Cessons de frémir devant les investissements chinois

Publié le 07/04/2012 à 00:00

Cessons de frémir devant les investissements chinois

Publié le 07/04/2012 à 00:00

Par René Vézina

Un peu plus et on se croirait revenu à l'époque de Fu Manchu.

Pour les plus jeunes, le docteur Fu Manchu était l'incarnation du mal dans des romans populaires du siècle dernier, et son image de fourbe a longtemps servi d'archétype au fameux Péril jaune, lui-même nourri d'ignorance et de xénophobie. Le personnage était terrifiant.

Il revit de temps en temps lorsque ressurgissent les vieilles craintes ancestrales. Vous saviez que les Chinois entendent profiter du Plan Nord pour faire main basse sur nos ressources ? Même le dernier Bye Bye nous l'a rappelé sans trop de subtilités, en mettant en scène... Fu Manchu, comme de raison. Qui de pire que l'abominable docteur pour nous faire peur ?

Donald Cuccioletta, lui, n'a pas peur des Chinois. Et il se demande bien pourquoi ces préjugés rebondissent alors qu'on les présente familièrement comme des envahisseurs potentiels aux intentions maléfiques.

On le connaît comme spécialiste des États-Unis, mais le directeur de recherche à la Chaire Raoul-Dandurand, de l'UQAM, s'intéresse à la Chine. Il y est allé à quelques reprises pour participer à des colloques, il connaît l'ambassadeur chinois au Canada et il est curieux de voir comment les relations actuelles sont appelées à se développer.

«Nous voulons nous ouvrir sur le monde, dit-il. Les Chinois font du commerce depuis des milliers d'années. Ils nous font signe. Sommes-nous faibles au point de n'y voir que du danger ?»

Non pas qu'il faille abandonner toute vigilance, au contraire. Lui-même ne s'est pas gêné autrefois pour faire référence aux contentieux liés à la question des droits de la personne en Chine, par exemple, et il sait qu'il ne faudrait pas aller trop vite en affaires.

Mais c'est justement une question d'affaires, et tant mieux si nous y trouvons notre compte. «Nous avons pu conclure un accord de libre-échange avec les États-Unis en excluant des négociations sur l'industrie culturelle, rappelle-t-il. Nous pouvons fort bien délimiter le cadre de nos échanges avec les investisseurs chinois.»

S'apprivoiser mutuellement

Il existe d'ailleurs une thèse qui décrit ce genre d'ouverture face à un partenaire international prometteur qu'on approche néanmoins à petits pas : il s'agit du constructive engagement, ou dialogue constructif, à l'image du dégel des relations sino-canadiennes ou soviético-canadiennes dans les années 1970, sous le gouvernement Trudeau. Pour le Québec, l'occasion serait aujourd'hui idéale de faire évoluer les rapports avec la Chine.

D'autant plus que, du côté chinois, l'intérêt est effectivement en croissance rapide, comme le confirme Louise Morin, vice-présidente aux affaires internationales chez Investissement Québec, présente à Beijing depuis 2007. Dès cette époque, on avait compris le potentiel du secteur minier. Les Chinois ont confirmé leur appétit pour ces ressources, entre autres par la multiplication de leurs visites ici. Celles-ci ont donné naissance à des projets comme ceux de Wisco pour le fer et de Jilin Jien pour le nickel. D'autres suivront.

C'est un cadeau du ciel... pourvu que nous sachions bien le déballer. Louise Morin fait preuve elle aussi de prudence : «Dans la mesure où l'apport de capitaux soutient et accélère la mise en exploitation d'une mine et que cette participation demeure minoritaire, c'est bénéfique, dit-elle. Mais c'est clair qu'il faudra mutuellement s'apprivoiser.»

Malgré le ralentissement observé depuis quelques mois, le boom chinois représente une occasion formidable pour le Québec, qui doit en profiter tout en sachant l'encadrer. Dans certains coins du monde, en Afrique de l'Est par exemple, la présence chinoise est si pesante qu'elle devient source de tensions.

«Mais nous ne sommes pas des enfants d'école, nous ne sommes pas dépourvus de moyens et nous savons nous défendre», souligne Donald Cuccioletta, qui rappelle que les Québécois sont eux-mêmes allés brasser des affaires en Chine, avec de belles réussites au passage. «Je lève entre autres mon chapeau à Paul Desmarais qui a compris l'importance de l'ascension de Deng Xiaoping au début des années 1980 et qui a foncé», rappelle-t-il.

Entre méfiance et naïveté, il doit bien y avoir un juste milieu. Le Québec est remarquablement placé pour alimenter les économies qui ont besoin de ressources. Il suffit de trouver la combinaison gagnante... et de renvoyer Fu Manchu au musée des horreurs dont il n'aurait pas dû sortir.

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Vos réactions

«Que faire ? Privatiser Radio Canada. Le gouvernement n'a plus rien à faire dans les médias. C'était bon dans les années 1950, parce qu'il n'y avait pas de diffuseur, mais aujourd'hui, ce n'est plus le cas avec la multitude de diffuseurs.»

- incubus

«C'est rendu qu'à RDI économie, il y a plus d'entrevues avec des anthropologues, des politicologues, des étudiantologues, des IRISologues qu'avec des financiers ou des économistes [...] Personne ne va vouloir acheter ça, étant donné la convention collective blindée que les employés ont extorquée aux contribuables.»

-jpthoma1

rene.vezina@tc.tc

blogue > www.lesaffaires.com/rene-vezina

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