La renaissance de l'économie des biens d'occasion

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Août 2015

La renaissance de l'économie des biens d'occasion

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Édition du 06 Août 2015

Par Julien Brault

L’achat et la vente d’objets d’occasion, ou de seconde main, sont désormais prisés par les classes plus aisées. Pour elles, toutefois, faire des économies est souvent moins important que de préserver l’environnement ou de se procurer des objets vintage. Une nouvelle génération de plateformes, qui répondent mieux à leurs besoins, remet en question le statu quo maintenu par eBay et la poignée de sites interchangeables d’annonces classées qui dominent le marché de la revente d’objets depuis des années. L’une d’entre elles, VarageSale, a d’ailleurs fait l’objet en avril d’un investissement de 34 millions de dollars américains en provenance des fonds californiens Sequoia Capital et Lightspeed Venture.


« Ce qui nous différencie, c’est qu’on demande aux gens d’utiliser leur vraie identité, explique Carl Mercier, pdg de VarageSale. Le but était de faire une plateforme où une communauté en ligne peut fleurir, où il y a des amitiés qui se forment. » Comptant aujourd’hui quelque 80 employés, VarageSale a beaucoup grandi depuis le lancement de sa première version, destinée aux seuls résidents de Vaudreuil-Dorion, en janvier 2013.


À l’époque, Tami Zuckerman, la femme de Carl Mercier, se tourne vers les sites de petites annonces pour vendre des biens afin de faire de la place au bébé que le couple attendait. Constatant que ces sites sont mal faits et quelque peu inquiétants, elle a l’idée d’une application exempte de ces irritants qu’elle souhaite lancer durant son congé de maternité. Carl Mercier, un développeur Web et entrepreneur, met au point un prototype en trois semaines sans trop d’attente.


Le prototype s’est révélé un succès populaire à Vaudreuil-Dorion, tant et si bien que la start-up, aujourd’hui établie à Toronto, n’a pas cessé depuis lors d’ajouter de nouvelles communautés. « Pas moins de 50 % de nos utilisateurs reviennent chaque jour, pour voir s’il y a de nouveaux objets à vendre dans la communauté, explique Carl Mercier. Ça fait en sorte que, sur VarageSale, il est possible de vendre des catégories d’objets comme des souliers, qui ne trouveraient jamais preneur sur Kijiji. »


Un marché immense et en expansion


Grâce à son caractère distinctif, VarageSale a réussi ce qu’eBay ne semble pas parvenue à faire, malgré des années d’efforts et d’investissements : menacer le monopole de Craigslist aux États-Unis. Il est toutefois difficile de mesurer le succès de VarageSale au sud de la frontière, Carl Mercier préférant garder ses données confidentielles. Toujours est-il qu’en plus d’avoir implanté des communautés VarageSale dans les 10 provinces canadiennes, la start-up en a disséminé dans quelque 42 États américains.


En grande partie ignorée dans le calcul du PIB, l’économie du seconde main est pourtant une affaire de gros sous. Ce n’est pas pour rien qu’eBay et PayPal, qui ont introduit cette économie sur le Web à la fin des années 1990, ont aujourd’hui une valorisation combinée de plus de 83 milliards de dollars américains. Le profil changeant des participants à cette économie, qui tendent à être plus riches, pourrait créer de nouvelles fortunes.


« Avant, il y avait un lien entre la baisse du pouvoir d’achat et la popularité des objets de seconde main, mais ce n’est plus lié aux faibles revenus », confirme Fabien Durif, professeur à l’ESG UQAM et coauteur de l’« Indice Kijiji de l’économie de seconde main », une étude publiée au printemps 2015.


Selon le professeur, les considérations environnementales ont en quelque sorte transformé l’image auparavant peu reluisante de cette économie : « Les commerces classiques s’intéressent de plus en plus au seconde main ; même IKEA propose des meubles de seconde main dans ses magasins de France et de Suède », lance Fabien Durif.


eBay, qui domine le marché des petites annonces au Canada avec son site Kijiji, mais qui traîne la patte aux États-Unis, n’a aucune intention d’abandonner ce marché qui, au Canada seulement, s’élèverait à 30 G$. Les autres sites comme Kijiji sont d’autant plus importants pour eBay que la vente de produits d’occasion ne représente plus que 20 % des transactions effectuées sur eBay.


Le 20 juillet dernier, le jour même où eBay s’est séparée de sa division PayPal, le géant britannique a mis la main sur l’américaine Twice, spécialisée dans la revente de vêtements féminins. Cette jeune entreprise permet aux consommatrices souhaitant vendre des vêtements, souvent griffés, de les lui acheminer par la poste, après quoi elle prend en charge leur revente.


Quoique différent de VarageSale, le service vise comme cette dernière à améliorer l’expérience de revente en ligne et vise une clientèle plus aisée. La marque de Twice sera abandonnée au profit d’eBay Valet, un service similaire lancé par eBay en 2014 qui ne se limite toutefois pas aux vêtements.


Consommation responsable


Pour Isabelle Doucet, pdg de Minitrade.ca, de Boucherville, l’acquisition de Twice confirme la validité de son modèle, qui bénéficie de la popularité des vêtements vintage et des préoccupations environnementales.


Fondée en 2012, Minitrade.ca se spécialisait initialement dans les vêtements pour enfants, mais revend aujourd’hui des vêtements pour femmes, qu’ils soient griffés ou non.


Agissant en tant qu’intermédiaire, la start-up de 16 employés perçoit entre 10 % et 80 % du prix de revente des vêtements de ses clients. Isabelle Doucet ne craint pas la concurrence, invoquant le fait que le marché des vêtements d’occasion s’élève à 1 G$ par année au Canada et à 17 G$ à l’échelle de l’Amérique du Nord.


Un marché qui, selon Isabelle Doucet, est là pour rester : « On pense que les dernières décennies privilégiaient le surplus et la surconsommation, mais aujourd’hui, les gens sont tannés d’avoir plein de choses de mauvaise qualité ; ils préfèrent revendre ce qu’ils ne portent plus pour acheter de la qualité. »


 


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