Netflix s'essouffle

Publié le 19/07/2016 à 15:24

Netflix s'essouffle

Publié le 19/07/2016 à 15:24

Par AFP

Faiblesse provisoire ou difficultés durables sur un marché toujours plus concurrentiel? Netflix, figure de proue de la vidéo en ligne dont rien ne semblait pouvoir arrêter la croissance, a gagné nettement moins d'utilisateurs au deuxième trimestre.


La mauvaise surprise a inquiété Wall Street, où l'action du service américain perdait 13,49% à 85,48 dollars vers 17H45 GMT.



Netflix a fait état lundi soir de 83,18 millions d'utilisateurs à la fin juin, soit seulement 1,68 million de plus que fin mars.


Le groupe avait certes prévenu qu'il n'égalerait pas le gain record de 6,74 millions d'abonnés enregistré au premier trimestre suite à son lancement dans 130 nouveaux pays, mais il anticipait quand même 2,5 millions de nouveaux inscrits. Et sa prévision pour le troisième trimestre (+2,3 millions) est également jugée décevante par les analystes.


«La plus grande question, dans l'esprit des investisseurs, c'est si la faiblesse est due à des facteurs temporaires ou plutôt à des forces concurrentielles structurelles», résument les experts de Cannaccord Genuity.


La direction de Netflix a affirmé que ses performances décevantes n'avaient rien à voir avec les pressions de concurrents comme Hulu ou Amazon, invoquant plutôt de nouveaux plans tarifaires ainsi que les jeux Olympiques, qui risquent de réduire les visionnages de ses programmes.


Beaucoup d'analystes, à commencer par Cannaccord Genuity, conseillent d'ailleurs aux investisseurs de profiter de la baisse du cours pour acheter des actions, invoquant les opportunités à long terme représentées par l'expansion internationale du groupe et ses investissements dans les contenus.


Netflix est désormais présent dans presque tous les pays du monde et dispose de produits d'appel avec un nombre croissant de programmes originaux remarqués, comme «House of Cards» ou «Orange is the New Black».


Neil Saunders, de la société de recherche Conlumino, juge toutefois que si Netflix va se reprendre, il enregistrera désormais une croissance plus lente aux Etats-Unis. «Un marché plus encombré augmente les pertes d'abonnés, qui changent de fournisseur ou, pour certains, réduisent leur nombre de services», prévient-il.


Et à l'international, certains analystes mettent en garde contre le risque de trop se concentrer sur des programmes en anglais: c'est la stratégie de Netflix sur la plupart de ses nouveaux marchés, et il a indiqué lundi qu'il n'ajouterait que progressivement et de manière sélective des programmes locaux, avec sous-titres ou doublés.


«Netflix a été lent à investir dans des contenus internationaux, même dans de grands pays, et cela a fait caler sa croissance. Les contenus locaux sont cités comme la clé pour l'expansion sur les marchés internationaux, et faire marche-arrière là dessus pourrait nuire aux perspectives de l'entreprise en dehors des Etats-Unis et de Royaume-Uni», souligne Jonathan Broughton chez IHS Technology.


Rachat par Apple ou Amazon?


Dans tous les cas, le ralentissement de la croissance des utilisateurs «va provoquer les interrogations des investisseurs sur le fait que Netflix puisse devenir une cible d'acquisition (Apple étant le prétendant potentiel le plus souvent envisagé)», avancent les analystes de BMO Capital Markets.


La marque à la pomme est créditée depuis longtemps de grandes ambitions dans les contenus vidéo en ligne. Elle a jusqu'ici privilégié la construction de ses produits en interne, mais son trésor de guerre de plus de 200 milliards de dollars lui donne les moyens financiers de faire si besoin une grosse acquisition.


Netflix affiche une valorisation boursière d'environ 37 milliards. Son action a perdu un tiers de sa valeur depuis son sommet historique de fin 2015, ce qui fait aussi dire à Jeffrey Wlodarczak de Pivotal Research Group qu'il y a «le potentiel pour que Netflix se fasse racheter»: l'analyste cite également Apple, mais aussi Amazon comme «candidats logiques».


«Acheter Netflix pourrait représenter une solution plus attractive que construire un service ou, dans le cas d'Amazon, une possibilité de consolider sa position pour devenir un service dominant de vidéo en ligne», fait-il valoir.


BMO estime toutefois que trouver un acheteur n'est probablement pas la priorité de la direction de Netflix, qui «reste concentrée sur l'exécution de son ambitieux plan d'expansion pour 2016».


«C'est seulement après cela qu'elle considèrerait des options stratégiques, et nous pensons que même cela est encore improbable», écrit BMO.


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