Lagos, la Silicon Valley du prochain milliard d'internautes

Offert par Les Affaires


Édition du 23 Juillet 2015

Lagos, la Silicon Valley du prochain milliard d'internautes

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Édition du 23 Juillet 2015

Par Julien Brault

Exit la Silicon Valley. Si vous êtes un entrepreneur techno aux ambitions démesurées, vous devriez plutôt vous diriger vers Lagos, au Nigeria.


La plus grande ville du continent africain a certes moins de développeurs que Nairobi, au Kenya, et moins de capitaux que Johannesburg, en Afrique du Sud, mais elle possède un attrait majeur : l’occasion unique de bâtir les services technos d’un pays appelé à devenir le troisième plus populeux du monde.


Le pays compte 174 millions d’habitants, dont 21 millions dans la seule région métropolitaine de Lagos. « La population du Nigeria est gigantesque, et la croissance rapide de son économie signifie qu’on va bientôt assister à l’émergence d’une vaste classe moyenne nigériane », dit Marek Zmysłowski, directeur général de Jovago, le site de réservation d’hôtels le plus populaire en Afrique. C’est d’ailleurs pour profiter de cette tendance favorable que l’entrepreneur a quitté la Pologne pour venir s’établir au Nigeria en 2013.


À l’époque, l’entrepreneur polonais venait de vendre ses deux start-up et avait l’intention de déménager aux États-Unis : « Je voulais lancer quelque chose d’international », évoque Marek Zmysłowski, dont les plans ont changé après une rencontre avec des investisseurs de Jumia, un géant du commerce nigérian, souvent qualifié d’Amazon africain. Les investisseurs en question l’ont convaincu de venir à Lagos pour mettre sur pied Jovago au sein d’Africa Internet Group (AIG), la société mère de Jumia.


Comme Marek Zmysłowski, pas moins de 1 600 personnes déménagent chaque jour à Lagos pour profiter du boom qui y fait rage ou plus simplement pour y améliorer leur sort. Ces personnes viennent principalement des autres régions du Nigeria.


De capitale culturelle à capitale techno


La population du pays devrait plus que doubler d’ici 2050, pour passer à 440 millions. Si les projections des démographes se concrétisent, le Nigeria devrait alors être le troisième pays le plus populeux de la planète, après l’Inde et la Chine.


Vu l’ampleur de l’occasion, ce n’est pas étonnant que des entrepreneurs et des investisseurs étrangers s’intéressent à Lagos. Parmi eux, on trouve plusieurs membres de la vaste diaspora nigériane, qui quittent leur pays d’adoption pour surfer sur la croissance nigériane. C’est entre autres le cas de Michael Akindele, un Nigérian de 30 ans qui est né et a fait ses études aux États-Unis. En 2006, toutefois, il quitte son poste d’analyste chez Accenture pour aider un ami à transplanter l’émission de téléréalité américaine The Apprentice en Afrique. « Je voyais le Nigeria comme une terre vierge, et, étant donné que mes parents venaient de là, je me suis dit “Pourquoi pas ?” »


Lagos, du reste, s’imposait d’elle-même pour un tel projet. En effet, Nollywood, comme on surnomme l’industrie nigériane du cinéma, occuperait la troisième place du monde en matière de revenus, après Hollywood (Los Angeles) et Bollywood (Mumbai). Vu le boom économique en cours à Lagos, où le prix du pied carré commercial rivalise avec celui de New York, Michael Akindele n’a pas eu de mal à trouver une version africaine de Donald Trump à Lagos, et l’émission a été un succès.


La nouvelle entreprise à laquelle s’est joint Michael Akindele est toutefois beaucoup plus ambitieuse. Il s’agit de Solo Phone, une start-up qui réunit sous un même toit un fabricant de téléphones Android, un service de lecture en continu de films à la Netflix (Solo View) et un service de diffusion en continu de musique à la Spotify (Solo Music). Michael Akindele, directeur des médias numériques de Solo Phone, est responsable de ces deux derniers services qui sont installés par défaut sur les appareils de Solo Phone, vendus à environ 120 $ US.


Michael Akindele est ainsi parvenu à signer des ententes qui lui permettent de proposer aux Nigérians un vaste catalogue de films et de chansons. Alors qu’il présente des films américains grâce à des ententes avec Sony, Universal et Warner, Solo Phone offre aussi des films de Nollywood par l’intermédiaire d’une entente avec iRoko, une des premières start-up nigérianes à rayonner à l’international.


Fondée en 2010, iRoko a obtenu un financement de 21 millions de dollars américains pour bâtir son service de diffusion en continu entièrement consacré aux films de Nollywood. « Quand les gens ont vu qu’on investissait un montant à sept chiffres dans une start-up de Lagos, ils ont commencé à se rendre compte que quelque chose se produisait », évoque Bankole Oluwafemi qui, en tant que rédacteur en chef de TechCabal, un site de nouvelles technos de Lagos, a documenté la naissance de l’écosystème de start-up nigérianes.


Environnement difficile


Lagos a beau avoir un potentiel immense, la liste des embûches qui bloquent la route des entrepreneurs technos qui veulent y tenter leur chance est longue. Notamment, le trafic routier y rend tout déplacement extrêmement fastidieux, l’espace de bureau est hors de prix et nécessite généralement la signature d’un bail de deux ans, et les connexions Internet à haut débit sont difficiles à obtenir.


Pour avoir accès à des connexions à haut débit et être à distance de marche de leurs pairs, de nombreuses start-up nigérianes ont commencé à s’installer dans le quartier de Yaba, d’où son surnom de Yabacon Valley. Le quartier héberge plusieurs start-up ainsi qu’un espace de travail partagé baptisé Co-Creation Hub Nigeria qui, en 2014, a commencé à investir entre 15 000 $ et 25 000 $ US dans les start-up acceptées dans son programme d’incubation.


Malgré tout, les investissements en capital de risque se font rares à Lagos, et ses start-up qui vont en chercher ont tendance à le faire auprès de fonds étrangers après avoir atteint une masse critique. Cette rareté du capital explique en partie le succès du modèle d’Africa Internet Group, un groupe financé par l’allemande Rocket Internet, connue pour lancer des clones de start-up américaines en Europe, et les géants des télécommunications actifs en Afrique MTN Group (d’Afrique du Sud) et Millicom (de Suède).


Africa Internet Group, qui a établi son siège social au Caire, réunit 71 start-up actives dans 26 pays – pour la plupart africains. Au mois de mars, le groupe a déménagé ses start-up nigérianes, dont Jovago et Jumia, dans de nouveaux bureaux en plein cœur de Yaba.


Si les start-up d’Africa Internet Group s’inspirent de start-up américaines en matière de services offerts, elles doivent leur succès à leur capacité à s’adapter aux contraintes du marché local, telles que la corruption du gouvernement, le faible taux de pénétration des cartes de crédit et la grande proportion de la population qui accède à Internet au moyen de téléphones mobiles rudimentaires. « Je vois beaucoup de multinationales arriver au Nigeria en pensant qu’elles vont pouvoir y appliquer leur stratégie gagnante, mais ça ne peut pas fonctionner, lance Marek Zmysłowski. Pour avoir du succès ici, il faut tout repenser pour le marché local. »


 


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