Les verrues

Publié le 01/09/2009 à 00:00

Les verrues

Publié le 01/09/2009 à 00:00

Mon regard était fixé sur la photo d'Earl Jones, un de ces clichés où il a l'air hagard dans sa désormais célèbre chemise rayée. J'avais peine à imaginer que ce type et sa femme puissent flamber 70 000 dollars par mois, comme les journaux le rapportent. Il semblait plutôt sur la voie de la déchéance. J'essayais de comprendre comment un homme pouvait escroquer des gens, dont beaucoup de retraités, de manière aussi affligeante, mesquine et petite. Il se faisait appeler " Earl " par ses victimes. Earl Jones entrait dans la vie privée de ceux qu'il voulait dépouiller, jusqu'à s'en faire des amis des années durant. Cela rend son crime plus odieux encore.

J'ai alors pensé à cette grosse verrue que j'ai longtemps traînée sur mon pouce quand j'étais gamin. Cette excroissance laide et coriace m'amenait à garder mes mains dans les poches. Les fraudeurs comme Earl Jones me font penser à des verrues, mais là où on peut difficilement les dissimuler : dans le visage de l'industrie financière indépendante. C'est l'ennui avec une verrue sur le nez : on ne voit plus qu'elle, même si le reste du visage n'est pas repoussant.

Ce genre d'événement cause un tort immense aux petites firmes de services financiers, qui souffrent déjà assez de la récession et de la difficile remontée des marchés. Les investisseurs finiront par croire qu'ils sont plus en sécurité dans les grandes institutions.

Pourtant, c'est le problème de l'industrie tout entière. Plus encore, c'est un problème de société. Les questions de finances et d'économie en général ne sont pas considérées convenablement - j'allais dire " sérieusement " -, mais tout le problème est là : elles le sont soit trop, soit pas assez. Elles sont pour beaucoup confinées aux milieux spécialisés. On les exprime dans un langage abscons. On ne daigne plus les enseigner à l'école. Lorsqu'elles réussissent une percée vers un large public, c'est pour exciter des cohortes d'investisseurs improvisés (la Bourse monte), les déprimer (la Bourse baisse), puis les indigner (voici les coupables).

Avouez qu'à une époque où la population vieillit et où les revenus de retraite relèvent à moitié de la responsabilité individuelle, il est aberrant qu'on n'impose pas l'enseignement de l'économie, de la finance et de la psychologie de l'investissement à l'école, que ce soit aux ados ou aux adultes qui préparent leur retraite, en cours du soir. À défaut, il se trouvera toujours des gens pour croire qu'on peut leur fournir des rendements de 10 % année après année, quelles que soient les conditions du marché.

Ajoutez à cela une législation poreuse et des mécanismes de coercition excessivement indulgents, et toutes les conditions sont réunies pour que nos verrues deviennent des cancers.

daniel.germain@transcontinental.ca

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