Dégager du temps pour former sa relève


Édition du 01 Octobre 2016

Dégager du temps pour former sa relève


Édition du 01 Octobre 2016

« Quand on est préoccupé par toutes sortes de projets à court terme et qu’on s’éparpille, la phase cruciale de la relève est loin sur la liste des priorités », dit Yves Royer, président de L. P. Royer. [Photo : Stéphane Lemire]

C'était vers 2008. Yves Royer, président depuis 1995 de l'entreprise familiale L. P. Royer, faisait alors ce constat : il n'avait plus de temps.


Ce n'est pas qu'il n'avait pas d'appui, au contraire. Il était soutenu par une solide structure de directeurs de services qui datait de la présidence de son père, alors que l'entreprise de Lac-Drolet, en Estrie, se taillait une place sur le marché canadien de la chaussure de travail. Toutefois, cette équipe grandissante a fini par faire de la coordination des activités une tâche très prenante pour Yves Royer.


«Quand on croule sous la pression et qu'on se dit "je vais régler ça quand j'aurai une minute", soit la minute ne vient jamais, soit elle vient le soir, la fin de semaine... Je travaillais donc 80 heures par semaine. Or, pour que les projets évoluent, il faut être en santé et disponible.»


Pour ce faire, il décide de s'éloigner des activités quotidiennes. Il ramène alors dans la structure le poste de directeur général, fonction qu'il avait lui-même occupée aux côtés de son père Henri.


C'est ainsi qu'Yves Royer a libéré du temps, cet allié essentiel à la réflexion et à l'élaboration d'une vision. «Pour positionner l'entreprise sur l'échiquier global, je dois m'alimenter de toute l'information disponible sur l'industrie, sur l'évolution des marchés ; ça ne se fait pas au coin de la table.»


Nouvel appui


En 2012, une raison supplémentaire d'alléger sa charge de travail s'impose : le devoir de former sa propre relève. Yves Royer fait d'une pierre deux coups : il installe Simon La Rochelle au poste de directeur général, celui qui prendra les rênes de L. P. Royer à son départ à la retraite. «Simon et moi, nous nous réunissons une journée par semaine pour faire la revue de nos dossiers et discuter de stratégie et de développement.»


Les chefs d'entreprise réorganisent constamment leurs priorités, et à ce stade-ci, M. Royer prend plaisir à faire beaucoup de place à la préparation de sa relève. «Je côtoie des dirigeants qui devraient être dans ce processus, mais qui ne le sont toujours pas, et certains qui amorcent une relève, mais qui n'y consacrent pas de temps. Quand on est préoccupé par toutes sortes de projets à court terme et qu'on s'éparpille, la phase cruciale de la relève est loin sur la liste des priorités.»


Pendant ses dernières années chez L. P. Royer, Yves Royer sera donc épaulé par un jeune directeur général ambitieux, plein d'énergie, de celle qui finit par manquer, parfois, en fin de carrière. «Je crois que cela a eu pour effet de propulser l'entreprise plus vite sur certains aspects que si j'avais conservé les rôles qu'il endosse aujourd'hui.»


Déléguer n'est aisé pour personne, ajoute-t-il. C'est une préoccupation encore plus grande que d'envisager la délégation dans une perspective de relève et, donc, de pérennité de l'entreprise.


«C'est peut-être encore plus difficile quand il s'agit d'une entreprise familiale. J'ai toujours notre histoire en tête : mon grand-père Louis-Philippe, qui ouvrait son atelier en 1934, en pleine crise économique, l'énergie colossale employée pendant trois générations... Mais grâce au temps que j'ai consacré à connaître Simon, je sais que les valeurs qui l'animent sont aussi les miennes. J'ai confiance.»


AVIS D’EXPERT


Trois étapes pour répondre à l’appel du temps


Pour la coach de gestion et fondatrice de SmartCoaching, Laure Cohen van Delft, le thème de la gestion du temps cache un problème plus fondamental, soit la résistance à changer, à faire confiance, à communiquer ses besoins, à demander de l’aide, bref, à prendre les moyens de créer du temps. Voici ses conseils :


1. Observez-vous. « Commencez par déterminer de trois à six activités clés, les plus importantes selon vous, celles qui rendraient votre journée productive. Ensuite, vaquez à vos occupations habituelles. À la fin de la journée, comparez ce que vous avez réellement accompli avec vos activités clés. Vous découvrirez vos saboteurs de temps. »


2. Faites vos choix. « Beaucoup plus qu’une habitude à prendre, les activités clés déterminées doivent devenir sacrées et non négociables, comme un rituel quotidien. Vous devrez prendre les moyens pour rester centré sur ce nouvel ordre de priorités. Ce peut être de déléguer, de mieux vous entourer ou de bien communiquer vos priorités. Gardez jalousement le temps alloué pour le consacrer aux activités clés et réservez du temps pour l’équipe. »


3. Réévaluez, mesurez, équilibrez. Le meilleur indicateur du temps bien investi ? L’énergie ! Vous n’en avez plus ? Revenez au point 1…


 


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