Payant, le virage vert

Publié le 01/01/2009 à 00:00

Payant, le virage vert

Publié le 01/01/2009 à 00:00

Par Claudine Hébert

C'est le constat des précurseurs écoresponsables de l'industrie du congrès du Québec qui ont su flairer la bonne affaire.

Depuis janvier 2008, tous les organismes liés à l'administration publique gouvernementale sont assujettis à la Loi sur le développement durable du Québec. Qu'il s'agisse de congrès, de réunions, de formations ou autres, tout ce beau monde, y compris les sociétés d'État, opte pour des établissements qui recyclent, compostent et se préoccupent de leur consommation d'énergie.

La machine gouvernementale n'est pas seule à agir ainsi. "Les associations et les entreprises liées au secteur de l'environnement tout comme les grandes organisations et les sociétés soucieuses de leur image se montrent davantage pointilleuses sur le comportement vert des lieux où ils tiennent leurs rendez-vous", fait remarquer Marie-Claude Dubois, vice-présidente de l'Association des bureaux de congrès du Québec (ABCQ), responsable du dossier environnement. Depuis deux ans, au moins un congrès sur 10 de 1 000 participants et plus est présenté sous une bannière "verte".

Quelques établissements visionnaires n'ont pas attendu l'entrée en vigueur de la Loi sur le développement durable pour arborer la couleur de l'heure. L'Hôtel des Seigneurs, de Saint-Hyacinthe, fait figure de pionnier. Dès 2001, celui-ci a adopté des mesures afin de réduire sa consommation d'eau et d'énergie : installation de robinetteries et de toilettes publiques qui consomment moins d'eau, éclairage contrôlé, chauffage mieux adapté, récupération de l'eau des pichets pour arroser les plantes... Le complexe hôtelier de 290 chambres, qui souhaitait au départ conscientiser ses employés et sa clientèle face au gaspillage, est même devenu le premier hôtel de la province à recruter une conseillère en environnement à temps plein, en 2003.

Son écoconseillère, Jade Guilbert, a conçu trois forfaits écolos dont les coûts (entre un et deux dollars par personne par jour) sont absorbés par le client. Le forfait le plus élaboré, qui permet de compenser les gaz à effet de serre, a mené à la plantation de 1 800 arbres en juin dernier. Bill Churma, le directeur général de l'établissement, estime avoir bénéficié d'au moins un million de dollars en promotion grâce aux articles publiés dans les médias du Québec au sujet de l'hôtel. Ces actions, qui ont valu au plus vaste centre de congrès régional de la province de remporter le Phénix de l'environnement en 2006, ont également porté chance au service des ventes. "Depuis trois ans, l'Hôtel des Seigneurs décroche 10 % plus d'événements grâce aux forfaits écolos. Et nous attirons des clients qui ne venaient jamais chez nous auparavant", souligne Bill Churma.

Ce virage vert a forcé la concurrence à réagir. Plus d'une trentaine d'hôtels, pour la plupart du Québec, sont venus étudier les formules vertes du complexe hôtelier maskoutain. Résultat : d'autres postes de gestionnaire en environnement en milieu hôtelier voient le jour. Notamment au sein de la chaîne canadienne Silverbirch, dont l'Hôtel des Seigneurs fait partie. L'Hôtel Chicoutimi, un établissement indépendant au Saguenay, a lui aussi créé ce poste en mars 2008. "Dans un contexte où le marché vert du congrès en est à ses premiers balbutiements et souffre d'un manque de structure, l'embauche d'un écoconseiller est déjà un critère solide qui prouve la bonne volonté et le sérieux d'un établissement en matière d'écoresponsabilité", soutient Mélanie McDonald, coordonnatrice du projet de normalisation du marché des événements écoresponsables québécois.

Pour éviter tout galvaudage de l'appellation "événements écoresponsables", le Québec est en voie de se doter de normes. Et il n'est pas le seul. Nos voisins du Sud débattent également de la définition de ce que devrait être un vrai "événement vert". The Green Meeting Industry Council travaille à l'application des règles américaines. Dirigé par le Regroupement québécois des femmes en environnement et le Bureau des normes du Québec, le projet de certification volontaire d'événements écoresponsables devrait voir le jour en 2010.

