Chez L'Oréal, les usines se robotisent, les salariés s'interrogent

Publié le 12/04/2017 à 14:55

Chez L'Oréal, les usines se robotisent, les salariés s'interrogent

Publié le 12/04/2017 à 14:55

Par AFP

Chariots élévateurs sans pilote, robots collaboratifs: à Rambouillet (Yvelines), l'usine de shampooing de L'Oréal donne un aperçu de l'industrie 4.0 que le groupe déploie dans ses sites du monde entier, mais qui questionne les salariés sur leur propre utilité.


Depuis près d'un an, un nouvel employé, appliqué et jamais fatigué, assiste Malika Mizane au contrôle de pesée des flacons après remplissage: un robot collaboratif, ou «cobot», sous la forme d'un bras articulé en métal aux gestes millimétrés.


«Avant, la pesée ça prenait du temps, c'était lourd, maintenant je peux m'occuper d'autre chose», se félicite l'opératrice de ligne, ancienne intérimaire du site embauchée en 2014, qui vérifie sur un écran les données recueillies par le cobot.


«La cobotique est vraiment en train de se déployer chez nous, et pas seulement en Europe», déclare Frédéric Heinrich, directeur des opérations produits grand public chez L'Oréal Europe.


Sur d'autres lignes de conditionnement de l'usine s'activent docilement des chariots élévateurs autonomes, ou véhicules à guidage automatique (AGV), s'orientant par triangulation et convoyant les palettes selon un algorithme prédéfini, sous l'oeil de quelques «pilotes de flux» humains.


Vincent Vignaud, le directeur de l'usine, s'enorgueillit aussi de sa dernière installation: des portiques RFID, pour scanner automatiquement les rouleaux d'étiquettes des shampooings, venant d'un fournisseur externe.


«Avant, on devait scanner chaque rouleau pour dire qu'il avait été bien réceptionné. Les portiques RFID représentent un gain en ergonomie, car en limitant les mouvements piétons on réduit les risques (d'accident, NDLR), et on a aussi réduit une tâche à faible valeur ajoutée», explique-t-il à l'AFP.


Côté pervers


Mais que deviennent les salariés que les nouvelles technologies remplacent peu à peu ?


«Un métier répétitif, c'est la pire chose qui puisse exister», justifie M. Heinrich. «L'industrie 4.0 est un vecteur de productivité, et ça créé beaucoup d'emplois parce que les nouvelles technologies demandent de nouvelles compétences», affirme-t-il à l'AFP.


Les salariés du groupe sont formés à leurs nouveaux métiers et "L'Oréal tient à les garder", assure-t-il.


L'usine de Rambouillet comptait «environ 500 salariés» en 1972 quand Philippe Ragache, ancien délégué CFDT du site aujourd'hui à la retraite, y a commencé sa carrière, rappelle ce dernier à l'AFP. Elle en compte deux fois moins aujourd'hui, dont 25-30 intérimaires.


«On n'est pas à données comparables, car avant on avait une production plus généraliste», selon M. Vignaud. «Depuis que l'on s'est spécialisé dans les shampooings on n'a pas réduit les effectifs», souligne-t-il.


L'Oréal «ne licencie pas, mais reclasse» ses salariés dont les tâches deviennent superflues, confirme une source syndicale interrogée par l'AFP.


Mais pour compenser, le groupe multiplie les départs en retraite anticipée et limite son recours aux intérimaires, ajoute cette source.


Avec l'évolution technologique, L'Oréal «joue sur l'ergonomie et les conditions de travail améliorées, mais d'un autre côté, ça joue sur l'emploi, c'est ça le côté pervers», dénonce encore cette source syndicale.


«Certes, ce sont de beaux outils (...), et on ne peut pas vraiment se plaindre d'une entreprise qui investit dans son outil industriel», estime Manuel Blanco, secrétaire fédéral de la CGT chimie, lui-même salarié sur un autre site de L'Oréal à Lassigny (Oise).


«Mais ça supprime le travail en tant que tel» et les salariés restants «se retrouvent à travailler en isolement total (...). Ce sont les outils qui nous commandent, sur des cadences infernales», déplore-t-il auprès de l'AFP.


L'usine de Rambouillet produit chaque jour 1 million de produits: des shampooings et après-shampooings Elsève pour toute l'Europe de l'Ouest et Dop pour le marché français.


Au total, le groupe vend 7 milliards de produits par an sur la planète, fabriqués dans son réseau de 42 usines, dont 11 en France.


Un agrandissement d'environ 10% de la surface du site de Rambouillet est prévu. Mais le groupe étend surtout ses usines dans les marchés émergents, au plus près des grands bassins de population.


Sa dernière usine en date a été ainsi inaugurée en 2015 près du Caire, tandis qu'un chantier de doublement des capacités de son usine géante dans la grande banlieue de Moscou a démarré l'an dernier.


 


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