" Nous avons raté un cycle technologique, mais il est possible de se reprendre "

Publié le 12/03/2011 à 00:00

" Nous avons raté un cycle technologique, mais il est possible de se reprendre "

Publié le 12/03/2011 à 00:00

En vingt ans, Eric Gales a connu quatre révolutions informatiques. Jeune ingénieur en Grande-Bretagne, il assiste à la naissance du PC. Puis, alors qu'il travaille chez Compaq, le PC endosse un nouveau rôle, celui de serveur. Vient ensuite la démocratisation d'Internet, d'où naissent l'informatique en nuage (cloud computing) et les plateformes mobiles. C'est pendant cette quatrième révolution, en juin 2009, qu'Eric Gales prend la direction de Microsoft Canada. Alors que certains estiment que le passé de Microsoft vaut plus que son avenir, Eric Gales tente de remettre les pendules à l'heure. " Comme le répète notre grand patron, Steve Ballmer, l'informatique est un des rares secteurs qui se réinvente constamment. " Je l'ai interviewé à Montréal, où il était de passage pour rencontrer des étudiants universitaires.

Diane Bérard - iPhone, iPad, tablettes... La technologie n'est plus qu'une question de gadgets. Quelqu'un s'intéresse-t-il encore à l'informatique d'entreprise ?

Eric Gales - Il n'y a pas une informatique d'entreprise et une informatique de consommateur. Aujourd'hui, les deux convergent et se nourrissent l'une de l'autre. Votre téléphone sert à la fois à envoyer des courriels à vos clients et à communiquer avec vos amis. La technologie sensible au mouvement mise au point pour la console de jeu Kinect sera bientôt transposée au bénéfice de vos présentations d'affaires. Et, l'obsolescence de plus en plus rapide des plateformes mobiles force les distributeurs à une gestion serrée de leurs livraisons et de leurs inventaires. Si les nouvelles versions des téléphones intelligents et des tablettes n'arrivent pas à temps sur les rayons, le distributeur est cuit. Une rupture de stocks de quelques jours peut lui faire rater un cycle complet de produits. Les applications de gestion d'inventaire n'ont jamais été aussi en demande. Plus l'innovation s'accélère dans l'informatique de consommation, plus la demande grimpe en faveur de solutions d'affaires en TI.

D.B. - Apple est " cool ", et Google est la " reine du réseautage ". Quelle est l'étiquette de Microsoft ?

E.G. - Microsoft vous accompagne partout. Elle comble tous vos besoins, du travail à la maison, de Xbox à Windows.

D.B. - Que répondez-vous à ceux qui disent que les meilleures années de Microsoft sont derrière elle ?

E.G. - C'est une conclusion tirée à partir de la seule réalité qui intéresse les médias : notre retard dans le marché des téléphones intelligents. Nous avons été lents à réagir, c'est vrai. Nous avons carrément raté un cycle et nous en sommes tous frustrés. Mais il est possible de se reprendre. Pensez au succès de Motorola avec Androïd. Cela étant dit, comme je l'ai fait remarquer plus tôt, il existe d'autres technologies que celles qui intéressent les journalistes. Et, à l'abri des projecteurs, elles s'avèrent très lucratives, même de plus en plus. Le secteur manufacturier existe toujours, vous savez. Le contrôle des coûts y est encore plus important qu'avant. Et que dire des besoins dans le secteur de la santé, dans le contexte d'une population qui vieillit !

D.B. - Votre secteur est archi-concurrentiel. N'êtes-vous pas condamné à constamment réagir ?

E.G. - Jouer selon nos règles plutôt que selon celles qui sont imposées par d'autres pose un défi. Notre stratégie consiste à ne pas être niché afin d'éviter l'affrontement avec un concurrent. Notre offre étant plus étendue que celle de nos rivaux, ceux-ci ne peuvent répliquer facilement. Nous occupons ainsi plus de terrain.

D.B. - Bing, Hotmail, Office... Microsoft n'est-elle pas devenue moins forte que ses produits ?

E.G. - Nous avons des ajustements à faire. Au fil des ans, nous n'avons pas communiqué de message uniforme associé à la marque Microsoft. Une ligne très nette reliant Microsoft et ses différents produits doit être tracée. C'est ce que nous avons commencé à faire. Par exemple, le logo Microsoft doit appaître chaque fois que vous voyez une pub de Xbox. Nous voulons que vous sachiez qu'en utilisant la messagerie Hotmail, vous devenez un client Microsoft. La répétition du logo de notre marque maîtresse vous permettra de réaliser à quel point Microsoft fait partie de tous les aspects de votre vie. Contrairement à nos concurrents qui ne vous accompagnent qu'au travail ou à la maison.

D.B. - Parlons du partenariat avec Nokia. Combien de temps avez-vous pour réussir ?

E.G. - Pas plus de 12 mois. D'ici un an, nous devons afficher des résultats. La direction de Nokia, autant que celle de Microsoft, est consciente que nous devons livrer au marché le meilleur produit possible dans un délai le plus court possible.

D.B. - L'annonce de ce partenariat a été accueillie avec scepticisme, non ?

E.G. - C'est normal, le marché n'est pas habitué à ce qu'un pdg reconnaisse publiquement qu'il a commis une erreur, comme l'a fait Steve Elop, de Nokia.

D.B. - Pourquoi Nokia est-elle le bon partenaire pour Microsoft ?

E.G. - Nokia est le plus important fabriquant de téléphones du monde. Elle avait besoin d'un système d'exploitation au point. Nous avons un système, mais pas d'appareil. Nokia jouit d'un puissant réseau de distribution, particulièrement en Chine. Nokia va supporter Windows 7 sur toutes ses plateformes et Bing sera l'engin de recherche.

D.B. - Vous dirigez Microsoft Canada depuis juin 2009, après avoir roulé votre bosse dans plusieurs pays. Que pensez-vous des Canadiens ?

E.G. - Vous ne manquez pas d'idées pour innover, mais très peu atteignent le stade de la commercialisation. À mon avis, le problème est culturel : les Canadiens éprouvent une aversion pour le risque. Ils sont très, ou trop, prudents. Lorsque je visite des campus universitaires et demande aux jeunes " combien d'entre vous ont des idées pour se lancer en affaires ? ", des dizaines de mains se lèvent. Puis, lorsque j'ajoute : " Combien d'entre vous ont l'intention de passer à l'action ? ", les mains demeurent baissées... Le défi est important, car changer une culture exige du temps.

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Microsoft et Nokia ont annoncé le mois dernier un partenariat pour la production de téléphones utilisant la plateforme Windows 7.

LE CONTEXTE

Le 11 février dernier, Microsoft et Nokia ont annoncé que dorénavant les téléphones Nokia seront équipés du système d'exploitation Windows. Un partenariat que le marché accueille froidement : deux sociétés qui ont chacune raté le virage mobile seront-elles plus fortes ensemble ? Le moment est propice pour faire le point avec la direction de Microsoft.

SAVIEZ-VOUS QUE...

Eric Gales est un spécialiste de la plongée sous-marine sur épave.

Microsoft est à l'origine de la première et de la plus populeuse communauté de jeu en ligne, Xbox Live, qui compte 30 millions de membres, soit plus que la population de l'Australie.

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