Assureurs-vie : des occasions parmi des titres financiers boudés

Publié le 22/06/2013 à 00:00, mis à jour le 20/06/2013 à 10:31

Assureurs-vie : des occasions parmi des titres financiers boudés

Publié le 22/06/2013 à 00:00, mis à jour le 20/06/2013 à 10:31

Cinq ans après la crise financière qui a pulvérisé leurs bénéfices, les assureurs-vie sont encore les moutons noirs du secteur financier en Bourse, malgré le rebond de leurs titres depuis 2009. Pourtant, les sociétés ont solidifié leur bilan, renforcé leur capital et réduit l'influence des taux d'intérêt et de la Bourse sur leurs bénéfices. Voici les raisons pour lesquelles certains financiers manifestent un nouvel intérêt pour les assureurs-vie, ainsi que leurs titres préférés.

Le moment est encore propice pour s'intéresser aux titres des assureurs-vie, malgré leur fort rebond en Bourse depuis la crise, affirme Lieh Wang, gestionnaire du Fonds de dividendes Empire vie.

«Ces titres encore impopulaires devraient profiter à la fois d'une réévaluation par les investisseurs et de l'augmentation graduelle de leur valeur comptable à moyen terme», explique M. Wang, qui prévoit un retour des investisseurs vers ces actions boudées.

Les attentes à l'égard de ces sociétés sont encore modestes, en raison des taux d'intérêt anémiques, ce qui leur confère le potentiel de surprendre.

C'est le contraire pour leurs rivales boursières, les banques, qui commencent à ressentir le ralentissement immobilier, à un moment où leurs marges d'intérêt sont encore minces, dit-il.

Les titres des assureurs-vie ont gagné 14 % depuis le début de 2013 (au 11 juin), par rapport à un repli de 1,5 % pour les banques. Les financiers croient que cette tendance se prolongera.

«On peut s'attendre à une croissance annuelle des bénéfices des assureurs-vie de l'ordre de 10 %. C'est de 40 à 50 % de plus que la croissance prévue du bénéfice des banques», note M. Wang.

Les investisseurs ne reconnaissent pas encore pleinement les énormes efforts des assureurs-vie pour réorienter leurs sources de revenus. L'objectif est d'atténuer la volatilité des bénéfices de leurs activités de base.

Financière Sun Life vient de vendre sa division américaine de rentes à capital variable, donne en exemple M. Wang.

«Même si les taux de 10 ans restaient stables, les assureurs-vie feraient croître leurs bénéfices et leur valeur comptable. Une hausse graduelle des taux serait un plus, mais il ne faut pas miser sur ces titres pour cette raison», explique Lieh Wang.

Doug Young, de Valeurs mobilières TD, vient de relever ses cours cibles pour les quatre assureurs-vie canadiens de 1 à 3 $ par action, parce qu'il prévoit une croissance plus sentie de leurs bénéfices grâce à leur transformation et à la hausse naissante des taux d'intérêt.

Leurs bénéfices seront aussi moins imprévisibles qu'auparavant, parce que les sociétés ont diminué la garantie de capital de certains de leurs produits ou carrément abandonné des produits trop tributaires des marchés financiers, dit aussi André-Philippe Hardy, de RBC Marchés des Capitaux. Il se dit également plus à l'aise qu'avant avec le niveau de leur capital. Leur potentiel en Bourse tient surtout au rétablissement du rendement de leur avoir des actionnaires, qui a fondu lors la crise financière, ajoute M. Hardy.

Joanne Smith, de Banque Scotia, prévoit une hausse moyenne de 11 % des bénéfices des assureurs-vie canadiens en 2013, par rapport à 7 % en 2012. Le rendement moyen de l'avoir des actionnaires devrait atteindre 11,9 %, 0,35 % de plus qu'en 2012.

Cet étalon de rentabilité devrait tendre vers 13 % au cours des deux à trois prochaines années, prévoit Lieh Wang.

Autre facteur positif : l'entrée en vigueur de nouvelles normes. Elles réduiront les futures réserves actuarielles que doivent se constituer les assureurs-vie pour tenir compte de l'effet des taux d'intérêt prévus sur les obligations financières de leurs produits d'assurance et d'épargne.

«Cet assouplissement entrera en vigueur en octobre, ce qui pourrait avoir un effet favorable sur les assureurs-vie à long terme. En réduisant davantage l'influence des taux sur les bénéfices des assureurs-vie, l'attention des investisseurs se tournera davantage vers leur rentabilité de base», explique Tom MacKinnon, analyste chez BMO Marchés des capitaux.

