À quoi servent les gourous ?

Publié le 13/02/2010 à 00:00

À quoi servent les gourous ?

Publié le 13/02/2010 à 00:00

" Les Américains, peuple sans aucune identité individuelle, ont désespérément besoin d'une âme. Et c'est au Québec qu'ils la trouvent. "

Ces propos pour le moins enthousiastes exprimés en 2001 dans Les Affaires, sont ceux du nouveau gourou embauché par la Ville de Québec pour rajeunir son image : le Français devenu citoyen américain Clotaire Rapaille, consultant et fondateur d'Archetype Discoveries Worldwide. Pour 300 000 $, après une série de séances de remue-méninges avec les habitants de la Capitale, il décryptera puis déterminera le " code " de Québec.

À l'instar de plusieurs autres spécialistes du marketing, le Dr Rapaille gagne sa vie à coup de phrases-chocs, de mots lapidaires, et parfois de généralités. " Ces généralités, c'est l'essence du marketing, dit Patrick Chaudet, directeur de création à l'agence montréalaise Taxi. Il faut catégoriser les peuples afin de pouvoir mieux les comprendre. "

Des détracteurs et des fidèles

Clotaire Rapaille n'est pas seul de sa tribu, loin de là.

Richard Florida, professeur d'économie urbaine à l'Université de Toronto, a roulé sa bosse pendant des années grâce à sa théorie sur la " classe créative " et à son indice bohémien des villes, une mesure de leur sex-appeal et de leur capacité à attirer des gens intéressants qui la rendront intéressante. Au milieu des années 2000, Culture Montréal l'a payé 200 000 $ US. Sa conclusion : " Montréal est un des secrets les mieux gardés en Amérique du Nord ".

" Ces conférenciers-vedettes ont un point commun : ils répètent ad nauseam une idée qu'ils ont eue ", dit Justin Kingsley, vice-président des opérations spéciales chez Bleu Blanc Rouge.

" Ils écrivent un livre, réalisent un site Web, presque un film, et surfent là-dessus pendant longtemps. Ces gens ont une force d'attraction ", dit Stéphanie Kennan, présidente de Bang Marketing.

En ce moment, le gourou le plus en vogue, Seth Godin, est un véritable phénomène médiatique. " Il a quelque chose de très contemporain, ce que n'a pas Clotaire Rapaille, que je trouve déconnecté ", soutient Mme Kennan.

Selon elle, M. Rapaille donne l'impression de sortir des bouts de papier d'un chapeau. " Ça donne des phrases comme celle dite à Québec la semaine dernière : On voit qu'il y a chez vous un complexe d'infériorité, mais aussi un complexe de supériorité. Les bras m'en sont tombés ! " Sous couvert de " fausse complexité ", il endort ses interlocuteurs, dit-elle.

Cependant, le spécialiste a aussi ses fidèles. " C'est un penseur des temps modernes ", dit Patrick Chaudet. Ce dernier trouve le Dr Rapaille très inspirant et visionnaire. " Il a des idées assez nouvelles, voit les choses avec du recul et est pertinent. "

Jugé par les résultats

Les gourous adaptent-ils leur discours en fonction de la main qui les nourrit ? Par exemple, certains affirment que Richard Florida a trouvé bien des villes formidables et créatives pendant sa carrière.

De la même manière, Clotaire Rapaille dit être québécophile, car il aurait été bercé, enfant, durant la guerre, par les mélodies de Félix Leclerc. Des propos étonnants puisque l'auteur-compositeur-interprète fut découvert en Europe pendant les années 1950.

Il dit des choses comme : " Sans le Québec, les Américains et les Canadiens seraient désemparés. " Mais il se garde bien de répéter cette affirmation fondamentale dans les entrevues qu'il donne aux États-Unis.

Cela dit, Justin Kingsley affirme ne rien avoir contre les gourous. " Ils créent un buzz, et je n'y vois rien de mal. Cependant, un problème survient s'ils ne sont pas capables d'obtenir des résultats. La vraie mesure, ce sont les résultats ", explique-t-il.

Cela tombe bien, car Clotaire Rapaille affirme n'être intéressé que par les résultats. En conférence de presse, il a aussi promis qu'il ne produirait pas de rapport.

Ne reste plus qu'à attendre le " code " qu'il trouvera pour définir la Ville de Québec.Une indication ? Celui qu'il a déniché pour définir les États-Unis est " Rêve ". Comme dans l'expression bien connue American Dream.

martine.turenne@transcontinental.ca

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