Finie la récréation, place à la lucidité

Publié le 10/10/2009 à 00:00

Finie la récréation, place à la lucidité

Publié le 10/10/2009 à 00:00

Par Jean-Paul Gagné

Les Québécois bénéficient des services publics les plus généreux en Amérique du Nord. Notre gouvernement est aussi le plus endetté du pays, et notre fardeau fiscal est un des plus élevés.

Un tel déséquilibre est intenable. La situation est d'autant plus critique que la population québécoise vieillit et que le bassin de main-d'oeuvre commencera à décliner dans cinq ans. Ces deux phénomènes placeront les finances publiques du Québec dans un état encore plus précaire, puisque le vieillissement accroîtra les coûts de santé et de services sociaux et que la réduction de la main-d'oeuvre ralentira la croissance du produit intérieur brut. D'où le risque que l'État soit plongé dans une longue période de déficits structurels.

La conjoncture n'arrange rien. La récession a forcé la suspension de la loi sur le déficit zéro. Le budget de mars dernier prévoyait un déficit de 3,9 milliards de dollars (G$) pour 2009-2010 et de 11,6 G$ sur quatre ans. On sait déjà que ces chiffres sont trop optimistes. Ces déficits seront payées avec des emprunts, qui s'ajouteront à ceux contractés pour le remplacement accéléré des infrastructures.

La dette publique risque d'augmenter de 5 à 6 G$ par année, plutôt que de 3 G$. Qui la remboursera ? Les travailleurs actuels, les retraités aisés, mais surtout nos enfants et petits-enfants, à qui nous laisserons en héritage une montagne de dettes. Ce sera le résultat de l'imprévoyance des gouvernements (le gel des droits de scolarité, l'arnaque des surplus de la Société de l'assurance automobile du Québec, etc.), des vaches sacrées que nous préservons (les garderies à 7 $), des illusions que nous entretenons (ça ne coûte rien quand c'est l'État qui paie) et de notre irresponsabilité (faire payer nos dépenses d'épicerie par les prochaines générations).

Point besoin d'ajouter d'autres incohérences pour montrer à quel point il est pressant que le gouvernement redresse ses finances.

Poussé par son aile jeunesse, le conseil général du Parti libéral du Québec a proposé récemment un ensemble de mesures à cette fin, mais il est clair que l'administration Charest ne voudra pas trop brasser la cage.

Pourtant, le gouvernement ne doit pas rester indifférent devant la détérioration de la situation financière du Québec et de certains organismes publics.

Parmi les décisions incontournables, il y a d'abord la révision des cotisations et des tarifs de plusieurs entités dont les finances ont été affaiblies par les mauvais rendements de la Caisse de dépôt et placement ou d'autres facteurs : le Régime de rentes du Québec, la SAAQ, la CSST, la Financière agricole, etc.

Québec doit aussi respecter les engagements inscrits dans son dernier budget, dont la hausse de la taxe de vente de 7,5 à 8,5 %, qui lui rapportera 1,2 G$ par année. Cette hausse était prévue pour janvier 2011, mais si la situation budgétaire continue de se détériorer, elle pourrait entrer en vigueur dès mars prochain, au lendemain du prochain budget. La taxe de vente est préférable à l'impôt sur le revenu, qui décourage le travail et l'investissement.

Enfin, Québec doit augmenter les tarifs d'électricité, qui avantagent les consommateurs les plus aisés aux dépens de l'ensemble des Québécois, à qui appartient cette ressource. Une hausse des tarifs d'électricité aiderait le gouvernement à financer nos généreux programmes sociaux, en plus d'encourager l'économie d'énergie et de contribuer à la réduction des gaz à effet de serre (GES). Ce serait cohérent avec la cible de réduction des GES (encore à déterminer) que la ministre du Développement durable, Line Beauchamp, a promis de présenter à la conférence de Copenhague en décembre.

Hydro-Québec pourrait ajouter un troisième palier à sa grille tarifaire domestique pour inciter à réduire la consommation d'énergie, tout en protégeant les petits consommateurs.

Le moment est venu de dégeler le bloc patrimonial de 165 térawattheures, dont le prix de 2,79 cents a été fixé par Québec en 2000, et qui échappe à la Régie de l'énergie. Cela nécessitera une consultation publique, car c'est le gouvernement qui devra décider d'accroître le prix de ce bloc d'énergie et d'établir la formule d'indexation pour les prochaines années.

Québec n'a plus le choix de prendre ce virage, aussi difficile soit-il.

J'AIME

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) s'apprête à facturer 250 $ aux élèves qui déclenchent une fausse alarme d'incendie. Les nouveaux tarifs du Service de sécurité incendie de Montréal prévoient des frais pouvant atteindre 2 700 $ par appel pour une fausse alarme. Rappelons que des élèves malveillants de la CSDM ont déclenché 147 fausses alarmes dans 35 écoles l'année dernière.

JE N'AIME PAS

Attractions Hippiques, la société privée qui exploite les hippodromes québécois et leurs salons de jeu, demande d'être exemptée de verser 33 millions de dollars (M$) en bourses impayées aux hommes de chevaux en 2008 et 2009 et 17 M$ de pénalités prévues au contrat qui la lie au gouvernement. Québec doit refuser, car cette industrie non viable a déjà reçu des centaines de millions de dollars des contribuables.

jean-paul.gagne@transcontinental.ca

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