Un bémol

Les titres des assureurs-vie ne conviennent pas à tous les investisseurs, parce que la complexité de leur mode de fonctionnement fait en sorte qu'il est difficile d'analyser et de prédire leurs bénéfices, prévient Behrak Shahriari, cogestionnaire des Fonds de revenu d'actions et d'actions américaines de Montrusco Bolton.

«Les dirigeants ont beaucoup de latitude pour gérer leurs bénéfices, d'un trimestre à l'autre. Le calcul du nouveau bénéfice des activités de base, adopté après la crise, varie d'ailleurs d'une société à l'autre», dit-il.

Ce bénéfice exclut les charges qu'entraîne l'effet des taux d'intérêt sur les hypothèses actuarielles qui établissent le niveau des réserves que doivent se constituer les assureurs-vie pour faire face aux obligations financières de leurs polices d'assurance et de leurs rentes.

Manuvie L'assureur-vie canadien le plus sensible aux fluctuations de la Bourse

Industrielle Alliance L'assureur-vie canadien le plus sensible aux taux d'intérêt

En chiffres

Les assureurs-vie distribuent une moins grande part de leurs bénéfices en dividendes que d'autres payeurs de dividendes, ce qui leur confère plus de potentiel à long terme

Banques 43 %

Assureurs-vie 44 %

Serv. aux collectivités 56 %

Fournisseurs de télécomm. 63 %

Pipelines 71 %

Fonds immob. à capital fermé 81 %

Fournisseurs d'électricité 93 %

Source : BMO Marchés des capitaux

Les assureurs-vie et leur dividende

4,8 % Sun Life, SLF

4,4 % Great-West Life, GWO

3,3 % Manuvie, MFC

2,5 % MetLife, MET

2,5 % Industrielle Alliance, IAG

Les assureurs-vie affichent des multiples d'évaluation plus élevés que ceux des banques, parce que leurs bénéfices ne se sont pas pleinement rétablis depuis la crise

Assureurs-vie canadiens

11,3 fois les bénéfices prévus en 2014

Banques canadiennes

9,9 fois les bénéfices prévus en 2014

Source : Valeurs mobilières TD

MANUVIE REGAGNE LE RESPECT DES INVESTISSEURS

La crise financière a laissé un goût amer aux investisseurs. La chute des Bourses et des taux d'intérêt a particulièrement malmené l'assureur-vie qui a souffert de son approche trop téméraire à l'égard des réserves actuarielles et des produits à capital garanti d'avant la crise.

Le titre de Manuvie (Tor., MFC, 15,80 $) a rebondi de 57 % depuis l'été dernier, mais il est encore bien loin des sommets de plus de 40 $ atteints en 2007.

«Cet assureur-vie est plus boudé que les autres, même si les dirigeants ont adopté une approche plus prudente. À chaque trimestre marqué par une amélioration de ses bénéfices, la confiance devrait revenir à l'égard de sa capacité de faire croître de nouveau sa valeur comptable», explique Lieh Wang, gestionnaire du Fonds de dividendes Empire vie.

D'ailleurs, Mario Mendonca, de Canaccord Genuity, recommande de nouveau l'achat de Manuvie, depuis le dévoilement de meilleurs bénéfices que prévu au premier trimestre.

M. Mendonca ne croit pas que l'assureur-vie atteindra son ambitieux objectif de réaliser des bénéfices de 4 G$ en 2016, mais son titre peut donner un rendement total de 17 % d'ici un an, composé de son dividende et de la hausse de son action jusqu'à 17,50 $.

«La transformation de Manuvie commence à porter ses fruits. L'assureur-vie réduit ses risques à l'aide de dérivés, vend plus de produits exigeant moins de réserves et hausse le prix de certains produits», souligne Michael Goldberg, de Valeurs mobilières Desjardins, en augmentant son cours cible de 15 à 17,25 $.

Manuvie fait croître ses activités les plus rentables pour relever ses rendements, comme en témoigne la hausse de 43 % des revenus de gestion de patrimoine, au premier trimestre, explique Doug Young, de Valeurs mobilières TD.

L'assureur-vie ne retrouvera pas le rendement de l'avoir des actionnaires de 16 % qu'il avait avant la crise en 2007, mais il peut certainement passer de l'actuel 10 % à 13 % au cours des prochaines années, dit M. Wang.Avec une rentabilité rétablie, Manuvie pourrait également recommencer à majorer son dividende, dans 18 mois, croit le gestionnaire de portefeuille.

