Difficile naissance d'un tapis écolo

Publié le 26/09/2009 à 00:00

Difficile naissance d'un tapis écolo

Publié le 26/09/2009 à 00:00

Marc-André Déom peut en témoigner : la conception d'un produit écologique n'est pas toujours un long fleuve tranquille.

C'est lui qui a supervisé le développement du premier tapis écologique du Canada, un fait d'armes que revendique Korhani qui est spécialisée dans la fabrication de carpettes décoratives. L'aventure de l'écoconception s'est avérée fertile en rebondissements, confirme le vice-président, ventes et production, de cette entreprise de Sorel.

Tout a commencé il y a trois ans, alors qu'il suivait avec des collègues une formation donnée par les Enviro-Clubs, dont la mission est de sensibiliser les entreprises au développement durable. À la suite des ateliers, l'entreprise s'est d'abord attaquée à l'économie d'énergie, puis, de fil en aguille, Marc-André Déom a commencé à s'intéresser à l'écoconception. " Nous avons eu l'idée de produire un tapis écologique dont les éléments seraient faits de matières renouvelables ", explique-t-il.

Pour la base du tapis - appelée carrelage -, il n'y avait aucun changement à apporter, puisque l'entreprise utilisait de la jute. Pour les poils, elle a décidé de remplacer le polypropylène, un produit synthétique, par un produit naturel, de la laine. La matière a cependant pour inconvénients d'être chère et de se prêter moins facilement aux transformations esthétiques. Mais l'équipe était prête à tout pour offrir un tapis fabriqué entièrement de matières renouvelables.

Une déception

Une fois le tapis prêt, Korhani se tourne vers l'organisme Terra Choice pour sa certification écologique, mais les choses ne sont pas si simples. " Nous étions très loin du compte ! dit M. Déom. Les gens de Terra Choice nous ont expliqué que l'utilisation de matières renouvelables n'était que l'un des nombreux critères à respecter pour s'afficher écologique. Nous avions l'impression d'avoir travaillé six mois pour rien, et nous étions plutôt découragés... "

Pour ne pas tout perdre, l'entreprise décide de mettre le produit sur le marché, sous un label maison vantant ses qualités vertes. Autre déception : le tapis n'a pas le succès attendu. " Il était moins beau et plus cher que nos autres produits ! Les consommateurs sont intéressés à acheter des produits écologiques, mais pas à n'importe quel prix ", dit-il.

Retour à la planche à dessin

L'entreprise ne perd pas de temps. À l'usine de Sorel, c'est un retour à la planche à dessin. Cette fois, en connaissant la quarantaine de critères de Terra Choice à respecter. Korhani est encouragée par le fait que seuls 40 % des intrants d'un produit doivent provenir de matières renouvelables pour qu'il soit certifié écologique. On se tourne à nouveau vers le polypropylène, ce qui permet de rabaisser les frais de production à des niveaux plus acceptables et d'améliorer l'apparence des carpettes.

L'équipe travaille aussi sur le type de latex - la colle - utilisé. Celui de Kohrani, comme c'est la norme dans l'industrie, est fabriqué à partir de produits chimiques nocifs, ce qui contrevient à l'un des critères sur les intrants de la production. De plus, celui-ci empêche de recycler le produit, un autre critère à remplir. Après plusieurs mois de recherches, l'entreprise réussit à dénicher un latex naturel qui correspondait à ses critères. Mais impossible d'en savoir plus à ce sujet.

Finalement, après 18 mois d'efforts, on parvient enfin à mettre au point un tapis à la fois écologique, économique et esthétique. De plus, le tapis peut désormais être recyclé, notamment comme isolant dans les voitures. Finalement, l'entreprise obtient l'accréditation de Terra Choice

Une leçon

Le produit est sur les rayons depuis le début de 2008. Selon Marc-André Déom, la réaction des clients est excellente, bien qu'il reste discret sur les chiffres de vente. " À cause des frais de développement, dit-il, notre marge bénéficiaire est plus faible sur chaque produit, mais nous compensons grâce à des ventes plus élevées. "

Ce qu'il retire de l'aventure ? " Avant, je voyais l'écologie comme une source de dépenses supplémentaire. Maintenant, je réalise que c'est drôlement rentable ! "

dossiers@transcontinental.ca

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