, les pharmacies peuvent appartenir à de grandes chaînes. Le congrès de l'AQPP s'est tenu le 17 avril.

78 %

«Le public a une image très commerciale de la pharmacie. Or, selon des données de L'actualité pharmaceutique, 78 % des revenus proviennent de la pharmacie. La "devanture" ne génère donc qu'un peu plus de 20 % des revenus», dit Normand Cadieux.

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