INDUSTRIELLE ALLIANCE : SA DISCIPLINE ET SES DIRIGEANTS PLAISENT

Behrak Shahriari, gestionnaire chez Montrusco Bolton, préfère l'Industrielle Alliance (Tor., IAG, 38,43 $), assurance et services financiers, parce que l'assureur-vie québécois répartit son capital avec soin.

«Ils ont la discipline de ne pas prendre trop de risques, comme l'a démontré la crise de 2008. Il fallait être pas mal fort pour renoncer, en plein engouement, à offrir les produits à capital 100 % garanti, qui ont coulé ses concurrents», explique M. Shahriari.

Cette rigueur s'est répétée lorsque l'assureur-vie a résisté à émettre des actions au rabais, à l'été 2012, malgré ses besoins pressants en capital. Il a préféré vendre une filiale américaine pour libérer du capital, et est revenu au marché avec une émission de 237 millions de dollars une fois que la valeur de leur action s'était rétablie, en février 2013.

Dans cette industrie opaque, une bonne part de la création de valeur repose sur les dirigeants, estime M. Shahriari. «Ce sont eux qui imprègnent toute leur organisation d'une culture d'affaires. La crise nous a donné l'occasion d'observer au grand jour les répercussions de leur approche prudente», évoque-t-il.

Au cours actuel, le titre de l'Industrielle Alliance reflète déjà bien le rendement de l'avoir des actionnaires prévu de 10,5 à 12 % pour 2012, selon André Philippe Hardy, de RBC Marchés des Capitaux.

Malgré tout, ce rendement sera plus stable d'un trimestre à l'autre que celui de ses concurrents.

M. Hardy apprécie aussi le fait que l'assureur-vie distribue la moins grande part des bénéfices de son industrie en dividendes, soit 31 %. Cela rend son dividende plus solide. Son niveau de capital est aussi le meilleur du secteur.

L'assureur-vie de Québec profiterait également le plus d'une remontée graduelle et durable des taux d'intérêt, ajoutent les financiers interrogés.

L'action de l'Industrielle Alliance devrait s'apprécier de nouveau une fois qu'il sera possible de quantifier l'impact de l'élimination par Ottawa de la déductibilité des intérêts de certains de ses produits d'assurance, qui ont recours à l'endettement, indique l'analyste Mario Mendonca, de Canaccord Genuity.

METLIFE RÉTABLIT SES AFFAIRES

Le plus gros assureur-vie américain, MetLife (NY, MET, 44,47 $ US), peut encore profiter d'un rétablissement de ses bénéfices et de son évaluation, croit Lieh Wang, gestionnaire du Fonds de dividendes Empire vie.

L'attrait supplémentaire du titre par rapport à Manuvie tient au fait qu'il est moins chèrement évalué en Bourse, parce que le gouvernement américain lui demandera sous peu d'augmenter davantage son capital réglementaire, en tant qu'institution non bancaire d'importance systémique.

L'action de Metropolitan Life se négocie donc à un multiple de 0,8 sa valeur comptable, par rapport à un ratio de 1,3 fois pour l'action de Manuvie.

«Une fois cet obstacle passé, les affaires de l'assureur-vie pourront reprendre leur cours. Celui-ci a récemment augmenté son dividende pour la première fois depuis la crise et pourrait recommencer aussi à racheter ses actions» prévoit M. Wang.

Même si son titre a presque quadruplé depuis ses bas-fonds de 2009, il est à la traîne de son secteur, en raison de l'incertitude entourant la décision des autorités américaines, explique M. Wang.

Tout comme Manuvie, sa «franchise» est forte aux États-Unis, tandis que ses activités en Asie croissent rapidement.

MetLife diminue aussi l'influence des taux d'intérêt et de la Bourse sur ses bénéfices, et cherche à améliorer l'efficacité de son capital, dans un environnement de taux anémiques.

Thomas Gallagher, de Credit Suisse, vient d'augmenter son cours cible de 45 à 48 $ US. Il retrouverait ainsi sa valeur comptable.

«La rentabilité de ses produits d'assurance et de retraite profitera de la hausse naissante des taux d'intérêt, qui aidera l'assureur-vie à augmenter son rendement de l'avoir des actionnaires», dit-il.

Les analystes prévoient une hausse annuelle composée de 9 % de ses bénéfices au cours des cinq prochaines années.

dominique.beauchamp@tc.tc

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