Tous les établissements qui sont hôtes d'événements ainsi que les organisateurs pourront obtenir la certification après approbation. Des vérificateurs iront s'assurer sur place que ces derniers respectent leurs engagements. Ce qui n'est pas le cas actuellement de certaines classifications. À titre d'exemple, le Programme de Clé verte de l'Association des hôtels du Canada. Offerte en ligne, cette classification attribue de une à cinq clés en se fondant uniquement sur les réponses à un formulaire données par le gestionnaire de l'hôtel.

Que rapportera la nouvelle certification ? Mélanie McDonald est convaincue qu'elle servira d'outil marketing puissant aux premiers hôtels qui l'obtiendront. Un avis que partage la direction du Centre des congrès de Québec (CCQ), un autre précurseur vert de la province. Depuis l'automne 2007, cet établissement fait appel aux services de la firme québécoise Takt-etik afin de piloter les événements écoresponsables qui se déroulent sous son toit.

À l'instar du service offert par l'Hôtel des Seigneurs, le service d'accompagnement du CCQ connaît un vif succès. En moins de trois mois, le Centre a fait l'objet de plus d'une trentaine d'articles. Les retombées sont évaluées à plusieurs centaines de milliers de dollars en promotion gratuite. "Et cela apporte aussi d'importants contrats d'événements internationaux", souligne Ann Cantin, directrice des communications du Centre des congrès de Québec. Québec a justement décroché le congrès de l'International Society for Sexuality Transmitted Diseases Research grâce à son nouveau service vert. Cette réunion, qui se déroulera en 2011, accueillera plus de 1 000 délégués.

L'initiative verte du CCQ est si populaire que la direction du tout nouvel Arena and Convention Centre de Liverpool, en Angleterre, considéré comme l'un des centres de congrès les plus verts en Europe, a communiqué avec l'établissement de Québec afin de mieux se familiariser avec ce fameux savoir-faire en accompagnement écoresponsable.

Le CCQ a montré ses premiers réflexes "verts" dès sa création en 1996, en favorisant des mesures de réduction de consommation d'eau et d'énergie. "Initialement, c'était pour des raisons d'économies", avoue Ann Cantin. Inspiré par le programme d'enregistrement des mesures volontaires sur les changements climatiques (ÉcoGESte), un programme géré conjointement par le ministère de l'Environnement et celui des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, le CCQ a franchi une autre étape en 2002. Grâce à l'optimisation des méthodes de travail et à l'acquisition de certains équipements, l'établissement a réduit ses émissions de gaz à effet de serre annuelles de 50 % et sa quantité d'énergie consommée par mètre carré de 33 %. "En moins de deux ans, nous avons rentabilisé le coût de tous ces investissements", ajoute Marc Poirier, directeur de la gestion immobilière et du soutien aux événements du Centre des congrès.

Le CCQ espère d'ailleurs que ses interventions vertes sur le plan de ses infrastructures porteront leurs fruits. Membre du Conseil du bâtiment durable du Canada et du U.S. Green Building, l'immeuble de Québec est en voie de devenir le premier établissement du Canada à obtenir sa certification LEED-EB (Leadership in Energy and Environmental Design) pour bâtiment existant. Une certification qu'il pourrait bien recevoir avant la fin de 2009.

Toutefois, l'événement 100 % écoresponsable est utopique. Il reste à voir jusqu'où les hôteliers pourront se rendre.

500 000 $ US

C'est ce qu'économise annuellement en frais d'opération le Moscone Center de San Francisco grâce au recyclage.

Source : Meetings & Conventions Magazine

Près de 40 000 $ US

C'est Ce que les organisateurs peuvent économiser en frais de transport lors d'un événement de trois jours s'ils privilégient un hôtel ou un centre de congrès à deux pas des autres lieux d'hébergement.

Source : Meeting Strategies Worldwide

62 % et 50 %

Servir des condiments en vrac plutôt qu'en format individuel est plus économique. Jusqu'à 50 % moins cher pour le sucre, et 62 % pour la crème.

Source : Meeting Strategies Worldwide

50 %

C'est la réduction annuelle des émissions de gaz à effet de serre que le Centre des congrès du Québec a réalisée en modifiant ses équipements et ses méthodes de travail.

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